Bêtes noires
Il y a quelque chose qui cloche avec ma vie. À force d’acharnement, j’ai réussi à lui faire prendre certains tournants. En gardant les yeux grands ouverts et en y mettant le temps, je suis arrivé à y voir plus clair. Je me sens plus solide et plus fort, c’est certain, mais on dirait que je reste toujours aussi insatisfait. Souvent le matin, ça me prend tout mon petit change pour sortir du lit. Et le soir, je n’arrive pas à laisser aller la journée pour glisser dans le sommeil. Peut-être que c’est cette éternelle solitude qui me colle à la peau. Peut-être est-ce le manque de sens. J’ai beau accomplir un travail utile, je me dis souvent que la différence que je fais est bien peu de choses. Mon impact est dérisoire.
C’est ce que je me disais en marchant au ralenti sur le tapis. En déroulant lentement la plante de mon pied tout en respirant. J’ai beau cumuler les réussites, je reste insatisfait, quelque part, dans un coin de ma tête. J’ai l’habitude de la vie où tout va mal. Je m’y sens tout à fait à l’aise. On y a les coudées franches. La position du malheureux a même des avantages. J’ai chassé ces pensées. Le but de la méditation est de ne s’accrocher à aucune pensée. Pendant la méditation marchée, tout le groupe tourne au ralenti autour de la salle. L’animatrice parle d’une fois douce pour nous ramener à l’instant présent. Inspirez en avançant le pied gauche, expirer en avançant le droit, portez attention au transfert de poids, à la solidité du sol.
Mais même quand je médite, je voudrais performer, m’améliorer, réussir, être un bon méditant. Et j’ai ce nœud de tension entre les omoplates. J’observe ma posture. Je replace les épaules. J’essaie de respirer à l’endroit où ça fait mal et ainsi d’ouvrir la cage thoracique. J’essaie de chasser l’inconfort, de l’oublier. Mais je n’y arrive pas, la douleur persiste. L’animatrice reprend : « Je marche en portant mon attention sur mon souffle… Si je sens une tension dans mon dos… » Secondes de silence. Allait-elle enfin me dire comment en finir avec cette douleur et passer à autre chose ? Je suis suspendu à ces lèvres, entre deux pas. « Si je sens une tension dans mon dos…, je souris. » Je reste la bouche ouverte. Je souris ! C’est une joke ? Et puis ça me fait sourire finalement, l’absurdité de l’énoncé. Et je souris et la douleur est là. Et je réalise que je peux vivre avec.
C’est peut-être ce que je dois apprendre à faire avec mes bêtes noires, mon vieux fond d’insatisfaction. Juste sourire. Mais dans certains cas, sourire peut-être beaucoup plus difficile que de déplacer des montagnes. Je suis définitivement plus le genre à pelleter des montagnes. Je pourrais déplacer les Rocheuses à la petite cuillère. Mais déplacer les montagnes, c’est dur sur le dos. Ça crée sûrement des douleurs entre les omoplates. Et puis ça ne sert à rien. Peut-être finalement que sourire est plus utile…







Bien sûr que sourire est difficile mais, je crois, que si tu réussis à être moins insatisfait de tes réalisation, tu pourras également plus facilement accepter les autres (bon je prêche aussi pour ma paroisse là!. Mais il semble, au travers des lectures de tes billets, que tu as commencé non?
Et sur un autre plan, tu pourras réduire ta consommation de chips…
Ma consommation de chips est tout à fait raisonnable. Il faut bien qu’il me reste quelques défauts. :-)
Pour le reste, je crois bien que tu as raison.
ouahou vais-je passer pour ton psy?! non, je plaisante … tu penses donc que tu es sur le chemin de satisfaction (tout est relatif, bien sûr)?
Ce n’est pas un chemin facile, il est plein de trous, de cailloux, de détours. Mais je ne l’ai jamais emprunté auparavant. Qui sait ?
Un personnage de psy, c’est peut-être ce qui manque à ce blogue.