Skip to content

Orphelin

Je me rappelle quand M est parti. Il s’était assis devant son bureau, le regard dans le vague. Je lui avais dit en souriant : « Va-t’en ! Profites-en, t’es libre, maudit chanceux ! J’ai hâte de partir à mon tour » et il traînait dans la pièce, les yeux tristes parcourant chaque détail. Il s’accrochait au lieu, à notre bordel familier, à son affreuse plante qui voulait tellement vivre. Chaque objet imbibé de souvenir, des souvenirs qui dataient peut-être de bien longtemps avant moi. Le sentiment d’un idéal partagé. Et puis il est parti. « Bon, ben bye. »

J’étais comme lui aujourd’hui. Je ne voulais pas quitter les lieux. J’ai vraiment eu l’impression d’y laisser une partie de moi-même. Une partie belle et vivante. Une partie qui voulait changer le monde. Depuis que j’ai passé la porte, je me sens orphelin. Ils vont me manquer, même ceux qui me tombait sur les nerfs vont me manquer. C’est toujours quand on perd quelque chose que l’on en réalise la valeur. Se sentir à sa place, c’est précieux. Ils m’ont écrit une carte avec chacun un mot. « On ne t’oubliera pas. » Je n’ai rien dit, j’étais gêné.

Je n’ose pas penser à demain. Demain est un jour inconnu et l’inconnu me fait peur. Peut-être que c’était une erreur monumentale de quitter un emploi stable où j’étais apprécié alors que le monde va mal, partout autour de moi. Je ne sais plus. Je me sens perdu, au beau milieu du quai d’une gare. Je ne sais pas où je dois aller. Personne ne m’attend. Personne ne m’appelle. Ce soir, je suis orphelin.

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...
5 Commentaires Post a comment
  1. Quand on met le pied dans le vide, on se sent toujours un peu instable… Mais ça peut être très grisant aussi. J’t'envois une petite pensée positive.

    14 mai 2010
  2. Pas de changement possible sans lâcher ce qu’il y avait avant …
    cela n’est pas facile pour autant.

    Mais lâcher et perdre, ce n’est peut-être pas tout à fait la même chose.

    14 mai 2010
  3. Kevin Zaak #

    @ L’impulsive : La nuit est passée. Ne pas se lever au son du réveil est agréable. Et tout ce temps libre a effectivement quelque chose de grisant.

    @ Lise : Comme j’ai peur de perdre, je vois la perte partout. Tu as probablement raison.

    14 mai 2010
  4. Jérôme #

    Orphelin parce que sans eux ou parce que tu penses avoir perdu de ton « utilité »? Tu peux encore être utile, quelque part, ailleurs. A toi de déterminer où.
    Et s’ils ne t’oublieront pas, si ce job t’as permis de trouver une place c’est parce qu’il a mis en valeur tes qualités (non, je ne te fais de compliment gratuit!). Mais celles-ci demeurent, même si tu as fermé la porte. Je pense – tu l’a écris avant – que cet emploi t’a permis de mettre en valeur des éléments de ta personnalité et de dépasser les autres. Et cela restera.
    Profites de ton temps libre et des beaux jours. Je touche du bois pour ton avenir, sans peur et sans regret.

    14 mai 2010
  5. RAnnieB #

    Daniel Bélanger nous dit:

     »Tout vient à
    Qui sait mourir
    Pour mieux revivre »

    J’y crois fermement. Un certain deuil est normal. C’est ainsi que l’on grandit.

    Je te souhaite de trouver bonheur et satisfaction dans cette nouvelle vie professionnelle.

    15 mai 2010

Laisser une réponse


*

Vous pouvez utiliser des balises HTML basiques dans votre commentaire. Votre adresse email ne sera pas publiée.

Suivre ce commentaire via son fil RSS