Quelques pas furtifs, sur la neige nouvelle. Se glisser dans la nuit en entrant dans la ruelle. Une faille de silence dans l’agitation de la ville. Marcher doucement vers ce hangar de tôle qui n’a l’air de rien. Apercevoir une étoile entre les branches. Parfois, je m’inquiète de cette envie que j’ai d’y retourner. Il y a là-dedans quelque chose de religieux. Je n’ai pas rejeté le catholicisme de mes ancêtres pour retomber sous le joug d’un autre aveuglement. La porte craque. À l’intérieur des voix qui chuchotent et des rires étouffés. La soie d’un silence que l’on froisse.
La méditation m’avait toujours attiré. J’ai lu beaucoup sur le sujet, sans jamais oser aller plus loin. Puis, il y a environ un an, j’avais un besoin criant des bienfaits qu’on lui prêtait. Une recherche rapide sur le Web m’a fait tomber sur la Maison de Pleine Conscience. Pas de positions compliquées. Pas de dogme, de certitudes ou de vérités. Simplement l’affirmation que chaque instant est important. Francine, la femme qui accueillait les nouveaux méditants était sympathique. Mais ce qui m’a frappé, c’est le sourire calme dans ses yeux et une sorte de tendresse dans chacun de ses gestes. J’ai tout de suite eu envie d’être un peu comme elle, ou du moins de la côtoyer. J’y suis retourné depuis, sporadiquement, peut-être un peu plus régulièrement ces derniers temps.
On ne fait absolument rien, on essaie de ne s’accrocher à aucune pensée. L’esprit tente tant bien que mal de se rattacher à la respiration. On le ramène chaque fois qu’il s’égare et il s’égare constamment. Ça me rappelle certains moments de mon enfance, quand je regardais la pluie ruisseler sur la vitre d’une fenêtre ou lorsqu’étendu sur le gazon, je regardais passer les nuages d’un après-midi d’été. Quelque chose qui ressemblait vaguement au bonheur.
Ne rien faire est une transgression dans une société tout entière axée sur la croissance et la productivité. Sourire à son esprit qui s’égare paraît carrément fou alors que la violence et les jeux de pouvoir sont la norme. Je suis un perfectionniste compulsif, un hyperactif anxieux. Me donner le droit de m’arrêter a été une révélation. La première fois que j’y suis allé, je suis rentré en métro. Et en attendant sur le quai, j’ai découvert un plaisir nouveau, celui de respirer. Une fois chaque semaine, je peux arrêter ma course et me poser sur un coussin pour ne rien faire, avec d’autres fous. C’est comme un soulagement. J’ai trouvé un sentier qui mène à un refuge, quelque part en moi. Et je sais désormais comment y retourner.
La méditation sur Passeport Santé



Louis
4 weeks ago
? hum? Là j’ai rien à redir… sinon de demander de préciser un passage:
Veux-tu dire qu’il t’arrive souvent de perfectionner tes compulsions ou de compulser sur la perfection? Veux-tu dire que lorsqu’il t’arrive de vivre de l’anxiété tu te démènes dans tout les sens, ou que lorsque tu te met à t’activer frénétiquement parfois tu vis de l’anxiété? Veux-tu simplement dire que tu as changé d’idée sur les étiquettes? Bon, allez, c’est pas mal une insight cette réplique, je crois que tu devrais l’effacer.
Kevin Zaak
4 weeks ago
Les étiquettes conviennent mieux aux pots de confitures qu’aux êtres humains. Si on ne les prends pas trop au sérieux, elles peuvent être utiles et même être très drôles. Mais si elle fige une identité, je crois qu’elle peuvent faire beaucoup de mal. Alors mon idée n’a pas vraiment changé.
Pour la précision : je pense que dans mon cas, l’anxiété précède l’agitation, la compulsion et le perfectionnisme qui en sont l’exutoire.
kitty
4 weeks ago
C’est exactement ça que je nomme « lâcher du leste ». C’est des parenthèses méditatives durant lesquelles on laisse dériver l’esprit comme une plume sur la surface d’un ruisseau vif. Moi, ça me tombe dessus à l’improviste. On est là, dans le moment présent, sur un quai, dans une foule, dans un jardin, qu’importe, on est là en dehors des étiquettes justement, on ne se dit rien de précis mais on a la conscience aiguë qu’on est vivant et que c’est incroyable, qu’on ne sait rien et que c’est vertigineux mais grisant. C’est un instant de vide agréable où l’on n’est plus défini que par l’état vivant, où la personnalité s’efface derrière une chose essentielle et secrète, loin des mots. On ne culpabilise plus de rien, pas même de nos échecs qui ne sont que des chemins. On est bien comme si on était un esprit pur
C’est un état qui fera toujours peur aux personnes excessivement cartésiennes trop avides de repères et de réponses. Pour le connaître, je crois qu’il faut avoir accepté l’idée du dérisoire, l’idée que nous ignorons l’essentiel et que nous ne sommes pas grand chose. En un mot, il faut savoir ce qu’est l’humilité
Kevin Zaak
4 weeks ago
Moi, tu vois, je n’y arriverais pas tout seul. Trop de culpabilité à l’idée de ne rien faire, de perdre du temps. Je crois pourtant que ces moments sont essentiels.