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L’échappée

Souvent, lorsqu’on s’y attend le moins, une trouée apparaît entre les nuages et le ciel gris dévoile de larges pans de bleu. Depuis un moment déjà, j’étais fatigué. Fatigué de me battre pour une cause immense sur laquelle l’impact de mes actions reste dérisoire. Fatigué d’être confronté, jour après jour, aux larmes des hommes, à leur anxiété et à leur dérive dans la consommation (alcool, drogue, sexe). Mais ce qui m’usait encore davantage, c’était le fait de travailler sans soutien, sans appui de mon organisation. La principale fonction de mon directeur (toujours absent et imbu de lui-même) semblait être de nous mettre des bâtons dans les roues.

Je m’étais dit qu’il fallait que je parte, que c’était inévitable. Je m’étais donné comme deadline le mois de mai. Mais je n’y croyais pas trop. Trouver un emploi n’est pas chose simple. Et je ne veux pas sauter d’un emploi à un autre, comme un écervelé. J’ai quand même souvent espéré que je serais parti au mois de mai. Je pense que cette idée m’aidait à supporter la situation.

Depuis, j’avais planifié me mettre à l’ouvrage, refaire mon curriculum vitae, fouiller activement le Web, éplucher les offres d’emploi. Mais l’énergie n’y était pas. En fait, je n’arrivais même pas à clarifier ce que je voulais faire. Je voyais l’échéance approcher et ça me désespérait. Puis, il y a eu un appel de Sylvie, une ancienne collègue. Nous avions travaillé ensemble dans une petite équipe du Jardin. Mon poste avait été supprimé pour des raisons budgétaires. Elle me disait qu’ils étaient débordés et qu’ils poussaient sur la directrice pour qu’elle débloque des budgets pour engager une personne supplémentaire.

J’étais content qu’elle ait pensé à moi, mais sceptique. Je sais comment fonctionne une grosse boîte municipale comme le Jardin. Il y a tellement de formalités, de conditions à réunir. Tellement de « si » avant qu’un poste s’ouvre que je n’y croyais pas trop.

Trois semaines plus tard, un autre appel, cette fois-ci de la directrice. Ils sont effectivement débordés, un employé est en congé de maladie pour une durée indéterminée. Elle disait sur mon répondeur : « Je voudrais connaître vos disponibilités pour vous joindre à l’équipe pour la saison 2010. » Le lendemain, elle me confirme de vive voix qu’elle voudrait que je commence, le plus tôt possible. Comme ça, sans entrevues, sans examens, sans formalités. Le salaire est plus élevé que celui que je gagne en ce moment et je travaillerais une journée de moins par semaine. C’est à cinq minutes à pied de chez moi. Je travaillerais dans un bureau très agréable avec des collègues que j’aime. J’ai beau chercher ce qui cloche, je ne trouve rien. J’ai le cœur qui chahute, les sentiments qui déboulent. L’enthousiasme se mêle au doute et à la culpabilité. La joie de retrouver des collègues aimés à celle d’en perdre. La peur de se tromper affronte le désir de tout faire sauter. Pendant quelques jours, J’ai du mal à ravaler mon sourire (et à m’endormir le soir). Heureusement, la neige fondante, la pluie et le ciel gris tempèrent mon excitation.

Puis le soleil revient. C’est comme une fenêtre qui s’ouvre au printemps. La fraîcheur de l’air surprend. Je suis confusément inquiet de tout cet espace ouvert. Je prends une grande respiration et la douceur d’avril se dépose sur mon cœur fatigué.

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4 Commentaires Post a comment
  1. Jérôme #

    ne t’inquiètes pas: tu vas très certainement réussir à te prendre le choux et à nous faire part de tes angoisses dans moins de trois semaines…;-)

    Mais, félicitations quand même! On touche du bois (dans un jardin, ça devrait pas être trop difficile…)

    29 avril 2010
    • Kevin Zaak #

      Tu crois vraiment que ça va me prendre des semaines ? Tu me sous-estimes ! C’est une question d’heures, ;-)

      29 avril 2010
  2. Ah ! Je croyais le choix évident et… déjà fait ;o)

    29 avril 2010
    • Kevin Zaak #

      Oui, il est fait et officialisé, même. Mais était-ce le bon ? (y’en aura pas de facile !)

      29 avril 2010

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