Slow motion
Devançant son solstice, l’été s’est installé, nonchalamment, au cours des dernières semaines. L’idée de prendre des vacances me hante perpétuellement même si, en ce moment, un départ semble plus que jamais hors de ma portée. Vendredi dernier, j’ai participé à une séance de speed-dating. Un concept de soirée pour célibataires où l’on rencontre une série de « candidats ». Toutes les trois minutes, une cloche sonnait pour nous indiquer de changer de chaise pour faire une nouvelle rencontre. Le « dating » à efficacité maximale. J’étais convaincu que je serais très à l’aise là-dedans. Mais arrivé sur place, j’ai réalisé que c’était assez intimidant. Ça m’a pris plusieurs rencontres avant de prendre le beat et de me détendre un peu. Sans la noirceur des bars et les vapeurs éthyliques, je me sentais désemparé.
On dit souvent que comparativement aux Européens, les Québécois ne savent pas draguer. J’ajouterais qu’ils ne savent pas rejeter. Peut-être que le premier constat est le corollaire de l’autre. Dire « non » avec tact et simplicité et jouer quand même le jeu (parce que la drague est un jeu particulièrement dans un speed dating) ne fait visiblement pas partie des talents de certains. Des courants d’air froid m’ont passé quelquefois dans le dos. Si trois minutes passent habituellement très vite, avec certains, le temps a semblé s’étirer désagréablement. Il y avait tout de même un côté sympathique à voir certains hommes faire de gros efforts pour sortir de leur coquille et s’exposer dans une certaine forme de vulnérabilité.
À la fin, stressé et bousculé par le temps, il m’est resté à peine plus de souvenirs des hommes rencontrés que si j’avais feuilleté leurs photos dans un catalogue. Quand est venu le temps de noter sur un carton rose ceux que je voudrais revoir, j’y suis allé au pif. J’ai l’impression d’avoir écrit un peu n’importe quoi. Les « matchs » nous seront envoyés par courriel. Je crois que le speed dating n’est pas pour moi. Je suis un lent.
Ces temps-ci, les orages de fin de journée ponctuent mes semaines de travail. Le contrat que l’on m’avait promis ne s’est toujours pas concrétisé. Je suis entre deux statuts, ni employé, ni contractuel. On me dit que ça va se régler bientôt, c’est ce qu’on me répète depuis maintenant six semaines. Je n’en laisse rien paraître, mais ça m’enrage. Une colère silencieuse qui m’enlève le goût d’aller dormir le soir et de sortir du lit, le matin. Ma motivation s’étiole. Je me répète pourtant que je suis privilégié : si je me ramène au moment présent, je travaille, pour un bon salaire. Mes soirées sont libres. Je me rends au boulot à pied. Mais il y a toujours le spectre de me retrouver au chômage du jour au lendemain, de voir tous mes projets tomber à l’eau et de m’être fait avoir sur toute la ligne. Cette façon de gagner du temps en prétextant des problèmes administratifs me fait grincer des dents. J’ai laissé tomber Zorro et je suis venu travailler ici pour avoir des horaires réguliers, c’est assurément raté.
J’ai l’habitude d’être efficace, mon côté nerveux, intense. J’ai décidé de ralentir volontairement. Si le travail avance trop vite, et que l’équipe a moins d’ouvrage devant elle, je pourrais me retrouver au chômage jusqu’à ce que l’hypothétique contrat se réalise. Je me suis fixé un quota. Louis dirait que je suis passif agressif, mais c’est le seul recours qui me reste. Ça et la patience.
La semaine dernière, j’ai couru un 10 km dans le parc du Mont-St-Bruno. La course débutait très tôt le matin et je n’étais pas tout à fait réveillé. Le signal du départ a été donné à l’heure pile alors que j’étais persuadé qu’il y aurait du retard. Au moment du départ, j’ai réalisé que la pile de ma montre était à plat, je devrais me fier à mes impressions pour savoir si je cours à la bonne vitesse. On m’avait dit qu’il y avait beaucoup de côtes, alors je ménageais mes énergies. Le paysage était magnifique, le chemin de gravelle serpentait entre trois lacs de montagne et le parcours était moins difficile que je ne l’aurais cru. Ç’a été un moment particulièrement agréable. Et j’avais l’impression d’avoir bien couru jusqu’à ce que je vois mon temps à l’arrivée : 51 min 30 s, alors que je visais moins de 48 minutes. J’étais tout de même content de cette course et de la façon dont j’ai su en profiter.
…
Et pour les plus anciens lecteurs. Après presque 3 ans, j’ai parlé pour la première fois à mon fameux voisin, celui qui étend ses bobettes Le 31 sur la corde à linge… Mieux vaut tard que jamais.




Et qu’a-t-il dit, le voisin?
Peu de choses, c’est un grand timide… ;-)
Enfin… :-)(Je parle du voisin). À apprivoiser ?