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Déboires #416

Ce gars-là, je l’avais remarqué au gym. Sans trop y porter attention parce qu’il semblait s’entraîner très sérieusement et que moi, les monsieurs muscle… Assez joli, le type méditerranéen, la quarantaine, bâti. Mais il n’était pas trop souriant. À un moment donné, j’ai eu à lui parler, je voulais savoir s’il avait terminé d’une machine, ça m’intimidait complètement. Il s’est tout de suite métamorphosé et m’a fait un large sourire. À partir de ce moment là, je l’ai trouvé full sympathique. Il avait, en plus, une belle voix grave et un accent français qui ajoutait au charme de l’ensemble. J’aime les accents, bon. Ça en est resté là.
 
Depuis, on se disait bonjour quand on se croisait. Mais je savais qu’il était « parlable ». Je commençais juste à travailler pour Zorro & Co. C’était l’une des premières fois que j’intervenais dans un sauna. J’avais un superviseur qui m’observait et qui me faisait remarquer que je n’étais pas assez proactif. Il fallait que je me pousse un peu plus pour initier le contact avec les hommes qui circulaient. J’ai pris une grande respiration. Et je me suis dit que, tant qu’à être proactif, aussi bien être proactif avec un gars cute. J’ai spotté un musclé en serviette et je lui ai demandé comment se passait sa soirée. C’est juste à ce moment-là que je l’ai reconnu : c’était le gars du gym. La petite serviette blanche qu’il portait autour de la taille lui allait vraiment, mais vraiment très bien. Il a tout de suite retrouvé son sourire irrésistible et on s’est mis à discuter de tout et de rien puis de nos emplois respectifs.
 
vendredi, novembre 20, 2009 - 04:29
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Désirs

Depuis au moins 20 minutes, le livre est ouvert sur mes genoux. J’ai les yeux dans le vide. Des restes de fièvre courent dans mon corps en créant de drôles de sensations. La musique dans l’autre pièce captive mon esprit et mon âme est laissée à elle-même. Mon corps baigne dans une torpeur chaude quand il n’est pas secoué par une quinte de toux. Je m’étire comme un chat, dans la flanelle des draps. Je savoure la chaleur du lit et je la partage avec un autre, en imagination. Le livre est toujours là, immobile, devant moi.
 
Les antibiotiques n’ont pas fait effet. Le médecin était dans l’erreur. Il faut dire que je n’ai pas respecté son ordonnance de repos. Je reste à bout de souffle et j’ai les bronches engorgées, depuis bientôt une semaine. Je suis déçu. Déçu de chaque sphère de ma vie. Déçu d’être là où j’en suis, par rapport aux autres, à ce que je veux faire de ma vie. Trop de désirs. Je serais écrasé par des excès de désir et ce serait pour cela que ma vie prend l’eau. Trop d’espoir dans l’humanité, trop d’espoir d’avenir. J’ai toujours cru que les désirs étaient un moteur. Je les ai nourris, soignés. Je me suis projeté dans l’avenir et j’y ai trouvé des refuges. J’ai accumulé les désirs en masses touffues au-dessus de ma tête, pendant des années.
 
dimanche, novembre 15, 2009 - 19:07
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L'histoire d'une fièvre

Mon histoire, c’est l’histoire d’une fièvre. J’aime les sensations qui traversent le corps quand sa température augmente. 99,8 °F, 100,2 °F, 100,8 °F. Le vertige soudain. La tête qui tourne et le décor qui se met à valser, à petits pas, comme un vieillard. Expérimenter les drogues, ç’a toujours été contre mes principes. Je suis bien trop timoré. Alors, la fièvre me donne un aperçu de ce que j’aurais pu manquer. L’esprit plane et j’ai le droit d’être décousu, de sauter du coq à l'âne et de l’âne au coquelicot. J’ai le droit de rire tout seul et de ne plus rien prendre au sérieux. Je suis libre, pour un instant. Et je chante sous la douche.

Le médecin m’a dit que ce n’était pas la grippe dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, mais une bronchite ordinaire. J’ai des antibiotiques pour 5 jours. Ça me rassure de savoir, après ces longues journées d’inquiétude, accroché à mon thermomètre. Les jours suivants, je me suis senti comme si j’avais cent ans. Et il faut que je souligne que ça ne donnait pas envie de vieillir vieux. Les os lourds, la peau qui fait mal à chaque mouvement d’air, le souffle qui fuit. Mais les mécanismes de la vie ébranlaient déjà cet état de vieillesse prématurée. Je me sens maintenant comme si je revenais d’entre les morts. En novembre, c’est de saison. Des envies printanières (ou d’outre-tombe) s’éveillent dans mon ventre. C’est comme ce vent chaud au moment où tout le monde a fait son deuil de l’été. Depuis des mois, la pluie froide nous tient par le cœur et les foules ont abdiqué devant l’hiver.

mercredi, novembre 11, 2009 - 03:34
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La chance d'avoir des mots

(Et c'était un vertige bien abordable !)

 

lundi, novembre 2, 2009 - 21:53
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Le père

Ce court-métrage qu’un ami a publié sur Facebook m’a marqué plus que je ne l’aurais cru.

 

(Le film peut aussi être visionné ici : What is that? (Τι ε?ναι αυτ?;). Il est sous-titré en anglais. Si vous avez du mal à comprendre, dites-le moi dans les commentaires, je ferai une traduction maison.)

Hier soir, j’ai animé pour la première fois un atelier sur l’érotisme. Cet atelier s’adressait aux hommes gais et bisexuels qui veulent réduire leurs risques en matière de sexualité. J’étais très emballé par l’atelier et aussi un peu nerveux.

vendredi, octobre 30, 2009 - 14:11
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Personne

— Tenir un blogue c’est narcissique, égocentrique. Tu te prends vraiment pour un autre !

Je suis celui à qui on peut se confier, celui sur qui on peut compter. Il paraît que c’est rare, quelqu’un qui sait écouter, de nos jours. Tout le monde autour de moi va mal. Ils font des burn-out, ils installent des crochets aux plafonds de leurs chambres pour se pendre. Ils boivent, ils gueulent, ils crachent sur les autres. Ils sont malheureux en amour. Ils n’ont pas d’amis. Leurs patrons ne reconnaissent pas leurs talents. Leurs voisins sont méchants. Ils sont malades. Leur évier est bouché. Ils en ont plein le cul. Et moi je suis comme une valise que l’on remplit, sans arrêt. Et ils ne se gênent pas pour se moquer : toi le beau Kevin, qui n’a jamais de problèmes, qui aime tout le monde, t’es tellement gentil que t’en es insignifiant.

 
— En tout cas, au moins j’suis sûr d’avoir un bon karma !
 

Moi aussi, parfois, ça ne va pas. (Ceux qui me lisent depuis un bout le savent.) Mais dans ces moments-là, je me retourne et il n’y a plus personne. Tout d’un coup. Personne.

mercredi, octobre 28, 2009 - 14:39
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Pause

Quand j’étais petit, je passais mes étés près du lac. À cette époque, ma mère était « femme au foyer » comme l’étaient la plupart des mères du coin. Les enfants étaient laissés libres tout l’été. Libre de s’ennuyer, libre de s’inventer des jeux. Je me souviens que le temps passait lentement, au rythme du ciel boréal, du lac et des saisons. Les grandes vacances s’étalaient sur trois longs mois, de la fin des classes jusqu’à la rentrée, des mois où la nature était en effervescence.

mardi, octobre 27, 2009 - 18:25
LOG : 1256001003

Blanc

Quand on cherche, on trouve... C’est un peu brutal. Mais c’est tout ce que j’ai trouvé pour me rassurer, au sortir du sommeil. Ce matin, je me suis éveillé empêtré dans un cauchemar, le ventre noué. Une seule idée, claire, blanche, devant mes yeux : Je ne sais pas ce que je veux faire de ma vie, je n’ai pas de direction. Je ne sais pas non plus ce que je veux faire de ce blogue. Je dérive entre de longs espaces vides qui m’oppressent sans me sentir nulle part chez moi.

mardi, octobre 20, 2009 - 01:10
LOG : 1255709392

Fidèle

Le temps glisse. Il se contorsionne, se replie et s’élance. Je le regarde, inquiet, se transformer, enfler, presque s’immobiliser. Mais le compte à rebours ne s’arrête pas, je le sais. Les minutes, les secondes tombent l’une après l’autre et disparaissent entre les phases de la lune. Quatre mois se sont écoulés depuis que j’ai cessé de bloguer. 120 jours, 2 880 heures, 172 800 minutes, 10 368 000 secondes. Le côté technique, la complexité d’une nouvelle plate-forme et mon incompétence en la matière sont en cause.

Mais il y a surtout la tentation du silence, le besoin d’être un moment invisible, de chercher l’ombre en rasant les murs. Et quand l’envie de raconter me chatouille un coin de la tête, la page blanche me paraît une montagne, une masse impossible à entamer, un territoire vierge qu’il serait sacrilège de profaner. Mon orgueil me jette un air narquois dans le miroir. Mais la peur me tient par les ouïes.

vendredi, octobre 16, 2009 - 16:09
LOG : 1253904251

Sky is the limit

Prendre la vie à bras-le-corps, ça sonne bien, non ? Pourtant, par moment, je trouve que j’y vais un peu fort. Parfois, je préférais laisser la vie se tenir par elle-même. Mais c’est le choix que j’ai fait et je m’y tiens. C’est court la vie et j’ai trop perdu de temps. Au fil des dernières années, j’ai confronté mes démons. Un à un, je les ai acculés au pied du mur, sans jamais cessé de les regarder dans le blanc des yeux. J’en ai même exhibé quelques-uns comme des trophées de chasse. Au risque d’avoir l’air prétentieux, de recevoir des éclaboussures de pitié et les sentences des bien-pensants.

Pour être bien certain de les débusquer tous, je me suis trouvé un boulot où je dois courir les bas-fonds. J’ai passé des soirées dans les lieux les plus glauques, dans les odeurs de poppers et de marijuana. J’ai la tête qui tourne à force d’entendre la bande-son des films pornos. C’est parfois ennuyeux, mais je suis là, soir après soir, pour tenir la main de la solitude, de l’isolement et du mal de vivre. J’ai travaillé dans des endroits où je n’aurais jamais mis les pieds : peep show, bar de cuir, terrains vagues.

vendredi, septembre 25, 2009 - 18:44
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