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Gémeaux

Il y a deux hommes en moi. Le premier est un fugueur. Il a de qui tenir, un père absent, jusqu’à ce qu’il sente la mort approcher et une mère qui s’est défilée, dès qu’il a posé les pieds dans l’adolescence. Des oncles, des tantes qui ont fui dans l’alcool ou dans la folie. Toujours, la même idée le taraude et le tient par la gorge : partir. C’est un fantasme récurrent, tout quitter, s’enfuir, en finir avec sa vie actuelle. Vider son compte en banque. Quitter ses tentatives de relations qui ne sont toujours, en fin de compte, que du vent. Quitter cette vie inutile. Quitter le spectacle du bonheur des autres. Quitter la honte et ce sentiment d’échec, presque permanent. Aller voir à l’autre bout du monde, comme l’a fait sa mère, s’il n’y serait pas. Disparaître. Il s’assomme de musique. Il boit. Il traverse sur les feux rouges en espérant être happé par un conducteur ivre.

Puis il y a le second, le berger. C’est celui qui ramène le premier. Celui qui le pousse à écrire, à se pencher pour déborder sporadiquement sur le clavier. Celui qui l’amène faire de longues marches dans la nuit fraîche sous l’oeil amoureux de la lune parce qu’il sait que c’est tout ce qui le calmera. Il est celui qui l’entraîne à l’épicerie, s’acheter de quoi souper, pour ce soir au moins, celui qui a choisi ces pâtes fraîches et ces morceaux de melon. C’est toujours lui qui lui fait ouvrir un livre parce que c’est le refuge le plus sûr. Il est celui qui planifie, qui prend des décisions, qui organise, même s’il se sent dépassé. Je ne sais pas d’où il vient. Il n’a pourtant pas de racines. Son amour instinctif est brouillon et borné.

C’est parfois une valse, parfois un combat inégal et pitoyable. Un éternel chassé-croisé qui les mène vers la vieillesse.

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2 Commentaires Post a comment
  1. Je pense qu’on a tous en soi, à différents degrés, ces personnalités qui s’opposent. Celle qui veut nous détruire, nous faire souffrir plus. Et l’autre, celle qui aime la vie, qui veut se battre pour elle. En l’acceptant, je crois qu’on avance mieux.

    27 juin 2010
  2. Kevin Zaak #

    En les regardant aller et en prenant du recul, on devient un peu plus soi-même et la vie devient plus fluide.

    30 juin 2010

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