Seuil
J’ai dormi seul. Un sommeil secoué de cauchemars. Tu me dis que tu te sens amoureux. Tu me dis que j’ai tout pour être aimé. Moi j’ai peur que tu comprennes un jour ou l’autre, que je suis inintéressant. J’ai peur que tu t’entoures d’une kyrielle d’amis et de connaissance pour faire continuellement la fête et oublier l’ennui profond que je t’inspire.
Et j’ai peur de me tromper. Et si tu n’étais pas celui qu’il me faut. Celui qui sera l’homme de ma vie demeure peut-être à deux rues de chez moi. Peut-être est-ce celui que je croiserai demain matin sur le boulevard. Cette peur là, j’arrive à la balayer du revers de la main tellement elle ne tient pas la route.
J’ai peur d’être déçu, quand je réaliserai tes travers, tes petitesses, quand tu vieilliras, quand tu seras faible, quand tu me mentiras. J’ai peur surtout de te décevoir. J’ai peur que tu réalises que je suis un mauvais coup au lit. Que sexuellement, je ne suis pas à la hauteur. Un pétard mouillé. Un feu de paille. J’ai peur que tu te lasses rapidement de moi.
J’ai peur que l’idée du couple soit une terrible erreur. Une hystérie collective, une lubie, qui ne peut que nous rendre malheureux jusqu’à ce que l’on soit trop vieux pour aimer. J’ai peur de tes problèmes et de tes démons. J’arrive tout juste à maîtriser les miens. Et encore !
On doit se voir ce soir à 18 h. J’aurais peur de prononcer ces mots, mais il faut que je l’avoue : tu me manques. J’ai envie de mettre mon nez dans ton cou, d’être serré contre toi. Ça ne sera peut-être pas olé olé comme tu l’aurais souhaité. Peut-être as-tu déjà décidé de tout annuler. Peut-être as-tu déjà compris. Moi, je ne peux m’en empêcher : j’ai hâte de te voir.







Peut-être la lubie n’est-elle que ce critère de la prouesse sexuelle ? En ce qui me concerne, le bonheur de mon vieux couple n’en dépend pas. Nous avons été jeunes et fougueux ; aujourd’hui nous sommes vrais et heureux. comme je le dis souvent, dans une histoire d’amour c’est le mot « histoire » le plus important.
Très beau texte! merci!
Jolie mise en mot de tes angoisses effectivement… peur du bonheur? ;-)
Ne lui demande rien (enfin, pas encore) ; ne te demande rien (id.) ; aspire, respire, profite… et raconte!
@ Jérôme : Le bonheur, c’est terrifiant. Ici, c’est un vide-cœur pour marcher plus léger.
@ mon’oncle : Merci.
@ Kab-Aod : « jeunes et fougueux », vous avez été. Les histoires me font peur comme le bonheur. Je suis irrécupérable.
Pis?
Comment la réalité a-t-elle confronté les appréhensions?
La suite SVP.
J’ai besoin de recul pour ça. La réalité dépasse toujours la fiction et déjoue nos prédictions…
@KZ: si cette réponse n’est pas du teasing! Tu aimes jouer avec tes lecteurs, aussi. ;-)
C’est totalement involontaire. C’est le désavantage d’écrire sa vie. :- )