Trac
Je déteste parler en public. Ça me rend malade, littéralement. J’ai l’estomac qui se tord des jours à l’avance. J’arrive maintenant à mieux contrôler le trac. J’arrive à me calmer momentanément, je visualise. Il n’en reste pas moins que ça me tient par les couilles pendant des jours et des nuits et que je ne peux respirer que quand l’événement est passé.
El poblano est là pour m’aider dans l’organisation. Lui, on dirait que rien ne l’énerve. Il prend tout en riant. Mais mis à part lui, personne à Zorro ne fera quoi que ce soit pour m’appuyer vraiment. Jalousies, rivalités, vieilles rancœurs dont je fais les frais sans vraiment les comprendre. Je sens que certains seraient satisfaits de me voir me planter.
J’essaie de laisser de côté mes bêtes noires et de rester centrer sur l’essentiel. Je vais avoir devant moi un troupeau d’êtres humains. Je vais m’adresser à eux en tant qu’être humain pour leur dire des choses que je crois. Je ne comprends pas alors pourquoi mes mains tremblent juste à y penser.
Cette soirée est ma première responsabilité. La première fois que je m’adresserai publiquement à un groupe dans le cadre de mes nouvelles fonctions. De quoi ai-je peur ? Que mes bibittes prennent toutes la place. J’ai peur de bafouiller, de rougir, de perdre le souffle ; et que ce soit cela que les gens retiennent ; toutes des choses qui sont à peu près hors de mon contrôle. Mais qui au fond, ne sont pas très importantes.
Et je me sens ridicule. Le speech que je vais faire durera à peine 5 minutes. Mais je sais qu’une image se fait ou se défait en quelques secondes. D’un côté, j’aurais envie de répéter chaque virgule, chaque geste et chaque intonation. De l’autre, je me dis qu’il faut que je m’abandonne et que j’accepte l’idée que tout ne sera pas parfait. De cette façon, je serai moins désarçonné quand des imprévus apparaîtront.
Je me remémore tous les conseils que l’on m’a donnés. Me constituer une bulle de protection, voir les gens dans la salle comme s’ils étaient nus comme des vers, déplacer mon poids des talons aux orteils pour bien sentir le contact avec la solidité du sol. Prendre le temps d’établir un contact visuel, me concentrer sur ce que j’ai vraiment envie de dire et m’écouter parler, lentement.

Microphone par hiddedevries, sur Flickr







Rien que d’avoir écrit tout ça, et je me sens un peu plus léger. Fébrile, mais léger.
Et si tu déplaçais tout simplement ton centre d’intérêt ? Si, au lieu de te préoccuper de ta fierté, de ton perfectionnisme, de ton malaise, tu pensais un peu aux personnes à qui tu « veux » t’adresser ? Si tu te demandais qui sont ces personnes, pourquoi seront-elles là, que savent-elles du sujet dont tu veux les entretenir, quelles sont les questions qu’ils pourraient se poser, quel et leur état d’esprit, etc. ? Si tu pensais à l’objectif de cette communication plutôt qu’aux éventuels parasites ?
J’ai participé à plusieurs émissions de radio et de télévision, donné quelques conférences (même devant des spécialistes de la communication), et là où j’ai réussi le mieux, c’est lorsque j’ai cessé de penser à moi, au comment, etc. On m’invitait parce que j’avais des choses à dire ; je n’avais pas à me demander si ce que j’allais dire les intéresserait… Durant les jours qui précédaient mes interventions publiques, je me préoccupais seulement d’être en forme : bien manger, bien dormir, faire des promenades (pas question de m’imposer un programme exigeant), bien respirer, bref : essayer de me sentir bien et, surtout, dans le présent là où j’étais. Au cours de mes promenades, je m’amusais à formuler intérieurement des parties de mon intervention à venir, à imaginer des réponses à d’éventuelles questions, etc., mais tout cela comme un jeu, sans essayer de me souvenir des phrases ainsi conçues. Le temps venu, si j’étais vraiment présent, attentif aux autres, les mots viendraient bien d’eux-mêmes. Et si, après la communication je pensais que j’aurais dû employer tel ou tel mot à la place d’un autre, je ne m’en faisais pas ; si ce mot que j’aurais voulu dire n’était pas le bon, je l’aurais su d’une façon ou d’une autre et je me serais corrigé ; il faut savoir accepter que rien (ou presque) n’est jamais parfait. Comme le sculpteur insatisfait d’un de ses oeuvres ou l’écrivain qui regrette de n’avoir pas dit davantage, il faut simplement se mettre à l’ouvrage et créer autre chose.
Cela, c’est ma façon de voir les choses et de me préparer. Ce n’est peut-être pas exactement ce qui te convient, mais il y a peut-être dans tout cela quelque chose que tu peux utiliser.
Respire bien par le nez, lentement et profondément ;o)
14 heures plus tard, je m’auto-commente : tous s’est bien passé. je m’en faisais pour rien. Très belle soirée. Je peux être fier.
J’en suis ravi. Félicitations !
Mon commentaire de début de soirée, envoyé deux fois, n’a plus sa raison d’être alors. Si jamais tu le vois passer, élimine-le.
@ Alcib : Je ne sais pas pourquoi, le site les avaient classés comme étant du spam. J’ai laissé le premier, il peut être utile à d’autres. Tes conseils décrivent à peu près ce que j’ai fait et ça a bien fonctionné.
Il faut aussi que je me rappelle que j’ai besoin des autres, que je ne peux pas faire tout seul, que le travail d’équipe, c’est productif et intéressant.
Je pense que le fait d’écrire ici toutes mes inquiétudes a aussi aidé.
Heureux de te savoir libre quant à cette inquiétude, tâche de conserver cette belle énergie.
En passant un petit clin d’oeil à Alcib.
Bonne journée KZ.
Eliot