La vérité
J’ai posé ce titre dans le haut de ma page et j’ai cessé d’écrire, pendant des jours. La vérité me fait terriblement peur. J’ai souvent le réflexe de me mettre la tête dans le sable comme les autruches, selon ce qu’on raconte. (Il s’agit d’une légende, en fait, les autruches ne font jamais ça.)

Ostrich par s_evenseth, sur Flickr
Je préfère souvent fermer les yeux sur certains aspects de ma vie qui me font particulièrement peur et rester dans le flou. C’est une habitude stupide. J’ai toujours géré mes finances à l’aveugle, en refusant de faire un budget. Je travaille comme un damné. Je limite mes dépenses. Mais je préfère ne pas trop savoir où j’en suis parce que je suis terrifié à l’idée de ne pas arriver. Croiser les doigts, toucher du bois et espérer que dépenses et revenus s’équilibrent. J’ai souvent négligé des dettes et je remets toujours en retard mes rapports d’impôt. De temps à autre, tout cela me rattrape. Je reçois une lettre enregistrée du gouvernement ou la visite d’un huissier et c’est la catastrophe. Je suis obligé de trouver une solution dans l’urgence avec le stress que cela comporte.
Se planter la tête dans le sable et refuser de voir les choses demande énormément d’énergie. Mais parfois, c’est le seul moyen de survivre.
Même si je voulais connaître la vérité au sujet de ma santé, je ne pourrais pas. Je dois me contenter de quelques chiffres obscurs lancés par le médecin en bredouillant des explications qui se veulent rassurantes. L’immunité qui dégringole sans raisons apparentes alors que tout reste stable. Combien de temps me reste-t-il avant que la maladie me tombe dessus. Si je m’arrêtais à vouloir regarder tout ça en face, je ne pourrais pas me lever le matin, aller travailler, faire des projets et sourire.
Mais au fond, vivre dans la noirceur, c’est un peu le lot de tous les êtres humains. Qui sait si, dans les prochaines minutes, un tremblement de terre ne va pas faire s’écrouler le bâtiment qui vous abrite ? Dès que l’on met le pied dans la rue, on ne sait jamais quel conducteur distrait ou quel ivrogne nous fauchera au prochain tournant. Il faut vivre, malgré le flou de l’avenir.
Une vérité qui m’apparaît évidente maintenant c’est que cette histoire avec l’aspirant amoureux était destructrice. Je n’ai pas tout démêlé, mais je vois bien qu’il avait lui-même la tête dans le sable. Volonté d’introspection presque nulle. Malhonnête envers lui-même, il ne pouvait être honnête avec moi. De mon côté, j’étais tellement content de rencontrer enfin quelqu’un qui avait de l’allure, brillant, cultivé, responsable, solide (à ce qu’il me semblait), que je me suis planté la tête dans le sable de toutes mes forces pour laisser sa chance à cette histoire. J’en ressors démoli, avec un sentiment de dégoût de moi-même. Je me sens laid, idiot, inadéquat, incompétent. Et en plus, je m’en veux d’avoir été aussi stupide et de ne pas avoir écouté la petite voix en moi qui me disait depuis le début que quelque chose n’allait pas.
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À la lecture de ton deuxième paragraphe, j’ai cru que nous étions de la même famille. Ce n’est pas rassurant, je sais ;o)
Faut-il vraiment tout planifier, tout organiser au détail près ?
Je connais des gens qui font et qui respectent un budget, qui ont des économies, etc. Mais je ne suis pas sûr que je voudrais vivre avec eux.
N’est-il pas plus important de de faire confiance, de s’aimer assez pour faire ce que l’on a envie de faire (vraiment, pour soi, et non pour plaire à un tel ou à un autre ou pour répondre à une image que l’on voudrait donner) ? Si l’instant est bien rempli, si la journée est satisfaisante, celle de demain le sera aussi si nous suivons vraiment notre intuition, je crois. Mais pour cela, il faut s’accepter et se respecter tel que l’on est, s’aimer assez pour vouloir être bien et faire rayonner ce bien-être autour de soi.
Si, au lieu d’essayer de changer ce sur quoi je n’ai aucun pouvoir, je m’applique à faire vraiment ce que je peux et ce que je veux, je risque de voir les choses avancer vraiment.
(Réflexions pour moi-même).
Çà me fait furieusement penser à ma façon de gérer mes finances.
Je fais l’autruche mais je vais devoir me plonger dedans parce qu’il faut bien ouvrir les yeux à un moment donné.
Quant aux qualificatifs dont tu t’affubles, je ne peux être d’accord avec aucun. Ni laid, ni inadéquat, ni incompétent. J’appuie mon avis sur des années de lecture de ton blogue. Ceci dit, sortant moi-même d’une rupture qui m’a bien « maganée », je comprends comment on peut se sentir.
Mais c’est passager.
Et du talent, tu en as à revendre, tu peux me croire.
Et puis la petite voix se trompe aussi parfois, la mienne n’est pas très fiable par moments, comme si elle-même avait des moments de doute…