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Archive de juillet, 2010

Seuil

J’ai dormi seul. Un sommeil secoué de cauchemars. Tu me dis que tu te sens amoureux. Tu me dis que j’ai tout pour être aimé. Moi j’ai peur que tu comprennes un jour ou l’autre, que je suis inintéressant. J’ai peur que tu t’entoures d’une kyrielle d’amis et de connaissance pour faire continuellement la fête et oublier l’ennui profond que je t’inspire.

Et j’ai peur de me tromper. Et si tu n’étais pas celui qu’il me faut. Celui qui sera l’homme de ma vie demeure peut-être à deux rues de chez moi. Peut-être est-ce celui que je croiserai demain matin sur le boulevard. Cette peur là, j’arrive à la balayer du revers de la main tellement elle ne tient pas la route.

J’ai peur d’être déçu, quand je réaliserai tes travers, tes petitesses, quand tu vieilliras, quand tu seras faible, quand tu me mentiras. J’ai peur surtout de te décevoir. J’ai peur que tu réalises que je suis un mauvais coup au lit. Que sexuellement, je ne suis pas à la hauteur. Un pétard mouillé. Un feu de paille. J’ai peur que tu te lasses rapidement de moi.

J’ai peur que l’idée du couple soit une terrible erreur. Une hystérie collective, une lubie, qui ne peut que nous rendre malheureux jusqu’à ce que l’on soit trop vieux pour aimer. J’ai peur de tes problèmes et de tes démons. J’arrive tout juste à maîtriser les miens. Et encore !

On doit se voir ce soir à 18 h. J’aurais peur de prononcer ces mots, mais il faut que je l’avoue : tu me manques. J’ai envie de mettre mon nez dans ton cou, d’être serré contre toi. Ça ne sera peut-être pas olé olé comme tu l’aurais souhaité. Peut-être as-tu déjà décidé de tout annuler. Peut-être as-tu déjà compris. Moi, je ne peux m’en empêcher : j’ai hâte de te voir.

La tristesse des autres

Les fronts froids, les fronts chauds se succèdent. Et la ville reste là, épuisée de canicule. Il y a la tristesse du monde, ce monde qui pressent qu’il s’en va à sa perte, embrasé, poussé par plus de six milliards d’êtres humains, troupeau aveugle et hystérique. Un monde que la chaleur empêche désormais de dormir et qui ne peut plus revenir en arrière.

Il y a la tristesse du Grand, comme une tristesse d’enfants perdus. Après une séparation d’avec celle qu’il considérait comme une amie, il valse avec sa rancœur, comme un lion en cage, dans le nouveau condo qu’il vient d’acquérir. Et lui revient en mémoire la mort de ses parents alors qu’il était trop jeune. Et il se dit que sa vie n’est pas grand-chose. Une tristesse mouillée comme un matin de pluie, qui donne envie de devenir grand frère.

Il y a la tristesse de Louis, abrité sous un masque de sourire et d’arrogance. Je la devine par les remarques acerbes qu’il me lance quand il commente ce que je lui raconte. À sa façon de déprécier toutes mes idées, à ses conseils sarcastiques. À la colère qu’il brandit constamment comme un avertissement. Une tristesse lourde comme un soir d’orage, qui me pèse sur les épaules même lorsque je m’enfuis sur la piste du parc.

Il y a la tristesse du voisin qui ne m’a plus reparlé. Une tristesse que j’imagine peut-être puisqu’il ne parle pas. Une tristesse hantée par un parfum d’échec, une tristesse encagée dans le silence. Comme un hiver intérieur que même les grandes chaleurs de juillet n’arrivent pas à entamer. Comme un hiver nucléaire. La solitude.

Je cours toujours, malgré la canicule, les orages ou les alertes au smog. Je ne sais pas où je vais, mais j’ai désormais des mollets en acier et je sais que je peux aller loin. Mes histoires sont en dormance jusqu’au retour de l’air frais. Je me prépare pour un mois d’immersion anglaise cet automne. Peut-être commettrai-je quelques billets en anglais pour l’occasion. I hope so. Pour le moment, les pores dilatés par la chaleur accablante, je respire la tristesse des amis en guettant l’arrivée du front froid.

Célibataire

Je crois que c’est la toute première fois. La toute première fois que je le ressens ce sentiment que ma vie est bien comme elle est, en ce moment, en étant célibataire. Si je mets bout à bout toutes mes périodes de célibat, j’obtiens presque une dizaine d’années. Avec le recul, ça peut sembler ridicule, mais pendant toutes ce temps, j’ai eu l’impression que ma vie était un échec. Qu’elle ne pouvait être réussie qu’en vivant avec quelqu’un. Que le célibat était la preuve tangible que je ne valais rien. Il me fallait quelqu’un à mes côtés pour me justifier d’exister.

Qu’est-ce qui a changé ? Je ne sais pas trop. Je me sens plus solide, je me connais mieux. J’ai vécu toutes sortes d’expériences où j’ai découvert des passions et je me suis mis à croire en un avenir. Je sais que je n’ai besoin de personne pour me faire une vie qui a de l’allure

C’est la Loi de Murphy, ou celle de l’attraction universelle. J’ai beau être pas rasé, avoir les cheveux trop longs, quelques livres en trop, m’habiller tout croche, on dirait qu’en ce moment, j’agis comme un aimant pour certains hommes. Ils me placent immédiatement sur un piédestal.

Il y en a un comme ça qui me raconte que mon visage est pure lumière (rien de moins !). Et il dit qu’il veut construire quelque chose avec moi. Après deux rencontres, je trouve ça un peu vite en affaire. « Construire » ? J’imagine le chantier, la poussière, les grues. J’ai eu tant de mal à construire ma propre vie. Trois fois, elle s’est effondrée. Trois fois, j’ai tout repris à zéro, avec chaque fois plus d’habiletés, de précisions, d’expérience. J’ai mis les rêves de vie de couple et d’amour passionnel de côté pour enfin réussir à me bâtir une vie solide. Et j’y suis presque. Le mot « presque » est important. Je suis conscient de la fragilité de tout ça. Et c’est pour ça que le chantier, la poussière et les grues ne me disent rien qui vaille. Je suis bien tout seul.