L’hôpital
Je traverse le boulevard René-Lévesque, mon sac à dos sur l’épaule et les deux sacs en papier brun dans la main. C’est une nouvelle politique de la clinique. Le patient doit lui-même aller porter ses échantillons sanguins aux laboratoires du CHUM ou payer la livraison. La plupart des gens choisissent de payer les frais, une façon pour la clinique d’augmenter ses profits. Mais comme j’ai plusieurs heures devant moi et que le temps est ensoleillé, je préfère assurer moi-même le transport de mon sang.
Je dois déposer les sacs dans deux laboratoires situés dans deux pavillons distincts. Je n’ai jamais beaucoup aimé les hôpitaux. Je les considère comme un repaire de maladies nosocomiales, avec des murs verdâtres, une odeur louche et un personnel antipathique. Le genre d’endroit qui rendrait malade n’importe qui. Pourtant, j’ai été bénévole pendant plusieurs années à l’hôpital Sainte-Justine, mais la présence des enfants donne à cet hôpital une énergie particulière. Les murs sont jaunes ou roses au lieu d’être vert. Et peut-être que les enfants réveillent un peu d’humanité chez les adultes qui y travaillent.
Je laisse le sac en papier sur le comptoir d’un laboratoire vide. C’est peut-être l’heure de la pause. Et j’entreprends de retrouver l’ascenseur. Même si je suis venu souvent, chaque fois, je finis par m’égarer. Les couloirs se ressemblent tous et la direction des ascenseurs n’est pas indiquée. Microbiologie. Oncologie. Dermatologie. Un peu mal à l’aise, je me retrouve dans des couloirs où des patients sont allongés sur des civières, faute de chambres. Puis je reconnais la couleur des murs du couloir où se trouvent les ascenseurs. Trois étages plus bas, je pousse les portes vitrées, et traverse un groupe de fumeurs âgés qui toussent à s’arracher les bronches. Et je me retrouve enfin de nouveau au grand air. C’est toujours un soulagement de sortir d’un hôpital.




Tous les jours, je passe à côté de l’Hôtel-Dieu (par le parc) et je dois dire que je préfère regarder avec un peu de recul son mur de pierres anciennes que de frôler les murs verts à l’intérieur.
Arf, que devrais-je dire, moi qui termine demain un stage en néphrologie et qui, d’ici deux semaines, en commencera un dernier en pneumologie ? ^^
@ Kab-Aod : Quand on y est pour travailler, pour accomplir quelque chose, pour aider, on se retrouve dans une position moins vulnérable que celle du patient qui est là, obligé, à la merci des bactéries et de la mauvaise humeur de certains.
@ Alcib : Cette crainte envers les hôpitaux est peut-être aussi une crainte de la maladie.
Ce sont ces petites batailles gagnées au quotidien qui font que l’on gagne la guerre.
Bon courage.