Tu es arrivé en retard sous un soleil qui aurait fait fondre n’importe qui. L’hiver prenait l’eau. Je t’attendais là, bardé de mes mots comme d’une armure étincelante. Je voulais t’éblouir, t’aveugler pour que tu ne me voies pas. Je riais fort, je faisais des moues, je me mordais la lèvre en haussant les sourcils. Je dépliais mon coeur sur le napperon, je sortais l’argenterie, pour que tu voies la lumière briller sur mes plus belles larmes. Toi tu ne savais pas qui j’étais, mais tu souriais en te disant que c’était trop beau pour être vrai. Peut-être cherchais-tu ce qui clochait.
Je me suis retrouvé seul, alors que les nuages couvraient le ciel de la Main. Peut-être un peu plus seul parce que je t’avais manqué. Je suis passé devant toi en coup de vent, comme une furie, prêt à me battre. J’ai livré ma marchandise, ma pacotille. Je fais toujours ça. Pourquoi tu me fais si peur ? Pourquoi ai-je si peur que tu vois qui je suis ? Je ne sais pas. Mais la question s’est plantée devant mes yeux, même si je détournais la tête, même si je grimaçais. Et même si je préférais regarder les lignes du trottoir, la neige mouillée me tapait sur l’épaule pour me faire lever les yeux.
Peut-être que c’est entre moi et moi. Et que toi, tu n’y es pour rien. Parfois la nuit, je rêve d’un ouragan et d’un tremblement de terre qui balaieraient toute mon histoire, toutes ces façades que j’ai construites autour de moi, au fil des années. Je voudrais voir s’écrouler mes tours d’ivoire. Me retrouver nu, pauvre et poussiéreux. Laisser tomber les mille peaux de l’homme que j’ai rêvé d’être, de l’homme que je deviens pour te faire rêver. Et marcher dans la peau d’un inconnu : moi-même. À travers les fissures de mon armure, je vois les enfants qui jouent. Ils ont cueilli des fleurs qui ont poussé dans l’asphalte craquelé, l’été dernier. Ils en ont fait une guirlande qu’ils ont accrochée à la clôture de fer de la cour d’école, et l’ont oublié. Je t’ai vu passer en dessous. Tu n’aimes pas les spectacles, les feux d’artifice et les armures, tu plisses les yeux quand tu es ébloui, pour y voir plus clair. Attends-moi… Un jour, je serai moi.



Louis
6 months ago
humm…
Kevin Zaak
6 months ago
L’art de faire un commentaire sans rien dire…
Je trouvais ça ben bon quand je l’ai écrit.
Louis
6 months ago
C’est juste trop bon pour faire un commentaire
Kevin Zaak
6 months ago
On m’a toujours dit qu’on ne pouvait pas être bon juge de ce qu’on écrit. Quand il n’y a pas de commentaires, je me dis que je dois être complètement à côté de la track. Ton commentaire me rassure. Je n’ai aucune confiance dans mes textes.
kitty
6 months ago
Ce texte, très beau, m’évoque ta pudeur. Quand je t’ai rencontré, à Paris, ta retenue, ta prudence à ne pas te montrer trop spontané, m’a frappée. Cette sorte de timidité, touchante, m’a étonnée car elle m’a semblé en contradiction avec ta propension à te dévoiler avec tant d’aisance à l’écrit.
Il est clair que tout ce que tu peux écrire ici (et ailleurs?) c’est avant tout à toi-même que tu l’adresses. Tu entretiens avec toi-même une relation vraiment profonde, tu enquêtes sans relâche ! Pourtant, il y a quelque chose en toi de craintif, maintenant que j’y repense, qui demanderait à être comme apprivoisé.
J’ai peur de ne pas très claire… Ce que j’essaye de te dire, c’est que si tu sembles très proche/accessible lorsqu’on te lit, dans le face a face tu te protèges et gardes une distance raisonnable. Tu es un garçon plutôt paradoxale finalement! Un être humain digne de ce nom : plein de contradictions !
Biz
Kevin Zaak
5 months ago
Tu mets le doigt sur mes contradictions. C’est un peu ce que j’ai voulu exprimer en choisissant le titre, La face cachée. C’est peut-être aussi ce qui devrait être le sens de ce blogue, une espèce de réconciliation ou une meilleure compréhension de ces deux pôles. Merci.