Le cadeau
Nous méritons toutes nos rencontres, c’est François Mauriac qui l’a écrit. J’ai toujours aimé cette citation. D’abord parce qu’elle était inscrite sur les premières pages d’un roman qui a marqué mon adolescence : Le bracelet de vermeil. Une histoire d’amitié, vaguement homoérotique entre un jeune scout français et un futur prince du scandinave. Une histoire qui s’échelonnait sur quatre tomes
Mais en ce moment, le poids de ces mots me fait tituber. Mériter, n’est-ce pas lourd de responsabilités. Souvent, j’ai pensé que la vie était laide, que la vie était un monstre innommable. Mais en ce moment, ma vie traverse une vague de générosité. Mes nuits de ce début d’hiver sont tachées de soleil. J’ai croisé un homme par hasard. Il aurait pu être un passant de plus, puisqu’il doit repartir à l’autre bout du monde dans quelques jours. Peut-être est-ce le charme de l’inaccessible. Mais je l’ai trouvé si beau, si brillant, si drôle et si tendre. On a parlé. J’ai tendu la main vers lui. On s’est aimé. Et, jusqu’à ce jour, c’était parmi les moments les plus doux et les plus brûlants de ma vie sur cette terre.
Alors qu’il était penché au-dessus de mois, ses yeux rivés aux miens, une goutte de sueur a roulé sur sa joue jusqu’à ses lèvres qui esquissaient un sourire. Je n’étais plus complètement là. Je contemplais la magnificence de ces images avec un début d’angoisse au bord du coeur. Je ne mérite pas ça. Je ne mérite pas cette beauté. Quel malheur terrible m’attendra au détour, au cours des prochains jours ? Je ne mérite pas cette bouffée de bonheur, je ne sais pas quoi en faire. Elle m’étouffe, elle m’étrangle. Et puis, non, je ne meurs pas. Je suis toujours là, pantelant, à bout de souffle, mais vivant.
Il est parti dans la nuit. Il a dévalé mon escalier. Il commençait à neiger doucement.
Désormais, je serai amoureux de l’Italie. Des images de Venise viendront hanter mes rêves. Je garderai pour toujours le souvenir de ce début de blondeur sur ses tempes. De son sourire gourmand, mais serein. De son regard bleu, comme un lever de soleil au-dessus de son foulard de laine verte, parce qu’il avait peur de la neige.
Après son départ, les larmes ont bercé mes yeux, échaudés de beauté. Elles ont baigné mon coeur comme un enfant naissant qui crie sa peur du monde. Elles ont coulé longtemps comme une rivière qui cherche la mer ou le soleil. Puis la douleur s’est endormie. C’était la nuit. Et je marche maintenant sous un ciel où dansent les étoiles.






