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Avril

J’ai un cœur de papier. Heureusement que la vie garde toujours des printemps en réserve. Pour reprendre le fil de l’histoire, je voulais partir sur un nowhere. Tant bien que mal, j’ai bâillonné ma tête et mon ego et je me suis lancé dans le vide. Chasser, même pour un temps, les plans, les attentes, les inquiétudes a parfois la puissance d’un sortilège. Tout cet espace libéré attend désormais pour s’offrir à la vie. Je devrais toujours me souvenir qu’il suffit d’entrouvrir la porte pour que la vie s’y engouffre.

J’ai choisi de décrocher de l’intérieur, quand je suis au travail. J’ai désormais un certain recul et la bêtise du directeur ne m’atteint plus. J’ai semé au vent des mots qui disaient mon envie de changer d’emploi. Mon CV circule entre les Internets. Je l’ai envoyé sans véritablement en espérer quoi que ce soit, puisque je n’arrive pas, en ce moment, à savoir précisément ce que je veux. Je n’attends rien, donc. Mais j’en reçois des échos. Et sur le répondeur, hier soir, clignotait un message inattendu qui pourrait changer bien des choses.

Je n’avais pas plus d’attentes quand j’ai enfin rencontré le Minotaure. C’est l’ancien colocataire du Vénitien et son côté intello bourru m’intriguait. Il m’invitait à prendre un verre, sous-entendu : une rencontre sans lendemains, exclusivement pour que le corps exulte. J’avais eu une grosse journée et, même si l’on se limitait un verre, ça serait ben correct. Mais dès que l’on s’est frôlé, on a senti des étincelles. Je dois dire que ç’a été l’un des moments les plus agréables de la semaine, du mois, peut-être même de l’année. Agréable aussi, la longue discussion sur l’oreiller et la rapidité à laquelle il a fallu se rhabiller parce que le colocataire rentrait. Je devais partir, mais le colocataire a proposé d’improviser une salade avec des restes de poulet et des pommes de terre. Rien de très appétissant. Encore là, ce fut un délice inattendu. Et ce vin du Sud-Ouest, une surprise enthousiasmante. On a parlé de théâtre, du développement de Montréal, de la spécificité du Québec. Je suis finalement parti de là, après minuit, ensommeillé et légèrement ivre de plaisir.

Je me réveille ce matin et je dois me barricader et repousser les milliers d’attentes qui abattent les poings sur ma porte. Oui, c’est certain, je voudrais bien revivre de tels moments. Je n’arrive pas à m’enlever certaines images de la tête. J’ai le sourire étampé dans le visage avec les plis de l’oreiller. Mais je sais bien que chaque instant est unique. Et que s’accrocher à des images pourrait me faire manquer le prochain.

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3 Commentaires Post a comment
  1. Jérôme #

    tu n’as pas besoin de t’accrocher à ces images, juste les chérir pour qu’elles te confortent, et savoir que d’autres peuvent venir

    8 avril 2010
    • Kevin Zaak #

      Juste les chérir, parfois c’est douloureux. Et savoir, si difficile.

      8 avril 2010
  2. Louis #

    On ne peut s’attendre à l’inattendu. C’est tout l’essence de son charme! Tu as choisi de vivre dans l’instant, bravo, l’inattendu s’est alors manifesté de cette façon. Pour moi c’est encore un apprentissage de tous les jours, qui m’apparait comme la simplicité même quand on est dedans et totalement obscure quand on essaie de le comprendre de l’extérieur. Quand on s’y attarde à observer, on peut réaliser que la vie comporte un infinité d’inattendus qui ne nous attendent pas.

    Je me trouve bien moraliste ce soir… C’est vachement prétentieux de vouloir expliquer la vie. Trop tard, c’est écrit, je suis un imbécile et je l’avoue à la face (cachée de KZ) du monde.

    8 avril 2010

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