Les heures bleues
Les nuits resserrent leur emprise sur le jour. Les matins et les soirs se barbouillent de bleu. J’ai plus de mal à sortir du lit aux aurores parce que rester lover sous les couvertures est devenu un plaisir trop grand. Je me barricade dans cette bulle tiède, entre les draps. J’ai toujours aimé les temps suspendus, ces instants où je flotte entre deux eaux.
Parfois, il faut arrêter de réfléchir. C’est ce que je me répétais l’autre jour en retournant m’entraîner au stade. Ne pas réfléchir et se laisser surprendre par les petits plaisirs qui jalonnent la route. L’habitude de fréquenter le gym s’est doucement incrustée dans ma semaine. Je ferai la même chose pour le voyage à New York, sauter à l’eau. Oublier les psychopathes et les escrocs et se dire que la majorité des gens peuvent être gentils.
Le charmant Jardin où j’ai travaillé tout l’été met à pied toute l’équipe avant la fin de la saison parce qu’il n’y a plus de budget. Officiellement, les employés sont mis à pied par « manque de travail », ils ne peuvent pas justifier qu’un contractuel poursuive le travail. Je suis donc jeté avec l’eau du bain. Mon contrat qui devait s’étirer jusqu’en novembre se terminera abruptement plusieurs semaines plus tôt que prévu. Je prends ça avec beaucoup de zénitude. Il y a de la frustration, mais elle sourd lentement, sans à-coups. Je me détache comme une feuille à l’automne. Le processus d’abscision est irréversible.
Ça se confirme. À la fin d’octobre, mon train traversera les couleurs et les ombres de la Nouvelle-Angleterre. Je débarquerai à New York, la ville de la démesure, la veille de l’Halloween. Je vais être complètement surexcité. Et j’espère revenir avec plein d’idées dans la tête. Il le faut, en fait, parce que je reviendrai à Montréal sans le sou (ça me coûte une fortune) et avec rien devant moi.
Quand le soleil embrase le milieu de l’été, que le ciel est bleu, mur à mur, j’ai toujours un fond de tristesse qui infuse. Des peines anciennes qui remontent, quand elles devinent la vie trop douce. Je deviendrai très vieux avant d’avoir épuisé ces réserves de souffritude. Alors je préfère les nuances de l’automne, les plaisirs mélancoliques, la fragilité des heures bleues. J’y suis plus à l’aise. Je peux y sourire tranquille.

blue hour par Will Montague, sur Flickr
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La lumière d’automne, plus douce, plus subtile… elle permet d’apercevoir un éclair d’or sur des arbres qui se déshabillent dans le vent.