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Un oiseau

Le cœur est un oiseau, dit la chanson. J’ai souvent relu vos commentaires. « … Follow your heart Kevin Zaak… » « … trouver le plus de bonheur possible dans l’horizon prévisible… » j’avais le cœur déboussolé. Puis j’ai reçu un appel du Jardin. Le poste est disponible. Il serait pour moi, si je le veux. Même le cœur déboussolé, je ne pouvais pas m’empêcher de sourire.

Le même jour, je regarde la tête du directeur de Zorro et cie dans son bureau quand il me dit d’un air entendu : « c’était pas mangeable ! ». J’ai souri faiblement. C’était bon. En tout cas ce que j’ai pu goûter. Parce qu’il est arrivé quand tout le travail était fini et qu’il s’est jeté sur les entrées comme s’il était sous-alimenté. Tout le monde m’a fait des commentaires positifs. Mes bénévoles sont des anges. J’ai même un bénévole qui m’a bricolé une carte pour me remercier et me dire que la soirée était parfaite. Tout le monde était content. On a fait des miracles, dans un temps record, avec peu de budget. Lui, le directeur, n’a absolument rien fait. Mais il trouve le moyen de critiquer : c’était pas mangeable, l’espace était mal organisé, le service, c’était un peu garroché. Ce jour là, on devait se rencontrer à 10 h 30. Il est arrivé à 11 h 15. Il n’a rien dit, ne s’est pas excusé. Je le regarde. Et je respire. Je sens la colère qui est là. Mais elle passera. Tout passe.

Et je me revois aller travailler à pied. Faire de la photo en sortant du travail quand le soleil allonge les ombres de fin d’après-midi. Me concentrer sur la course et écrire. Nourrir les mésanges. Réfléchir sous la pinède du Jardin japonais. Je n’ai même pas à décider. Mon cœur vole déjà vers le Jardin en gazouillant.

Parce qu’en plus de la beauté des lieux, j’y trouve le respect des gens, l’amour du travail bien fait, la complicité. Si je me sens un peu coupable, c’est d’abandonner El poblano chez Zorro et cie. Il faut que je lui dise à quel point je trouve qu’il est quelqu’un d’exceptionnel. C’est en travaillant avec lui que je l’ai découvert. Devant les difficultés, dans ce milieu malsain, il brille de sincérité, de ruse et de courage. C’est d’ailleurs à lui que je vais demander conseil. Mon cœur vole vers le jardin, mais ma tête n’arrive pas à entériner la décision.

IR Jardin Japonais Montreal
IR Jardin Japonais Montreal par Cocoabiscuit, sur Flickr

Le cœur est un oiseau, paroles : Michel X. Côté. Musique: Richard Desjardins, 1988

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6 Commentaires Post a comment
  1. RAnnieB #

    En relisant tes billets passés sur le Jardin j’ai remarqué une légèreté du coeur, un optimisme que je ne retrouve aucunement lorsque tu décris ton employeur actuel.

    J’imagine qu’il doit y avoir des considérations très graves qui pèsent sur l’autre plateau de la balance pour que tu ne voles pas directement vers l’opportunité, même si intérimaire, que t’offre le Jardin.

    5 février 2011
  2. Kevin Zaak #

    Oui. Une cause qui me tient à cœur : la prévention du VIH. Le sentiment d’exceller dans ce que je fais et d’être véritablement utile. Le sentiment d’appartenance à une communauté. J’imagine que je peux (et que je dois) chercher à retrouver ça, mais ailleurs. J’ai pensé faire du bénévolat. Le travail que je pourrais faire au Jardin me laisse du temps libre et de l’énergie.

    Au fond, en ce moment, cette cause qui me tient à cœur est une source de frustration parce que j’ai l’impression que l’on fait si peu avec les énormes budgets dont l’organisme dispose. J’ai beau avoir le sentiment d’exceller, je n’ai aucune reconnaissance (mis à part celle des bénévoles et de la clientèle, ce qui n’est pas rien, quand même). Et le sentiment d’appartenance, ça part de soi et ça se bâtit…

    5 février 2011
  3. RAnnieB #

    Peut-être peux-tu trouver une autre façon de t’investir dans la cause de prévention du VIH tout en travaillant au Jardin ? Façon qui possiblement t’apporterait autant de reconnaissance que maintenant sinon plus.

    Tu as sûrement déjà pensé à cette option :).

    5 février 2011
  4. RAnnieB #

     »Tu as sûrement déjà pensé à cette option. »

    En effet, c’était déjà dans ton texte initial…désolée pour la pollution dans tes commentaires.

    5 février 2011
  5. Kevin Zaak #

    Même écrit rapidement, les commentaires ne sont pas de la pollution. C’est de la conversation. :-) Mais je peux aussi les effacer, sur demande.

    6 février 2011
  6. Quelqu’un quelque part a dit que donner sainement c’est de ne donner que ce qu’on a en surplus. Autrement dit, on ne peut donner ce qu’on a pas. Rempli ton coeur à débordement et tu pourras donner sans t’écorcher. Prendre soin de soi ne veut pas nécessairement dire ne pas prendre soin des autres, c’est juste une autre façon de le faire.

    11 février 2011

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