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Archive de février, 2010

Note en tu

Tu es arrivé en retard sous un soleil qui aurait fait fondre n’importe qui. L’hiver prenait l’eau. Je t’attendais là, bardé de mes mots comme d’une armure étincelante. Je voulais t’éblouir, t’aveugler pour que tu ne me voies pas. Je riais fort, je faisais des moues, je me mordais la lèvre en haussant les sourcils. Je dépliais mon coeur sur le napperon, je sortais l’argenterie, pour que tu voies la lumière briller sur mes plus belles larmes. Toi tu ne savais pas qui j’étais, mais tu souriais en te disant que c’était trop beau pour être vrai. Peut-être cherchais-tu ce qui clochait.

Je me suis retrouvé seul, alors que les nuages couvraient le ciel de la Main. Peut-être un peu plus seul parce que je t’avais manqué. Je suis passé devant toi en coup de vent, comme une furie, prêt à me battre. J’ai livré ma marchandise, ma pacotille. Je fais toujours ça. Pourquoi tu me fais si peur ? Pourquoi ai-je si peur que tu vois qui je suis ? Je ne sais pas. Mais la question s’est plantée devant mes yeux, même si je détournais la tête, même si je grimaçais. Et même si je préférais regarder les lignes du trottoir, la neige mouillée me tapait sur l’épaule pour me faire lever les yeux.

Peut-être que c’est entre moi et moi. Et que toi, tu n’y es pour rien. Parfois la nuit, je rêve d’un ouragan et d’un tremblement de terre qui balaieraient toute mon histoire, toutes ces façades que j’ai construites autour de moi, au fil des années. Je voudrais voir s’écrouler mes tours d’ivoire. Me retrouver nu, pauvre et poussiéreux. Laisser tomber les mille peaux de l’homme que j’ai rêvé d’être, de l’homme que je deviens pour te faire rêver. Et marcher dans la peau d’un inconnu : moi-même. À travers les fissures de mon armure, je vois les enfants qui jouent. Ils ont cueilli des fleurs qui ont poussé dans l’asphalte craquelé, l’été dernier. Ils en ont fait une guirlande qu’ils ont accrochée à la clôture de fer de la cour d’école, et l’ont oublié. Je t’ai vu passer en dessous. Tu n’aimes pas les spectacles, les feux d’artifice et les armures, tu plisses les yeux quand tu es ébloui, pour y voir plus clair. Attends-moi… Un jour, je serai moi.

Débordé

Je n’ai pas pu t’écrire, j’étais débordé. J’entends déjà les voix dans ma tête qui diront que ça ne me prend pas grand-chose pour déborder. C’est peut-être vrai, mais ça n’y change rien. Le blogue est là pour recevoir les débordements d’une vie trop remplie. Mais son auteur passe alors pour un plaignard, une victime, un triste sire, comme dirait l’autre. À quoi sert un blogue si c’est pour se taire ? C’est aussi frustrant que de tomber sur une boîte vocale. C’est aussi triste que de renter et de trouver sa boîte vocale vide. Je jongle constamment avec le secret, la vérité, le public et le privé. Qu’est-ce que je dois dire, qu’est-ce que je dois taire. Et dans le doute, je m’abstiens. Lorsque la vie déborde, je ne sais pas quoi en faire.

Dure semaine. Si j’en ai trop sur les épaules, je suis le seul responsable. Mon insécurité me fouette constamment. Je suis un tyran avec moi-même, un bourreau aveugle et sourd. Les problèmes et les factures prennent un malin plaisir à s’accumuler. Mon frigo est en train de rendre l’âme alors qu’il est le dernier des électroménagers qui fonctionnent encore dans l’appartement où la plomberie fait déjà des siennes. Mes 22 résolutions me pèsent. L’année avance à grands pas. Les mois tombent comme des couperets. J’ai eu littéralement une journée de cul, une journée où je ne me suis pas amusé beaucoup parce que je ne sais pas m’amuser. Je n’ai jamais appris. D’ici, rien ne se voit, mais ce blogue est assiégé. Je reçois en moyenne une trentaine de commentaires de robots. Ils annoncent des sites pornographiques ou du viagra à des prix imbattables. Je te jure ! Chaque soir, je les supprime un par un. Je fermerai peut-être les commentaires, le temps qu’il trouve un autre os à ronger.

J’avais pensé écrire des billets sur mes pérégrinations sur les sites de rencontres. Résolution numéro deux sur vingt deux : trouver un chum. Pourquoi pas un site de rencontre ? Le snobisme, c’est assez ! Ça peut donner des récits croustillants, surprenants et peut-être même comiques. Mais après quelques semaines, ça me paraît plus pathétique que sympathique. Tout ce que j’y vois, c’est une suite de rejets, données et reçus. C’est un jeu auquel j’ai voulu prendre part, avec une sorte de défiance et de fierté, mais je suis bien trop mauvais perdant pour m’y amuser. J’en sors vaguement déprimé. J’ai mis sur mon bureau la carte de Saint-Valentin que j’ai reçue de la part de Google AdSense.

Je rêve d’inonder ce blogue de choses légères, de sourires, de rose, de laine et de duvet ou bien de chair, de sueurs, de feux et de souffle. Mais dehors, février s’est installé et il assomme les rues de neiges mouillées. Tout ce que j’arrive à t’écrire c’est que demain, ça ira mieux.

Bêtes noires

Il y a quelque chose qui cloche avec ma vie. À force d’acharnement, j’ai réussi à lui faire prendre certains tournants. En gardant les yeux grands ouverts et en y mettant le temps, je suis arrivé à y voir plus clair. Je me sens plus solide et plus fort, c’est certain, mais on dirait que je reste toujours aussi insatisfait. Souvent le matin, ça me prend tout mon petit change pour sortir du lit. Et le soir, je n’arrive pas à laisser aller la journée pour glisser dans le sommeil. Peut-être que c’est cette éternelle solitude qui me colle à la peau. Peut-être est-ce le manque de sens. J’ai beau accomplir un travail utile, je me dis souvent que la différence que je fais est bien peu de choses. Mon impact est dérisoire.

C’est ce que je me disais en marchant au ralenti sur le tapis. En déroulant lentement la plante de mon pied tout en respirant. J’ai beau cumuler les réussites, je reste insatisfait, quelque part, dans un coin de ma tête. J’ai l’habitude de la vie où tout va mal. Je m’y sens tout à fait à l’aise. On y a les coudées franches. La position du malheureux a même des avantages. J’ai chassé ces pensées. Le but de la méditation est de ne s’accrocher à aucune pensée. Pendant la méditation marchée, tout le groupe tourne au ralenti autour de la salle. L’animatrice parle d’une fois douce pour nous ramener à l’instant présent. Inspirez en avançant le pied gauche, expirer en avançant le droit, portez attention au transfert de poids, à la solidité du sol.

Mais même quand je médite, je voudrais performer, m’améliorer, réussir, être un bon méditant. Et j’ai ce nœud de tension entre les omoplates. J’observe ma posture. Je replace les épaules. J’essaie de respirer à l’endroit où ça fait mal et ainsi d’ouvrir la cage thoracique. J’essaie de chasser l’inconfort, de l’oublier. Mais je n’y arrive pas, la douleur persiste. L’animatrice reprend : « Je marche en portant mon attention sur mon souffle… Si je sens une tension dans mon dos… » Secondes de silence. Allait-elle enfin me dire comment en finir avec cette douleur et passer à autre chose ? Je suis suspendu à ces lèvres, entre deux pas. « Si je sens une tension dans mon dos…, je souris. » Je reste la bouche ouverte. Je souris ! C’est une joke ? Et puis ça me fait sourire finalement, l’absurdité de l’énoncé. Et je souris et la douleur est là. Et je réalise que je peux vivre avec.

C’est peut-être ce que je dois apprendre à faire avec mes bêtes noires, mon vieux fond d’insatisfaction. Juste sourire. Mais dans certains cas, sourire peut-être beaucoup plus difficile que de déplacer des montagnes. Je suis définitivement plus le genre à pelleter des montagnes. Je pourrais déplacer les Rocheuses à la petite cuillère. Mais déplacer les montagnes, c’est dur sur le dos. Ça crée sûrement des douleurs entre les omoplates. Et puis ça ne sert à rien. Peut-être finalement que sourire est plus utile…

English message will follow

C’est l’une des résolutions que j’ai choisie pour 2010. Le fait de ne pas maîtriser l’anglais m’a causé pas mal de frustrations au cours de la dernière année. En voyage, j’ai eu l’impression par moment d’être complètement idiot. J’ai des collègues de travail anglophones, et plusieurs coureurs de mon club parlent mieux l’anglais que le français. C’est vraiment enrageant de tenter de suivre une conversation sans pouvoir y plonger. La vendeuse chez Archambault m’a conseillé la méthode Assimil (L’américain sans peine), une méthode qui présente la culture américaine du point de vue des Français. Au fur et à mesure que j’avance dans les leçons, je réalise que la culture québécoise est beaucoup plus près de celle des Américains que de celles des Français.

Certains blocages psychologiques m’ont pourtant toujours empêché de devenir bilingue. J’ai commencé à détester l’anglais vers l’âge de 13 ans. Je me souviens d’un vieux frère qui enseignait l’anglais en secondaire I. Il nous faisait apprendre des listes de verbes irréguliers par coeur : get, got, gotten got, ainsi que des prières : Our Father, who is in heaven, holy is your name, your kingdom come… Il avait le coup de règles facile à la moindre erreur.

Pour mes parents, ce n’était pas très important que je sache parler anglais, au contraire. Je viens d’une famille souverainiste où tout le monde a milité pour l’indépendance du Québec. Parler anglais, c’était presque mal, c’était le signe d’un complexe d’infériorité et d’une insouciance quant à la survie du français en Amérique. L’anglais demeurait la langue de l’oppresseur, la langue de l’impérialisme américain, du capitalisme sauvage, de la surconsommation. Cette mentalité assez étroite m’a beaucoup nuit, comme elle a nui récemment à plusieurs politiciens souverainistes qui ont été ridiculisés pour leur incapacité à discourir en anglais. « Don’t be inquiet » a dit Pauline Marois dans un discours. (But don’t worry, guys, I think that I’m already better than her.)

Je n’en suis encore qu’à la phase passive de l’apprentissage. L’accent est mis sur l’écoute et la compréhension. Je viens de terminer la leçon 45 et je me bats en ce moment avec les temps de verbe. Il me fallait un renforcement positif. Plusieurs téléséries sont disponibles gratuitement en ligne. J’en ai choisi une de la CBC dont l’histoire se déroule à Toronto, Being Erica. Après chaque leçon, j’ai le droit à un épisode. En plus de pratiquer ma compréhension, ça me permet d’apprivoiser une culture somme toute très proche de la mienne. J’ai toujours pensé que Toronto était une ville grise, froide et ennuyante peuplés de gens coincés et désagréables. Finalement, c’est une ville qui ressemble beaucoup à Montréal. La série raconte l’histoire d’Erica Strange, 32 ans. Elle a tout pour réussir, mais cumule les échecs. Je ne sais pas pourquoi mais je n’ai pas de problème à m’y identifier.

Il me reste à passer par-dessus mon orgueil et à accepter d’avoir l’air un peu stupide quand viendra le temps de parler. Peut-être un jour arriverai-je à maîtriser l’écrit assez bien pour pondre un billet en anglais, maybe, one day !

Le mur

Il a essuyé une larme. Et pendant qu’il se mouchait, j’ai levé les yeux vers l’horloge. Deux heures. Je suis assis en face de lui depuis plus de deux heures. J’ai vu le soleil lentement traverser la baie vitrée. Il s’essuie la joue. Et je reste de marbre. Aucune émotion. Le degré zéro de la compassion. Il grimace en retenant un deuxième sanglot. Je suis persuadé que cette scène-là, il a dû la répéter des dizaines de fois, devant des dizaines d’intervenants sociaux. Je suis un peu mal à l’aise avec ma propre réaction. J’ai pourtant appris, ces dernières années, à me fier à mon corps et à mon instinct. Il ment. Cet homme-là ment. Ses larmes sont de la mise en scène. Des larmes de cocaïnomane en manque, des larmes d’alcoolique ou de psychotique. Des larmes de crocodile.

Bien sûr, il a beaucoup souffert il y a longtemps. La vie qu’il me raconte est une longue succession de drames : maladie, perte d’emploi, incendie criminel, mort de sa mère, agression par des policiers. Je ne cherche pas à distinguer le vrai du faux, ce n’est pas mon rôle. Mais tout son récit est émaillé de mépris et d’une violence malsaine. Il se décrit comme la victime d’hétérosexuels intolérants et violents, de travailleurs sociaux malhonnêtes. Selon lui, les Québécois francophones le détestent parce qu’il est anglophone et ils sont tous des dépravés sexuels, fils de prostitués. (Il s’arrête, réalise que je suis francophone, étouffe un petit rire gêné, précise qu’il s’agit d’une blague.) Une jubilation brille dans ces yeux lorsqu’il élabore des plans de vengeance contre les établissements. Je devine un problème de santé mentale.

Il suffirait d’un sourcillement pour qu’il me classe dans le camp adverse, celui de ses oppresseurs. L’idée me passe par la tête qu’il pourrait devenir dangereux. J’imagine l’adjointe à la direction, de l’autre côté du mur, qui tend l’oreille à ses éclats de voix. Je suis du côté de la porte de sortie. Il y a une pile de livres derrière moi, la lampe de bureau est un objet contondant. Je sais que les fauteuils basculent facilement. Je me sens en pleine possession de mes moyens, chargés à bloc d’adrénaline. Je n’ai pas peur.

En fait, j’ai une espèce de colère, pour ces victimes que je croise trop souvent. Que les gens se complaisent dans leurs souffrances et se gâchent la vie, ne regardent qu’eux. Mais mon expérience m’a démontré qu’ils empoisonnent la vie de leur entourage, qu’ils épuisent les ressources d’aide, qu’ils entraînent dans leurs malheurs des personnes plus fragiles ou plus vulnérables. Et finalement, leur souffrance peut facilement devenir une justification pour des manques de respects répétés, des petites violences ou des crimes beaucoup plus graves.

À un certain moment, il renifle en me disant que j’ai un petit sourire, que ce n’est pas drôle, que sa situation est grave. Mon petit sourire ne bronche pas, c’est un sourire d’acceptation, sans complaisance. Je reviens à la charge : « Tout ce que tu me racontes remonte à il y a dix ans. Je comprends que ça n’a pas été facile. Tout le monde a droit à l’erreur et malheureusement, on ne peut pas changer le passé. Mais qu’est-ce que tu peux faire maintenant, aujourd’hui ? C’est ce qui compte vraiment. » Il reste interdit un instant. « Mais je pensais que toi, tu allais m’aider… Toi, t’es cute, tu pourrais être mon ami… » Ses yeux me détaillent les cuisses et l’entrejambe. Il détourne la tête, ricane, me regarde dans les yeux en souriant « Non ? Tu veux pas être mon ami ? » J’esquive le changement du sujet et résume la situation. « Je t’ai énuméré toutes les ressources qui pourraient t’aider. Aucune ne te convient. Tu considères que le CSSS est de mèche avec les policiers et le système de justice corrompu, les intervenants de XYZ sont des voleurs et des criminels, et ceux de JKL, des agresseurs sexuels. Je t’ai parlé de Luc, un intervenant qui pourrait peut-être te proposer d’autres ressources, mais tu ne veux pas t’adresser à lui parce que tu ne parles pas aux obèses. Tout ce que je peux faire, c’est te laisser les coordonnées, si tu changes d’idée. » Je me lève pour lui signifier que l’entrevue est terminée.

Deux heures, je l’ai écouté attentivement pendant deux heures. Ce n’était pas prévu, j’avais une journée surchargée. Mais pour lui, rien de ce que je lui offre n’a aucune valeur. Il considère que tout lui est dû. Le rôle de la victime est devenu sa paire de pantoufles. Peu importe le prix qu’il lui en coûtera, il refuse de le laisser tomber. Je sais qu’il souffre chaque jour dans son isolement, il est dévoré par la haine qu’il nourrit. Et il refuse de faire quoi que ce soit pour changer la moindre chose dans sa vie. Moi, je ne peux rien faire pour lui. Il est le seul responsable du mur qu’il frappe, jour après jour.

Écheveaux

Mon rapport aux autres a été difficile au cours de la dernière année, comme mon rapport à l’écriture. La ligne d’encre qui tremble et déroule ses arabesques sur le papier est mon unique fil d’Ariane, un lien ténu qui me rattache aux lendemains. Je perds trop souvent le fil.

J’aimerais que ma vie soit comme un train qui traverse la plaine. Un train qui roule en ligne droite vers une destination connue, fonçant sans hésitation, en berçant des passagers qui somnolent. Je rêve d’une vie ferroviaire.

Le travail me rend fou en ce moment, je n’arrive pas à démêler ce qui m’appartient et ce qui ne m’appartient pas. Ce que je peux changer, ce que je ne peux qu’accepter. Je ne sais pas vers quoi canaliser ma colère. Si mes vieux démons se réveillent, je voudrais les affronter en duel. Mais ils se dérobent et s’esquivent. Ils se moquent quand je frappe le vide. Comment départager regrets, jalousie et colère légitime ? Orgueil mal placé ou fierté nécessaire ? C’est un magma dans lequel je m’enfonce, en tentant d’avancer à tâtons.

J’aimerais que la page soit blanche et que la ligne que j’y trace soit claire. Une ligne qui file sans entraves et sans se soucier du passé. Je rêve d’une page vierge pour repartir à zéro. Écrire noir sur blanc, en toute liberté, loin des écheveaux complexes et des nœuds insolubles de ma vie d’aujourd’hui.

Homme idéal

On m’a déjà demandé : C’est quoi ton type d’homme ? Quel genre de mec te fait craquer ? J’ai du mal à répondre, j’ai vraiment des goûts très diversifiés. J’aime les rouquins bohèmes, les blonds austères, les Méditerranéens flamboyants. Les audacieux, les maladroit, les prétentieux. Je fantasme autant sur les cow-boys et les rockeurs que sur les hommes d’affaires.

Mais si je devais faire un seul choix, s’il ne devait y avoir qu’un seul d’homme, ce serait celui que vous pouvez voir dans ce clip. Vers la fin de mon adolescence, c’est sa voix qui m’a d’abord séduit. Les voix graves, profondes, tout en étant vulnérable, me font vibrer. Je suis un auditif, les hommes silencieux me laissent de glace. Les voix réveillent quelque chose d’animal en moi. Par la suite, c’est son physique de crooner d’une autre époque qui m’a plu. Je ne sais pas d’où ça vient, mais j’ai un faible pour les grands bruns aux yeux tendres. Affublez-les d’une cravate, de lunettes ou de cheveux gominés et on tombe pile sur mon fantasme numéro un.

J’aime sa simplicité, le mystère dont il s’entoure et sa musique. J’aime sa timidité presque gauche, sa pomme d’Adam, et son côté aguicheur. J’aime fréquenter son univers poétique, parfois sombre, parfois rose bonbon. Malgré les années qui passent, il reste celui qui s’approche le plus de mon idéal masculin. Plus il vieillit, plus il est séduisant et il s’appelle Étienne, même le prénom est joli. Étienne Daho, Comme un igloo, de l’album Paris Ailleurs (1991)

Etienne Daho
Le clip sur Youtube.

Quelques pas sur la neige

Quelques pas furtifs, sur la neige nouvelle. Se glisser dans la nuit en entrant dans la ruelle. Une faille de silence dans l’agitation de la ville. Marcher doucement vers ce hangar de tôle qui n’a l’air de rien. Apercevoir une étoile entre les branches. Parfois, je m’inquiète de cette envie que j’ai d’y retourner. Il y a là-dedans quelque chose de religieux. Je n’ai pas rejeté le catholicisme de mes ancêtres pour retomber sous le joug d’un autre aveuglement. La porte craque. À l’intérieur des voix qui chuchotent et des rires étouffés. La soie d’un silence que l’on froisse.

La méditation m’avait toujours attiré. J’ai lu beaucoup sur le sujet, sans jamais oser aller plus loin. Puis, il y a environ un an, j’avais un besoin criant des bienfaits qu’on lui prêtait. Une recherche rapide sur le Web m’a fait tomber sur la Maison de Pleine Conscience. Pas de positions compliquées. Pas de dogme, de certitudes ou de vérités. Simplement l’affirmation que chaque instant est important. Francine, la femme qui accueillait les nouveaux méditants était sympathique. Mais ce qui m’a frappé, c’est le sourire calme dans ses yeux et une sorte de tendresse dans chacun de ses gestes. J’ai tout de suite eu envie d’être un peu comme elle, ou du moins de la côtoyer. J’y suis retourné depuis, sporadiquement, peut-être un peu plus régulièrement ces derniers temps.

On ne fait absolument rien, on essaie de ne s’accrocher à aucune pensée. L’esprit tente tant bien que mal de se rattacher à la respiration. On le ramène chaque fois qu’il s’égare et il s’égare constamment. Ça me rappelle certains moments de mon enfance, quand je regardais la pluie ruisseler sur la vitre d’une fenêtre ou lorsqu’étendu sur le gazon, je regardais passer les nuages d’un après-midi d’été. Quelque chose qui ressemblait vaguement au bonheur.

Ne rien faire est une transgression dans une société tout entière axée sur la croissance et la productivité. Sourire à son esprit qui s’égare paraît carrément fou alors que la violence et les jeux de pouvoir sont la norme. Je suis un perfectionniste compulsif, un hyperactif anxieux. Me donner le droit de m’arrêter a été une révélation. La première fois que j’y suis allé, je suis rentré en métro. Et en attendant sur le quai, j’ai découvert un plaisir nouveau, celui de respirer. Une fois chaque semaine, je peux arrêter ma course et me poser sur un coussin pour ne rien faire, avec d’autres fous. C’est comme un soulagement. J’ai trouvé un sentier qui mène à un refuge, quelque part en moi. Et je sais désormais comment y retourner.

La méditation sur Passeport Santé