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Trois voix off

Que des couloirs vides, des embranchements, des culs-de-sac. Parfois, la nuit, j’ai peur de ne jamais en sortir. Mais il y a des soirs où je me laisse prendre au jeu. Je trouve même du plaisir à courir dans ce dédale. C’est peut-être l’âge qui m’assagit. Quand El Poblano éclate de son rire d’enfant, je ne peux m’empêcher de sourire avec lui. Des éclats de mon sérieux, tout craquelé, vont même s’écraser à nos pieds, sur le plancher.

Je lui ai raconté qu’à défaut de trouver un amoureux potable, potentiel et disponible, j’avais décidé de faire comme tout le monde et de me dégoter un fuckfriend. Le Minotaure, un garçon drôle, brillant, brûlant ! Mais c’est plus fort que moi, je ne l’avais vu qu’une seule fois et en rentrant chez moi, le sourire aux lèvres, je ne pouvais pas m’empêcher de rêvasser. Je m’imaginais partir en voyage avec lui dans une voiture de location, passer une journée complète sans sortir de la chambre d’hôtel, le présenter à mes amis lors de mon souper d’anniversaire, emballer son cadeau pour Noël. Même si c’était clair avec lui, dès le début. Que du cul ! El Poblano fronce le nez en riant : « Moi je suis pareil, je vois un gars une fois, puis je m’imagine déjà que l’on s’achète un bungalow p’is un caniche royal. »

Je voulais être cool. Un fuckfriend, c’est cool, non ? Quand j’ai su qu’il avait un chum, je n’aurais dû rien ressentir. Mais non ! Ça m’enrage. Ça me ronge de l’intérieur. J’ai envie de savoir c’est qui. J’ai fouillé le Web, à la recherche d’indices. El Poblano appelle ça du Google Stalking. Si je pouvais au moins découvrir que c’est un vieux riche, qu’il est bête et stupide, qu’il pèse 300 livres et que c’est un laideron, ça me rassurerait. Même si je sais bien que je serai toujours, au mieux, le numéro deux. El Poblano a l’air de me trouver vraiment drôle : « Ce qui est sûr c’est que même si le chum est beau, jeune, brillant, tu as quelque chose de plus que lui. Sinon pourquoi il voudrait te revoir ? » Je hausse les épaules : « peut-être que c’est seulement l’attrait de la nouveauté. »

J’ai quand même décidé de jouer le jeu à fond. Comme le fuckfriend me laisse sur ma faim (et que, comme l’a dit Louis, il va me faire souffrir), je me suis trouvé un tendernessfriend (j’ai un copyright sur le néologisme). Mario. Je pense qu’il sort d’une relation difficile ou d’une dépression. Pas de sexe, avec lui. On regarde des blockbusters, collés sur son canapé, on mange de la crème glacée et on dort en cuillères. On se fait du bien, en essayant de ne pas trop se faire de mal. Souvent, j’ai plus envie de le voir que d’espérer les visites aléatoires du Minotaure.

Et comme ça ne me suffisait toujours pas, J’ai même trouvé un possibleboyfriend (copyright itou !), Giacomo. Lui, il est vraiment gentil et intéressant. Je l’ai rencontré dans un bar. Il vient de se séparer et ne se sent pas prêt pour une relation. Mais ça fait trois fois qu’il me rappelle. Il est prof d’anglais et j’ai besoin de pratiquer ma conversation. Ça s’appelle joindre l’utile à l’agréable. On ne sait jamais ce que ça donnera à plus long terme. J’ai archivé un message de chacun sur mon répondeur. Trois voix sexy avec des accents différents : anglo-italien pour Giacomo, anglo de l’ouest pour Mario et l’accent montréalais du Minotaure qui parle à la française pour me faire rigoler. Peut-être que je vais y prendre goût. En tout cas, lorsque je suis de mauvaise humeur, j’écoute les trois messages et je souris.

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2 Commentaires Post a comment
  1. Plume #

    c’est plus fort que moi, j’aime toujours vous lire,même si je suis moins souvent présent

    22 avril 2010
  2. Kevin Zaak #

    Heureux de voir la trace de votre passage !

    25 avril 2010

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