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Archive de octobre, 2009

Le père

Ce court-métrage qu’un ami a publié sur Facebook m’a marqué plus que je ne l’aurais cru.

What is that? (Τι ε?ναι αυτ?;) 2007 par MovieTeller sur Vimeo.

(Le film peut aussi être visionné ici : What is that? (Τι ε?ναι αυτ?;). Il est sous-titré en anglais. Si vous avez du mal à comprendre, dites-le moi dans les commentaires, je ferai une traduction maison.)

Hier soir, j’ai animé pour la première fois un atelier sur l’érotisme. Cet atelier s’adressait aux hommes gais et bisexuels qui veulent réduire leurs risques en matière de sexualité. J’étais très emballé par l’atelier et aussi un peu nerveux.

La nuit passée, j’ai rêvé d’un père qui m’appelait au bureau. Il voulait avoir mon aide pour retrouver son fils et reprendre contact avec lui. Je lui demandais pourquoi. « Parce que je sens qu’il a besoin de moi. » m’a-t-il répondu, comme si c’était une évidence. Son fils était un adulte, majeur et vacciné. J’ai trouvé sa demande un peu bizarre, un homme adulte n’a pas besoin de son père.

Puis, quelques jours plus tard, je suis tombé sur son fils, un bel homme brillant. Un personnage rebelle, peut-être un peu blessé et qui affirmait n’avoir besoin de personne. Quand il parlait de son quotidien, il y avait dans son récit comme un sentiment de dérive. Il était particulièrement insatisfait de sa vie amoureuse et de sa vie sexuelle. Il n’arrivait pas vraiment à faire confiance et à se laisser aller. Et on le lui reprochait souvent. En l’écoutant, je me suis dit que le père avait peut-être raison et qu’il était urgent de les remettre en contact. (Dans un rêve, les raisonnements prennent parfois de curieux raccourcis.)

Je me suis éveillé, avec ce sentiment d’urgence. Il était près de 5 heures du matin. Je me réveille souvent comme ça, à des heures inhabituelles dans les périodes de stress. Je sais que la lumière du matin dissipe parfois les souvenirs d’un rêve. Alors j’ai allumé une lampe pour mettre tout ça sur papier. (J’ai une espèce de malaise, de pudeur à poursuivre…) J’avais le sentiment que je devais renouer avec mon père, malgré les blessures, la distance et le ressentiment. Parce qu’il vieillit et qu’il n’est pas éternel. Depuis des années, je garde les contacts que j’ai avec lui au minimum. C’est comme une corvée dont je me débarrasse pour ne pas me sentir coupable de l’abandonner complètement. Mais peut-être est-ce pour moi que je devrais le faire. Peut-être en ai-je besoin. Je n’avais jamais vu la question sous cet angle…

Personne

- Tenir un blogue c’est narcissique, égocentrique. Tu te prends vraiment pour un autre !

Je suis celui à qui on peut se confier, celui sur qui on peut compter. Il paraît que c’est rare, quelqu’un qui sait écouter, de nos jours. Tout le monde autour de moi va mal. Ils font des burn-out, ils installent des crochets aux plafonds de leurs chambres pour se pendre. Ils boivent, ils gueulent, ils crachent sur les autres. Ils sont malheureux en amour. Ils n’ont pas d’amis. Leurs patrons ne reconnaissent pas leurs talents. Leurs voisins sont méchants. Ils sont malades. Leur évier est bouché. Ils en ont plein le cul. Et moi je suis comme une valise que l’on remplit, sans arrêt. Et ils ne se gênent pas pour se moquer : toi le beau Kevin, qui n’a jamais de problèmes, qui aime tout le monde, t’es tellement gentil que t’en es insignifiant.

- En tout cas, au moins j’suis sûr d’avoir un bon karma !

Moi aussi, parfois, ça ne va pas. (Ceux qui me lisent depuis un bout le savent.) Mais dans ces moments-là, je me retourne et il n’y a plus personne. Tout d’un coup. Personne.

Personne pour les câlins, pour les sourires moqueurs ou attendris. Personne pour me dire : allez, ça va aller, en m’obligeant à lever les yeux. Personne pour se taire et écouter mes mots maladroits. Personne pour passer des heures à boire du thé au jasmin à mes côtés. Parce que quand je les dis mes mots sont maladroits. Personne pour se taire en me tenant la main. Parce que je n’ai pas l’habitude de parler. Personne. Alors, j’écris un blogue. Je sais, c’est bancal, mais c’est toujours mieux que rien. Parce que parfois, la valise est pleine et qu’il n’y a personne.

Pause

Quand j’étais petit, je passais mes étés près du lac. À cette époque, ma mère était « femme au foyer » comme l’étaient la plupart des mères du coin. Les enfants étaient laissés libres tout l’été. Libre de s’ennuyer, libre de s’inventer des jeux. Je me souviens que le temps passait lentement, au rythme du ciel boréal, du lac et des saisons. Les grandes vacances s’étalaient sur trois longs mois, de la fin des classes jusqu’à la rentrée, des mois où la nature était en effervescence. Poursuivre la lecture

Blanc

Quand on cherche, on trouve… C’est un peu brutal. Mais c’est tout ce que j’ai trouvé pour me rassurer, au sortir du sommeil. Ce matin, je me suis éveillé empêtré dans un cauchemar, le ventre noué. Une seule idée, claire, blanche, devant mes yeux : Je ne sais pas ce que je veux faire de ma vie, je n’ai pas de direction. Je ne sais pas non plus ce que je veux faire de ce blogue. Je dérive entre de longs espaces vides qui m’oppressent sans me sentir nulle part chez moi.

Je suis congestionné. Je pense que j’ai pris froid, hier, après la dernière course de la saison. Dans la file d’attente qui menait à la tente où l’on distribuait des collations, tout le monde toussotait, à cause du smog inhalé pendant l’épreuve. Je me battais pour éplucher une banane pas assez mûre quand j’ai réalisé que j’étais trempé et qu’il faisait très froid. Poursuivre la lecture

Fidèle

Le temps glisse. Il se contorsionne, se replie et s’élance. Je le regarde, inquiet, se transformer, enfler, presque s’immobiliser. Mais le compte à rebours ne s’arrête pas, je le sais. Les minutes, les secondes tombent l’une après l’autre et disparaissent entre les phases de la lune. Quatre mois se sont écoulés depuis que j’ai cessé de bloguer. 120 jours, 2 880 heures, 172 800 minutes, 10 368 000 secondes. Le côté technique, la complexité d’une nouvelle plate-forme et mon incompétence en la matière sont en cause.

Mais il y a surtout la tentation du silence, le besoin d’être un moment invisible, de chercher l’ombre en rasant les murs. Et quand l’envie de raconter me chatouille un coin de la tête, la page blanche me paraît une montagne, une masse impossible à entamer, un territoire vierge qu’il serait sacrilège de profaner. Mon orgueil me jette un air narquois dans le miroir. Mais la peur me tient par les ouïes. Poursuivre la lecture