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Archive de mai, 2010

Pourquoi j’écris

Je m’accroche à l’écriture, malgré tout. Et j’y reviens toujours, même si j’y suis infidèle. Voici maintenant le top 5 des raisons pour lesquelles j’écris :

5. Pour apprendre à écrire.
La langue est un outil puissant, capricieux, doté de possibilités illimitées. Et je suis loin de maîtriser le centième de son plein potentiel. Il paraît que c’est en forgeant que l’on devient forgeron.

4. Pour laisser une trace.
Comme le petit Poucet, j’ai toujours peur de ne pas retrouver mon chemin. J’ai souvent le sentiment d’être perdu dans ma propre vie. Je me rassure en me relisant et en remontant la suite des évènements, jusqu’au moment présent. Parfois aussi, c’est en relisant un vieux billet que je comprends ce qui s’est passé, des mois ou des années plus tard.

3. parce qu’il y a tant à dire.
En réalité, il me faudrait une armée de petits Poucets dévoués et disciplinés pour ordonner mes pensées et les coucher sur papier ou sur l’écran. Le temps passe si vite. (Encore l’angoisse du petit Poucet qui a peur de perdre des instants, des moments.)

2. Parce que j’y prends plaisir.
Les mots qui s’entrechoquent créent souvent des instants de pure magie. Ils ouvrent des perspectives nouvelles. C’est un jeu dont je ne me lasse pas. Un plaisir intellectuel, par moment, presque physique. Écrire c’est un peu comme faire un jardin. Un travail minutieux, régulier qui demande patience et temps. Un travail dont les résultats étonnent et font croire au miracle.

1. Parce que je ne sais pas parler.
Je pense que je dois être un peu lent d’esprit. Les bons mots ne me viennent pas au bon moment. J’ai besoin de temps, de silence pour clarifier mes idées et faire face à la violence de mes propres sentiments. Mais je me soigne. Et tout en écrivant, j’apprends à parler.

Long jour

La perspective d’avoir bientôt plus d’heures de liberté me motive à courir davantage. J’ai augmenté les temps, je fais des sorties de huit kilomètres plus régulièrement, en tentant de varier les parcours et les surfaces. Je suis assez fidèlement le programme qui devrait me mener au demi-marathon, à la fin de l’été. Aujourd’hui, j’ai pris le nouveau sentier de gravier qui traverse désormais le centre du parc Maisonneuve. Le ciel changeant et les arbres en fleur capturent et retiennent mon attention. Mon corps court tout seul comme un cheval sûr et fidèle, pendant que mon esprit plane au-dessus du parc.

Mais lorsque les longues sorties sont suivies d’une journée de travail, la fatigue m’attend dans le détour. Depuis plusieurs jours, je suis secoué par des extrasystoles, une fantaisie du cœur causée par une défaillance électrique de la quincaillerie cardiaque. Les oreillettes ou les ventricules sautent un battement, de temps à autre. Le médecin me dit que c’est un problème bénin et commun et il m’interdit le café. Mais j’ai l’impression que chaque sursaut du cœur est une brèche par laquelle s’échappe mon énergie.

Curieusement, quand je suis presque au bout de la fatigue, je n’ai pas envie d’aller dormir. Je me sens plus fragile. Je cherche à me rassurer. Des fringales se réveillent. J’ai soudainement l’idée de tout ranger. Je colle à la lumière de l’écran du MacBook, comme un papillon de nuit. Il me faut un livre, du papier ou de la musique pour capturer mon esprit et l’occuper le temps que mon corps s’apprivoise à la nuit, retrouve sa propre chaleur entre les draps et manifeste en s’étirant son désir de s’abandonner.

Le printemps qui pique

J’arrête pas de sourire. C’est sûrement la météo. Moi, le temps frais, le ciel large, les jours de soleil après les grosses averses du matin, j’adore ! Et puis il y a le compte à rebours qui est commencé. Il me reste sept jours avant de quitter mon emploi chez Zorro & Co. Depuis que j’ai donné ma démission, depuis que la date de mon départ est fixée, on dirait que la tension est retombée. Quand je marche, le stress tombe par plaque un peu partout, derrière moi. Je me sens de plus en plus léger. Les problèmes, les conflits, les frustrations qui m’ont tenu éveillé pendant des nuits n’ont plus de prises sur moi. Je les observe et je souris. Je suis libre.

Mais le meilleur, c’est que, depuis que j’ai annoncé mon départ, je reçois chaque jour des remerciements, des marques de reconnaissance et d’appréciation. On m’envoie des courriels, on me téléphone. Lors de la réunion d’équipe mensuelle, mon patron a même affirmé devant tout le personnel que si je désire revenir à la fin du contrat que l’on m’a offert au Jardin, la porte de Zorro & Co me serait toujours ouverte. (Même si je n’envisage pas cette possibilité, ça fait toujours plaisir.) Je suis un peu contraint de regarder derrière, tout ce que j’ai accompli. J’ai fait du counselling en contexte de dépistage des ITS, j’ai animé un groupe d’hommes sur l’érotisme. (Je n’aurais jamais pensé que j’accepterais un jour de faire ça.) J’ai dépassé mes limites, souvent à contre-courant de ma propre nature, parfois en affrontant ce qui me faisait le plus peur. Et je me suis découvert meilleur. Bref, je suis vraiment fier de ce que j’ai fait là-bas.

Et où je m’en vais, je suis attendu avec impatience par des collègues sympathiques avec qui j’ai travaillé il y a trois ans. Je vais avoir un horaire stable, je dirais presque pépère. Et je vais travailler dans un cadre magnifique. Je n’aurais plus aucune excuse pour ne pas m’entraîner. Le gym est à un coin de rue. Je peux courir directement dans le jardin. Et je vais me rendre au travail à pied. Je vais passer un été tranquille à répondre aux questions des vieilles dames sur les orchidées ou les chèvrefeuilles. Chaque jour, en traversant le jardin, je vais être le témoin de chacun des miracles qui jalonneront la saison.

Et puis ce soir, mon père m’a invité au restaurant avec sa blonde et ma sœur. Nous sommes allés au Saint-Hubert. (Mon père a des goûts douteux.) Il voulait nous voir, le plus vite possible. J’ai pensé qu’il allait nous annoncer qu’il avait un cancer généralisé. On a échangé quelques nouvelles puis mon père a baissé les yeux en disant : « J’ai quelque chose à vous annoncer. » Ma sœur a lancé à la blague : « Quoi ? Vous aller vous marier ? » Et puis ils sont restés figés. J’ai arrêté de rire, gêné. Peut-être qu’ils ne trouvaient pas la blague drôle. Ils souriaient, pourtant, puis se sont regardés : « Bien, c’est en plein ça. On va se marier. » Je suis resté bouche bée. Mon père a quand même plus de 75 ans. Mais ils avaient l’air, tous les deux, vraiment content. Et finalement, j’ai trouvé ça cute, en quelque sorte. C’est la première fois que quelqu’un se marie dans ma famille proche. (Si on peut se marier à 75 ans, j’ai peut-être encore une chance.)

Ils veulent que ça soit simple, mais j’ai décidé de me taper un méchant trip de magasinage. En tant que gai de service de la famille, je me dois d’être tiré à quatre épingles. Ils ne veulent pas de cadeaux, mais j’ai pensé qu’avec ma soeur on pourrait leur acheter une machine à espresso. Juste une petite, là. Et puis je veux arriver avec un immense bouquet de fleurs.

Pourquoi je n’écris pas

J’imite Tchendoh avec ses Top 5 en « point form ». Je n’ai pas pu m’empêcher de m’étendre sur de longs paragraphes, mais quand même, l’idée de base est là. Voici donc le Top 5 des raisons pour lesquelles je n’écris pas :

#5 : Je me torture devant l’écran et rien ne vient.
J’ai fait ça longtemps, en toute bonne foi. Mais j’ai tendance à penser que c’est contre-productif. Le travail d’écriture ne se fait pas les doigts sur le clavier et les yeux vissés sur l’écran. L’écriture se déclenche quand je regarde passer les nuages et qu’un parfum fait remonter un souvenir. Elle se construit la nuit, dans mes rêves. Elle embraye et s’emballe lorsque j’aperçois un couple qui s’embrasse dans le métro, ou un enfant qui pleure dans l’allée des céréales. Quand ça ne sort pas, mieux vaut faire autre chose. J’ai donc choisi de me plier désormais à la règle des Non-blogueurs (un blogue que j’aime bien) : De pression ni d’obligation à bloguer tu ne te mettras.

#4 : Je boude.
Quand j’ai commencé à tenir un blogue, j’en avais assez de tourner en rond entre les marges de mon journal intime. J’avais envie de sortir de ma zone de confort, de dépasser mes limites. Souvent, ça a fonctionné. Et par moment, je débordais d’enthousiasme. J’en suis venu à croire que bloguer allait changer ma vie. Mais le concept du blogue n’est pas magique. Comme je peux relire mes anciens billets, je peux aussi constater qu’il m’arrive encore de tourner en rond. Tout ça parce que je n’ai pas toujours la force de reconnaître mes sentiments et de les mettre en mots, peu importe le médium. Être honnête envers soi-même sera toujours la chose la plus difficile qui soit. Je constate parfois, en relisant les billets des archives, que je radote et que je me complais dans de vieux patterns. Quand je réalise que ça m’a pris deux ou trois ans à comprendre quelque chose, ça m’enrage. Et quand je suis enragé, je boude.

#3 : Je lis.
Il y a eu plusieurs périodes dans ma vie où j’ai mis la lecture de côté. Chaque fois, quand je retombe dans les livres, je n’arrive pas à comprendre comment j’ai pu m’en passer. C’est littéralement voluptueux de s’abandonner aux mots et de se laisser glisser dans l’univers d’un autre. Il n’y a que la fiction qui permet ça (ou peut-être l’autobiographie, qui est de la fiction qui se prend trop au sérieux). Je lis en ce moment mon premier roman en anglais. Swish, My quest to become the gayest person ever and what ended-up happening instead, de Joel Derfner. C’est drôle, tendre et caustique. Ça donne envie d’être gai, de prendre la vie à bras-le-corps et de faire des folies.

#2 : Je baise.
Je n’ai pas d’imagination, vous vous en doutez bien. Alors, il me faut expérimenter. Comme les amants sur lesquels je tombe ne sont pas tous italiens (everybody knows : italians do it better), il faut que j’en passe quelques-uns avant d’avoir quelque chose d’intéressant à raconter. Je ne suis quand même pas pour raconter les mauvais coups.

#1 : Je suis allé jouer dehors.
Le ciel bleu et le grand air sont l’antidote parfait à la cyberdépendance qui manigance pour prendre le contrôle définitif de ma personne et pour avachir mon corps athlétique. Elle est tenue en échec, en ce moment, par un printemps qui décoiffe. Sachez-le ! Si vous arrivez ici et que vous tombez pour la septième fois sur le même billet, profond, tourmenté et larmoyant, c’est que je suis quelque part sur un trottoir, les Vampire Week-end dans mon iPod, et que je souris, sous le soleil.

P.-S. Il arrive aussi que tout ce que je trouve à dire peut tenir dans moins de 140 caractères. À ce moment-là, je tweete sous le nom de KZmontreal.