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Je voudrais m’ennuyer

C’est un automatisme. Je m’active, frénétiquement, compulsivement pour combler chaque minute. Et il faut que je frappe le mur de la fatigue, à plusieurs reprises, pour que je m’en rende compte. Le vide m’angoisse. J’ai une peur viscérale de manquer quelque chose. Je cours souvent comme une poule pas de tête.

Un samedi soir en solitaire se profile devant moi. Face au vide potentiel, j’échafaude des plans, des stratégies pour tirer parti de chaque possibilité. Qui pourrais-je appeler, quand, où ? Rien de plus facile que de faire disparaître les temps morts. La société aime aussi l’agitation. Le Web déborde de bruit, de bavardage. Les occasions de consommer, de s’enivrer n’attendent que nous pour nous donner l’occasion de performer, même dans nos loisirs.

Mais le corps est le plus fort. Et il m’a fait piquer du nez en travers de mon lit alors que j’étais penché sur le dernier roman de Paul Auster, pour occuper quelques minutes de liberté avant de sortir. Je me réveille. La soirée est bien entamée, le bleu du ciel s’est assombri.

Peut-être y a-t-il quelque chose d’autre, quelque chose qui ne serait accessible qu’à ceux qui savent s’arrêter.

Sans ennui, il n’y a pas d’invention, il n’y a pas d’écriture et peut-être même pas de lecture. Je sais bien que la vie est courte, mais je ne suis quand même pas à l’article de la mort. Et j’ai l’intuition que ce serait bien de ralentir un peu, de m’arrêter, même. D’offrir de temps à autres quelques minutes au vide. De ménager des espaces pour les surprises de la vie. Et de réserver des moments juste pour savourer le temps qui passe. Je voudrais m’ennuyer un peu. Sans quitter mon lit, je balaie tous les plans du revers de la main et je plonge à nouveau dans les intrigues fascinantes de Paul Auster.

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