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Archive de août, 2010

Mon petit avion

La vie s’écrit au fil des petites victoires. Je dresse des listes, excité comme un enfant. Les avions, les aéroports, tous ces voyageurs en transit, ça m’impressionne, encore et toujours. Une fois de plus, je vais fouler le tarmac, cette trampoline à lancer les hommes vers les étoiles.

Depuis toujours, j’aime les voyages. Je viens d’un coin perdu aux confins de la sombre forêt boréale. Se rendre à Montréal représentait 8 heures de route. Déjà enfant, je me délectais des changements de paysage, de la forêt qui se métamorphosait à mesure que l’on descendait vers le sud. J’ai développé très tôt une affinité avec ces heures suspendues entre deux destinations.

Dans quelques heures, mon petit avion tout blanc se posera en Acadie. Je passerai quelques jours dans ce pays bleu où le ciel épouse la mer. Une région où le français a des couleurs de liberté et de résistance inébranlable. J’ai souvent rêvé de ce pays mythique. Ce voyage arrive dans ma vie comme un cheveu sur la soupe, pour le mieux. Je penserai à vous, les pieds dans le sable des dunes, ou bercé par les vagues en compagnie des rorquals, des homards et des tortues de mer.

mon petit avion

La file d’attente

Le ciel blanc d’un jour de fin d’été. L’air est lourd, mais la pluie hésite à tomber vraiment. Quelques gouttes, de temps à autre. J’attends en ligne sur le trottoir. L’autobus vient se ranger sur l’accotement. Je dois être le dixième dans la file d’attente pour monter. Jusqu’à ce qu’une fille assez jeune, aux cheveux noirs brillants, se faufile entre moi et la personne devant moi comme si de rien n’était, comme s’il n’y avait personne derrière elle…

Encore un jour d’été peut-être un peu plus gris. Cette fois,la file d’attente mène à un escalier qui monte vers la porte d’un petit avion, tout blanc. La foule avance à tout petit pas. J’ai hâte d’être enfin à l’intérieur. Encore la même fille. Ses longs cheveux noirs tombent sur un tailleur en laine grise. Elle tient une autre fille par la main, et l’entraîne vers l’avion, en riant. La fille aux cheveux noirs se retrouve devant moi dans la file, mais sa copine, moins effrontée, se retrouve coincée, quelques personnes derrière. Mais comme elles ne se sont pas lâchées, j’ai leurs bras en travers de la tête. À cet endroit, la file d’attente fait un coude et les deux filles qui ne veulent pas se lâcher empêchent tout le monde d’avancer. Je regarde vers l’avion en me disant qu’il va bientôt partir. Une idée me passe par la tête : les frapper, séparer les bras de force, les faire tomber, les envoyer au sol, les rouer de coups, les anéantir…

Je me réveille, empêtré dans mes draps, l’estomac à l’envers. C’était une drôle d’idée de faire une sieste un samedi après-midi et je me demande ce que ce rêve peut signifier. L’impression qu’il me laisse est très forte, mais je ne peux la traduire en mots

Je tire sur la couette. J’étire mes jambes endolories. Puis les mots se déposent d’abord tout doucement, puis avec de plus en plus de poids. Une averse de mots. Je veux prendre l’avion. Je veux que ma vie démarre. Je voudrais aller quelque part, quelque part dans la vie. J’ai peur de rester encore une fois sur le trottoir, d’être laissé pour compte. Je me demande où va ma vie. Mais l’horizon est opaque, le ciel reste blanc.

En début de journée, j’ai fait une course de 5 km qui avait lieu sur le Mont-Royal. J’étais inquiet. J’ai poussé l’entraînement, peut-être un peu trop dans les dernières semaines. Et une douleur est apparue devant le tibia, au-dessus de la cheville droite. J’ai eu du mal à marcher pendant quelques jours. J’ai envisagé que ça pouvait être la fin de la course, pour un temps. Tout cet entraînement n’aurait servi à rien. Puis la douleur s’est estompée.

Lorsque j’ai donné mon nom à la table des inscriptions, j’ai remarqué mes jambes qui se sont mises à trembler. La course s’est bien passée, j’ai fait un bon temps. Assis sur le gazon pendant que les médailles sont remises, je me dis que ce serait bien d’avoir, au moins un jour, au moins une troisième place. On ne sait jamais, s’il y avait beaucoup de catégories. J’ai tellement besoin que l’on reconnaisse mes efforts, même un prix de présence ferait l’affaire. Tous les prix de présence, des certificats-cadeaux et des séances de bain flottant sont tirés et je ne gagne rien.

Et cette fille aux cheveux noirs, qui est-elle ? Dans un rêve, chaque protagoniste représente une partie de soi. Je sens l’urgence de partir pour quelque part. On me perçoit souvent comme arrogant prétentieux, quand j’essaie maladroitement de prendre ce que je considère comme ma place. Une de mes collègues a les cheveux très noirs, à peine entamés par quelques fines lignes de blanc. Elle a un mari brillant, deux beaux enfants, un travail stable. Mes quatre collègues de travail sont toutes dans la même situation. En couple, avec des projets d’avenir et un emploi plus solide que le mien. Et je reste l’éternel solitaire, à 41 ans, le pigiste errant.

Il y a peut-être aussi un lien à faire avec ma soeur. En tant qu’aîné de la famille, je devais être celui qui allait réussir. En fin de compte, je ne suis arrivé nulle part. Ma soeur n’a pas eu une vie facile. Mais elle a un bon travail, une vie qui lui plaît, un couple solide. Moi j’attends encore que mon tour arrive. Je voudrais tant pouvoir monter à bord, avoir un siège à moi, entendre les moteurs qui démarrent et décoller.

Je n’ai pas peur de la route
Faudrait voir, faut qu’on y goûte
Des méandres au creux des reins
Et tout ira bien là
Le vent nous portera

Noir désir, Le vent nous portera

J’ai lu
J’ai terminé Infrarouge de Nancy Huston sur les dents, comme chacun de ses romans. Une histoire très douloureuse, trouble, sombre et sans issue. Définitivement pas un roman de vacances.

J’ai couru
J’ai couru le 5 km sur la montagne en 24 minutes 3 secondes. Et le lendemain, au parc Maisonneuve, j’ai couru un 10 km en 48 minutes 13 secondes (mon meilleur temps depuis que je cours). Objectif atteint. Je me sens prêt pour le demi-marathon, le 5 septembre.

News

L’été file. J’ai trouvé la clef des champs et je ne suis pas passé ici trop souvent. Je cours, je cours et au bout de la semaine, je suis crevé. J’ai un aspirant amoureux qui n’est pas facile. Au moins, je suis certain d’avoir un pied dans la réalité. J’ai peut-être besoin de vivre ça pour comprendre que mon bonheur ne viendra jamais d’un autre. Et je trouve des moments pour apercevoir le vol des monarques et celui des hirondelles.

Il y a peut-être du vrai dans la loi de l’attraction. En avril, j’écrivais ici ce que je ferais si la fin du monde était annoncée pour la semaine suivante. Ces idées lancées en l’air me retombent doucement sur le nez. Je ne travaille plus pour Zorro & Co. Le Week-End prochain, je m’envole pour le Nouveau-Brunswick (dans un avion à hélice, il paraît ! J’espère qu’il ne faudra pas pédaler.) Je vais donc voir la mer, sur les plages de l’Acadie, quelque part entre Bouctouche et Cocagne. Ça devait être une maison isolée en bord de mer. Google street view m’a montré une maison posée au milieu d’une centaine de roulottes. Mais il y aura la mer, et le large, et le vent. Le projet de passer un mois à New York prend corps. Je devrais étudier dans le Mid-town, Manhattan en novembre.

Je vous laisse sur un petit bijou trouvé sur Facebook : How to be alone. Oui, les réseaux sociaux servent parfois à quelque chose…

En ce moment, je regarde
En rafale, la deuxième saison de Being Erica. (La troisième débute à la fin septembre sur CBC.) Je me suis reconnu dans cette série et je voue une admiration sans bornes à son auteur, Jana Sinyor.

Je lis
Le dernier roman de Nancy Huston, Infrarouge. Habituellement, les premiers chapitres des romans de Nancy Huston me laissent de glace. C’est bien écrit, mais en tant que lecteur, ça me prend à rebrousse-poil. Puis, en approchant de la fin, je suis happé et je termine le roman en haletant au bout de la nuit. Pour le moment, j’attends encore d’être happé.

J’écoute
Lail Arad : sa voix aérienne, son humour frondeur et fragile sont la trame sonore de mon été. La plupart du temps, je l’ai dans les oreilles quand je cours sur la piste de l’arboretum ou du parc Maisonneuve. Ça m’aide à dédramatiser les petites douleurs et à garder le rythme.

Je mange
Un pot de crème glacée Häaggen-Dazs, chocolat/morceaux de chocolat. Parce que la vie c’est court comme un été. Et je bois plein de limonade maison (lime, cassonade, eau glacée), parce que quand on est fatigué, il faut boire beaucoup et ne pas manquer de vitamines.

Ça fait pas mal, girlie, tout ça, non ? Je suis gai et j’assume. C’est la saison de la Fierté !