Le cerf-volant
Il t’arrive parfois d’être porté par des élans de bonne humeur. J’imagine que c’est un signe de maturité, une certaine forme de détachement. Parce qu’au fond, tu n’es pas au meilleur de ta forme. Avant, tu te plaignais que ton travail te prenait toute ta vie. Maintenant que l’on t’a rendu ta vie, tu réalises qu’elle est pleine de vide et de vent. Et tu regrettes presque le temps d’avant. Tu regrettes les combats, l’adrénaline, les défis à dépasser. Même la colère te manque. Elle te bousculait et te faisait sentir vivant.
Tu essaies de faire l’adulte quand tu te sens seul. Tu te paternes, en quelque sorte. Il y a ces longues journées chaudes et grises qui se ressemblent toutes et ce printemps qui te glisse entre les doigts. Il y a ces nouvelles heures de liberté fugaces, que tu tentes d’apprivoiser. Tu as du mal à digérer que tu t’es fait berner en démissionnant sur la promesse d’un contrat qui ne s’est toujours pas concrétisée. Tu te répètes sans trop y croire que c’est probablement pour le mieux. C’est un vieux réflexe de s’accrocher à des conneries comme la loi de l’attraction.
Ton existence est en manque de piquant, de profondeur et d’aventure. Lorsque la lune presque pleine déborde dans ta fenêtre, tu aurais envie de hurler, de t’enfuir et de courir les bois. Tant de fois, tu as répété que tu ne voulais plus rien savoir de lui. Pourtant, tard la nuit, quand le sommeil te fuit, tu continues de clavarder avec le Minotaure. Il demeure un fantasme, celui qui te donne des érections dans les mouvements les plus incongrus. Tu te dis que c’est toujours mieux que rien. Tu crois même parfois que ce « mieux que rien » pourrait être ton pain quotidien, désormais, et que tu devrais peut-être apprendre à te contenter des miettes. Mais tu continues de courir sur la piste, sous les soleils couchants qui incendient le parc. Pendant que tes jambes rebondissent et que ton corps s’épuise, ton imagination s’élève comme un cerf-volant. Tu consignes dans ton portable tes temps et ton kilométrage. Et le soir, tu danses dans ton couloir en chantant I’m yours de Jason Mraz. Et puis tu souris.







Très fort ce texte.
« Maintenant que l’on t’a rendu ta vie, tu réalises qu’elle est pleine de vide et de vent »
Comme c’est vrai, surement pour plusieurs mais pour autres raisons.
Ce que je lis chez-toi me touche énormément. Je reviendrai y passer plus de temps.
La force d’un texte doit venir de l’espace qu’il laisse aux lecteurs pour s’y projeter.
Je ne sais pas pour la projection (il me manque un certain appendice pour avoir une érection… héhé !), mais pour ce qui est des textes, tu tombes souvent pile.
Je te souhaite que le sourire de la fin demeure. Et que la vie revienne. Mais en mieux.
Superbe texte qui m’a touché en ce matin pluvieux.
Merci !
Hey ! Une découverte nocturne, qui valait la peine de veiller tard ! Kevin Zaak, tu entres dans mes listes de lectures virtuelles par la grande porte ! ( Je te dis ça sourire en coin, et bien modestement ! )
PS: À Annie: Je ne te suivais pas, je t’assure, mais je constate que nous convergeons souvent ces temps-ci :-)
@ L’impulsive : La vie revient toujours, je crois.
@ RAnnieB : Merci à toi.
@ RPL : Bienvenue sur ces pages.