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Les heures précieuses

heures précieuses

Ces jours-ci, je rêve. Je sais, tout le monde rêve à chaque phase de sommeil paradoxal, mais, depuis des mois, je me réveillais sans en garder aucun souvenir. Pourtant je voudrais bien lever le voile sur les tempêtes intérieures qui me secouent. Mon voisin a commencé une nouvelle formation en cuisine et il se lève à 5 heures tous les matins. Comme les murs sont en carton, ses pas dans le couloir me réveillent. Dans l’obscurité de la chambre, les rêves flottent encore. Dans ce temps suspendu entre la nuit et le jour, j’essaie d’en capturer des lambeaux. Et même si je ne comprends pas tous, j’en devine la sagesse et je sens que ces images me transforment, de l’intérieur.

J’ai fait des rêves où j’emménage dans un nouvel espace avec l’impression que c’est pour de bon. Je m’implique, je décide, je choisis les meubles afin que le lieu me ressemble. Et j’ai le sentiment très clair que cette fois, je suis arrivé, que je suis chez moi. Juste avant de m’éveiller, j’ai rêvé d’une journée ensoleillée. J’apprenais que mon ex était mort. Je devais revoir ses parents, sa famille, son conjoint actuel. Ça me mettait très mal à l’aise. Mon voisin est sorti et a refermé sa porte. Je l’ai entendu dévaler l’escalier. Je me suis rendormi.

Dans l’avant-midi, je me suis mis à écrire une lettre à l’ex. Les mots sont mon armure et ma prison. Les années que j’ai passées avec lui représentent quand même le quart de ma vie ! Il n’est pas simple de résumer plusieurs années de silence en quinze lignes. Le travail, les amours, les amis. Comment évoquer que je comprends le malaise qui peut subsister quand une histoire se termine en catastrophe ? Comment demander des nouvelles sans quémander ? Cette longue journée de vendredi s’est achevée, enfin. J’ai trouvé la force ou l’hébétude de débouler jusqu’au gym.

365/274  Finally a real fall day
Finally a real fall day par justmakeit, sur Flickr

En rentrant le soir, j’avais manqué un appel du Grand qui soupait avec GP et qui aurait voulu que je les rejoigne. J’ai mangé un plat froid dans le frigo. J’ai mis de la musique. J’ai regardé sur Facebook si mon voisin était chez lui. On n’aurait pu prendre une bière. Il est gentil, mon voisin. Il n’y était pas. L’avantage principal du gym est ce bien-être intense qui nous envahit dans les heures qui suivent. Je me suis étendu le lit et j’ai regardé le vide au-dessus de moi où flottaient les rêves. J’ai décidé de ne pas terminer la lettre. Je suis contre l’acharnement thérapeutique. L’ex n’est pas un ami, c’est tout. J’ai choisi d’être seul, et c’était la bonne décision, puisque c’était la mienne. Même si parfois c’est incroyablement difficile, même si ça me fait peur, même si parfois c’est douloureux, c’est ce qui est ma vie. Les moments de solitude recèlent parfois des filons d’or pur. Et si un jour il veut donner des nouvelles, il me trouvera bien. Je dois laisser aller le passé. Je commence juste à comprendre ce que je veux de la vie. Suffit de garder le cap. Et je dois arrêter de me servir de mon voisin comme d’une bouée, ce n’est pas vraiment chic pour lui.

Les Heures précieuses est un film québécois réalisé en 1989 par Marie Laberge et Mireille Goulet

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6 Commentaires Post a comment
  1. Atichoo #

    Je n’en suis pas encore à phase de ne plus avoir de contact avec l’ex. Il y a des contacts auxquels on ne peut se soustraire après 10 ans dont 6 de vie commune. Il est des choses liées sur papier qu’il faut délier.

    Par contre, je me suis aussi servie de mon voisin comme d’une bouée (étrange n’est-ce pas?) et j’ai décidé il y a quelques jours que je devais apprendre à nager. Alors je laisse le voisin tranquille, même si c’est difficile.

    Je te souhaite de faire de beaux rêves et mieux encore, de les réaliser !

    2 octobre 2010
  2. Kevin Zaak #

    @ Atichoo : Tes commentaires ici et ici m’ont fait revisiter mon histoire. Une occasion de mesurer le chemin parcouru. Il est encore plus clair pour moi que c’était un choix nécessaire qui demandait un courage énorme. Je suis content d’avoir agi comme je l’ai fait et d’avoir mis un terme à cette relation. Et puis la douleur a diminué doucement, avec les semaines et les mois.

    Si tu comprends l’anglais, cet épisode de Being Erica, une série canadienne, traite exactement de ce sujet. L’héroïne tente de passer à autre chose en retrouvant une ancienne aventure ou en se tapant le gars du gym : http://www.cbc.ca/beingerica/episodes.html?ID=1602412126 Ça m’a sûrement influencé pour l’écriture de ce billet.

    2 octobre 2010
    • Atichoo #

      J’avais un peu peur justement que mes commentaires sur tes vieux billets ne rouvrent des plaies et j’allais te demander si çà te dérangeait, auquel cas j’aurais cessé de commenter au fil de ma lecture.
      Mais tu sembles serein. Si ce n’est pas le cas, surtout, dis-le moi.

      Oui, je comprends l’anglais, je m’en vais donc regarder çà.

      En lisant tes anciens billets, j’avais l’impression que le choix de quitter cette personne n’était pas le tien mais le sien. Dans mon cas, ce n’est pas mon choix mais peut-être qu’un jour, moi aussi, je trouverai que c’est une bonne décision. Dans l’immédiat, çà fait encore trop mal.

      2 octobre 2010
      • Atichoo #

        Merci…

        2 octobre 2010
  3. Suggestion de lecture : Le Chevalier à l’armure rouillée de Robert Fischer.

    Désolé que tu n’aies pas pu nous joindre au festin que nous avons concocté. Ta compagnie aurait été fort appréciée.

    Toujours aussi facilement influencé par toi, je suis maintenant accro aux aventures d’Erica Strange.

    5 octobre 2010
    • Atichoo #

      …moi aussi… J’ai mis un petit temps avant de comprendre l’histoire de la porte qui débouche dans la salle de discussion…

      5 octobre 2010

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