Skip to content

Clair-obscur

D’un côté la nuit. Seul dans mon lit, je me demande : et si j’achevais ? Si j’en étais à mes derniers miles ? Je ressens une immense fatigue. La première fois, on m’a dit que c’était normal à la fin de l’hiver. Puis on m’a dit que c’était normal à la fin de l’été. Finalement que c’était normal à l’automne. J’ai compris que j’étais fatigué et que je devais vivre avec. J’ai appris à baisser mes attentes face à moi-même et à planifier ma semaine comme une course d’endurance. Il y a eu cette série d’articles dans La Presse sur le cancer qui décrivaient l’impuissance de la science et la désorganisation du système de santé québécois. L’état de mon immunité me rend plus susceptible de développer un cancer. Les puissants médicaments que j’ingurgite chaque jour et l’hormonothérapie augmentent également le risque. Finalement, le stress est un facteur prédictif. Je sais que c’est stupide, je sais que tout le monde peut ressentir la même crainte. Tout le monde nage dans le doute, personne ne sait ce que l’avenir lui réserve. En ce moment, mon corps se rebiffe. Mes 300 petits CD4 chahutent. Fièvre, problèmes digestifs, maux de tête et nausées me secouent.
 
De l’autre côté, le jour. J’imagine le matin, dans quinze jours, où je quitterai la rue Bourbonnière à l’aube, avec l’énorme valise du Cow-boy. Le long voyage en train sur la voie qui longe le lac Champlain puis les monts Adirondack, jusqu’à la vallée de l’Hudson et l’île de Manhattan qui brillera de tous ses feux, dans la nuit d’automne. Puis je débarquerai sur Broadway, avec ma grosse valise. Je n’aurais jamais pensé vivre ça un jour. Alors que les couleurs seront presque terminées à Montréal, elles devraient être à leur meilleur dans la grosse pomme. Par rapport aux températures, je gagnerai un mois de temps doux. Un mois hors du temps, seul, pour apprendre une deuxième langue dans la plus grande ville du monde, la nouvelle Babylone. J’ai vraiment l’intuition que ma vie s’engage dans un virage, que je suis en train d’opérer une rupture avec le passé. C’est à la fois vaguement troublant et enivrant.
 

Lost in Structuration (XV) : Psycho Inno
Lost in Structuration (XV) : Psycho Inno par Gilderic, sur Flickr

Et je balance entre la nuit et le jour, les moments d’angoisse et d’excitation. Pendant ce temps-là, le temps file, à une vitesse folle. Les jours s’éteignent et se rallument. Sur le réseau de la ville, les nouvelles de la foule des employés circulent. Tous les jours, il y a des annonces de naissances et des avis de décès, des promotions, des départs à la retraite, des remplacements. Dans quelques jours, mon équipe sera dissoute. Nous partons retrouver nos vies, un peu tristes, fatigués et tous un peu enrhumés. Les milliers d’enfants qui ont visité le Jardin pour l’Halloween nous ont refilé quelques virus. Il y a une faible possibilité qu’un poste s’ouvre pour un an. Un poste d’employé salarié cette fois-ci, et non pas de contractuel, qui me permettrait de recevoir du chômage en fin de saison. J’aurai des nouvelles en février ou en mars, si je ne trouve rien d’ici là. Passer trois mois sans aucun revenu risque d’être difficile. Je me mettrai à la recherche d’emploi et de contrat dès la semaine prochaine.

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...
Warning: Missing argument 2 for wpdb::prepare(), called in /home/facecac/public_html/wp-content/themes/linen_pro/functions/linen-extend.php on line 340 and defined in /home/facecac/public_html/wp-includes/wp-db.php on line 990

Warning: Missing argument 2 for wpdb::prepare(), called in /home/facecac/public_html/wp-content/themes/linen_pro/functions/linen-extend.php on line 340 and defined in /home/facecac/public_html/wp-includes/wp-db.php on line 990
3 Commentaires Post a comment
  1. Atichoo #

    Je ne savais pas que tu y allais en train ! C’est un des plus beaux trajets à faire il parait. Je t’envie…
    Souvent le matin, je vois la file des gens qui attendent pour embarquer dans ce train à la Gare Centrale et je me dis qu’un jour je serai parmi eux.

    Je n’ai pas voulu lire cette série d’articles de La Presse. J’ai fait l’autruche pour le coup.

    Essaye de te reposer (facile à dire, j’imagine) avant de partir pour cette ville magnifique et étourdissante. Et puis, donne-nous des nouvelles !

    15 octobre 2010
  2. Kevin Zaak #

    Le trajet est très long : 11 heures. Mais j’aime bien les longs trajets en train. Ils sont parfaits pour le repos.

    16 octobre 2010
    • Atichoo #

      Je sais que c’est très long. Quand je compare avec le tgv Paris-Bruxelles (300 km en 1h10), çà donne le vertige. Mais j’adore les trains, au moins autant que je déteste l’avion. Un jour je le ferai Montréal-NY.
      En attendant, tu nous raconteras !

      16 octobre 2010

Laisser une réponse


*

Vous pouvez utiliser des balises HTML basiques dans votre commentaire. Votre adresse email ne sera pas publiée.

Suivre ce commentaire via son fil RSS