Note en tu

Publié le 25 février , 2010 à 10:05 par Kevin Zaak

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Tu es arrivé en retard sous un soleil qui aurait fait fondre n’importe qui. L’hiver prenait l’eau. Je t’attendais là, bardé de mes mots comme d’une armure étincelante. Je voulais t’éblouir, t’aveugler pour que tu ne me voies pas. Je riais fort, je faisais des moues, je me mordais la lèvre en haussant les sourcils. Je dépliais mon coeur sur le napperon, je sortais l’argenterie, pour que tu voies la lumière briller sur mes plus belles larmes. Toi tu ne savais pas qui j’étais, mais tu souriais en te disant que c’était trop beau pour être vrai. Peut-être cherchais-tu ce qui clochait.

Je me suis retrouvé seul, alors que les nuages couvraient le ciel de la Main. Peut-être un peu plus seul parce que je t’avais manqué. Je suis passé devant toi en coup de vent, comme une furie, prêt à me battre. J’ai livré ma marchandise, ma pacotille. Je fais toujours ça. Pourquoi tu me fais si peur ? Pourquoi ai-je si peur que tu vois qui je suis ? Je ne sais pas. Mais la question s’est plantée devant mes yeux, même si je détournais la tête, même si je grimaçais. Et même si je préférais regarder les lignes du trottoir, la neige mouillée me tapait sur l’épaule pour me faire lever les yeux.

Peut-être que c’est entre moi et moi. Et que toi, tu n’y es pour rien. Parfois la nuit, je rêve d’un ouragan et d’un tremblement de terre qui balaieraient toute mon histoire, toutes ces façades que j’ai construites autour de moi, au fil des années. Je voudrais voir s’écrouler mes tours d’ivoire. Me retrouver nu, pauvre et poussiéreux. Laisser tomber les mille peaux de l’homme que j’ai rêvé d’être, de l’homme que je deviens pour te faire rêver. Et marcher dans la peau d’un inconnu : moi-même. À travers les fissures de mon armure, je vois les enfants qui jouent. Ils ont cueilli des fleurs qui ont poussé dans l’asphalte craquelé, l’été dernier. Ils en ont fait une guirlande qu’ils ont accrochée à la clôture de fer de la cour d’école, et l’ont oublié. Je t’ai vu passer en dessous. Tu n’aimes pas les spectacles, les feux d’artifice et les armures, tu plisses les yeux quand tu es ébloui, pour y voir plus clair. Attends-moi… Un jour, je serai moi.

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