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Quand le tremblement de terre a commencé, j’étais assis sur le bol de toilette. Et je me suis dit que mourir comme ça, ça ne serait vraiment pas chic. Puis les secousses se sont arrêtées. Et j’ai été pris de mal de mer. Je me suis demandé si j’avais rêvé ou si je devenais fou. J’avais le vertige en imaginant cet immense bâtiment administratif de brique, de béton et de céramique, secoué comme un château de cartes. 5.0 sur l’échelle de Richter. Juste assez pour réaliser que nous aurions tous pu disparaître, comme c’est arrivé à des milliers d’êtres humains en Haïti et ailleurs.

Ces derniers temps, j’ai appris, un peu de force, à me contenter de la réalité. Le Jardin a enfin régularisé ma situation. Le contrat est signé. (Je ne l’ai pas encore vu et je ne le croirai que lorsque je l’aurai devant moi, mais bon, on m’a dit que c’était réglé.) C’est un soulagement, mais je suis échaudé et je reste méfiant. Je garde comme un fond de colère, probablement à la mesure des illusions dont je m’étais bercé. Je me suis fait croire que j’étais arrivé quelque part, que j’allais enfin avoir un temps de répit, un peu de reconnaissance, toutes choses qui me paraissaient amplement méritées. Ce sera pour une prochaine fois.

Il n’y a rien de parfait. Et si je m’obstine dans ma soif d’absolu à chercher la perfection, je risque fort de passer à côté de la vie. Je cours toujours en préparation pour le demi-marathon, en septembre. Et de nouvelles douleurs apparaissent, de temps à autre, à de nouveaux endroits, dans le creux intérieur du mollet, en bas devant le tibia et dans le bas du dos. Il ne viendra jamais le jour où je vais courir avec légèreté, sans aucune douleur, ni fatigue. Il y aura toujours quelque chose qui cloche, parce que ces quelques choses qui clochent font partie de la course. Les difficultés font partie de nos vies et nous transforment un peu, chaque jour. C’est en les affrontant ou en les apprivoisant que l’on devient un peu plus humain et que l’on apprend qui l’on est vraiment. Il y aura peut-être d’autres secousses la nuit prochaine et peut-être que ce sera la fin. Alors, je veux bien m’endormir dans ce monde imparfait, malgré ce temps chaud, trop humide, malgré l’incertitude et ces fêtards de la Saint-Jean qui gueulent, un peu plus bas, dans la rue.

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5 Commentaires Post a comment
  1. C’est vrai : j’oubliais qu’il fallait s’attendre à de nouvelles secousses…
    Au cours de l’après-midi, je regardais le match Angleterre contre Slovénie lorsque tout a commencé à trembler ; j’ai trouvé longues ces secondes (30 secondes ?) D’une part, ces secousses me donnaient la nausée et d’autre part elles me distrayaient un peu du match mais je n’ai pas décroché ; j’ai continué de regarder la télé… Je ne sais pas si c’était de l’inconscience ou de la résignation, mais j’attendais que cela se termine.

    Il y a des jours où je renoncerais à « grandir » pour ne pas avoir à en payer le prix.

    Je te souhaite d’autres secousses, d’autres sensations vives, plus en conformité avec tes aspirations.

    24 juin 2010
  2. Jérôme #

    c’est bien pour le contrat. Tu connais « La bête dans le tapis » (je n’ai plus en tête le titre exact) d’Henry James?
    Je crois qu’en acceptant les imperfections, on saisit mieux les « moments » de perfection… dans une lumière, dans un jardin, dans un baiser ou sur un sourire… et on le savoure d’autant plus.
    surtout que la perfection, c’est sûrement très chiant…

    24 juin 2010
  3. Kevin Zaak #

    @ Alcib : Il y a plein de jour où je renonce à grandir, probablement trop.

    @ jérôme : Je ne connais pas Henry James, je me renseignerai. Moi je suis chiant, sans être parfait…

    25 juin 2010
  4. Kevin Zaak #

    The Figure in the Carpet, d’Henry James, sur le projet Gutenberg : http://www.gutenberg.org/etext/645

    Lecture gratuite en ligne ou téléchargeable.

    25 juin 2010
  5. Le Barbu #

    Bravo pour le contrat!

    Je préfère trouver la beauté dans l’imperfection que d’être déçu par la perfection qui n’est jamais au rendez-vous. J’ai déjà entendu que « la perfection est une direction vers laquelle tendre bien plus qu’une destination à atteindre ». Je te lève mon chapeau de te tendre si fort.

    28 juin 2010

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