Magma
Parfois, je crois que j’ai des pressentiments. Non pas que je connaisse l’avenir, mais mes sentiments naissent de façon diffuse et désordonnée, sans que ma logique ne puisse en saisir le cheminement. Ces jours-ci, je suis secoué de rafales intérieures et de bouillonnements. Des sensations que mes mots n’arrivent pas à ordonner.
Je termine ma dernière semaine à Zorro & Co avec un mélange de tristesse et d’un immense soulagement. En principe, je dois commencer au jardin, le lundi suivant. Un seul jour de répit entre les deux. Je cours plus régulièrement. L’entraînement devient plus exigeant au fur et à mesure que la saison avance. Les jours de repos sont désormais l’exception dans la semaine. Même si je peux constater des progrès, Lady Gaga doit souvent hurler dans mes oreilles pour me faire avancer.
J’imagine que c’est à cause de la fatigue, mais mon coeur sursaute constamment. Les extrasystoles sont bénignes, mais particulièrement désagréables. Et je traîne une espèce de douleur dans la poitrine. Je crois qu’il s’agit de reflux gastriques. J’ai connu ça dans une période plus difficile de ma vie. Quand je suis secoué, fatigué, stressé, je mange pour me calmer ou je chatte compulsivement sur Internet, ce qui ne fait rien pour arranger les choses.
Et puis, après une nuit tumultueuse, en revenant de la course, je trouve un message sur mon répondeur. Madame B. m’apprend qu’il y a un problème avec le contrat qu’elle m’a offert. Elle veut que je la rappelle le plus tôt possible au Jardin. Elle veut savoir où j’en suis avec mon emploi actuel.
Ma démission est donnée, mes adieux sont faits. Si le contrat tombe à l’eau, je ne me retrouve devant rien. Et je me suis moi-même surpris du calme de ma réaction. Peut-être que cette annonce vient mettre des mots sur mon bouillonnement intérieur des derniers jours. Mes inquiétudes s’expliquent, maintenant.
Les endorphines générées par la course doivent me parcourir le corps. Tout de suite, je me dis que, de toute façon, ce contrat n’était qu’un prétexte. Ce que je voulais vraiment était de quitter Zorro. Et je m’étais fixé le mois de mai comme échéance. Objectif atteint ! Je ne suis pas dans la rue, j’ai un peu d’argent de côté. Je me sens plus sûr de moi, de mes capacités et de mes compétences. J’ai besoin de vacances et j’aurais même envie de voyager. Sur le répondeur, il y a aussi un message que Le grand m’a laissé. Il a appris qu’un poste s’ouvrait dans son service. Une job inintéressante, mais avec un traitement alléchant. Une preuve tangible que la vie cache encore des as dans ses manches.
Ce n’est qu’en fin de journée que j’arrive à parler à Madame B. Ce qu’elle m’a offert ne tient plus. Elle n’avait pas le pouvoir de m’engager comme ça, sans formalités. Elle a trouvé une solution temporaire, un budget pour m’engager comme employé, le temps d’octroyer le contrat en respectant les procédures. J’ai donc un sursis de 5 semaines qui commencera lundi prochain. Je devrai présenter une soumission pour obtenir ledit contrat. Et la haute direction pourrait choisir d’embaucher quelqu’un d’autre. Ce serait ridicule, je suis le seul qui ait l’expérience de ce travail, j’ai les compétences et les qualités requises. Mais la Ville de Montréal a déjà fait pire. Si jamais c’est ce qui arrive, ce sera l’été. J’aurai tout mon temps devant moi et mes désirs auront eu le temps de mûrir et de se préciser.
Je me sens plus libre. Le magma se calme. Je vois plus clair.




C’est un peu embêtant, cette histoire de contrat ! Comme tu le dis, on aura tout vu à la Ville de Montréal !
Mais je crois que tu peux être tranquille ; tout s’arrangera en ta faveur.
D’ici là, continue d’apprécier chaque jour le printemps qui est là et qui ira en s’améliorant.
Des deux côtes de l’Atlantique, les employeurs publics semblent tous les mêmes! Mais je suis content de voir comment tu envisages la chose. On (res)sent ton calme et ta force dans tes mots, comme une espèce d’équilibre.
Une chance qu’il y a Lady Gaga des fois pour la course !!! Héhé ! D’accord avec toi là-dessus.
Et sinon, effectivement, moi aussi depuis que je me « drogue » aux endorphines de jogging, c’est fou comme mon humeur est en général plus belle et en plus, les coups durs deviennent plus petits.
Pour la job, je te souhaite le meilleur pour toi. Ce qui te conviendra le mieux. :)
@ Alcib : Embêtant, oui. J’essaie de me dire que c’est peut-être un mal pour un bien.
@ Jérôme : Le calme est vacillant, quand même. Je vais me relire.
@ L’impulsive : La course est une drogue douce, sans effets secondaires, à part les courbatures.