Neuf
Je pense que la colère peut devenir un moteur. Elle nous transforme, nous pousse à avancer. Elle génère sa propre chaleur quand les nuits d’hiver sont implacables. La semaine a été difficile. La colère vibre encore. Elle a fait craquer ma carcasse. Ma carapace se détache en lourdes plaques, qui tombent au sol, inutiles. Je frissonne à la sensation nouvelle du vent sur la peau. J’ai peur. Parce que je suis libre.
La nuit passée, j’ai rêvé d’un ancien blogueur que j’ai croisé, dans une autre vie, Nitram. Beau, brillant, idéaliste, quelqu’un que j’admire. Il y a quelques mois, son emploi l’a laissé tomber. Puis, il a vécu une séparation, probablement difficile. Il a choisi de quitter le Québec. Il s’est exilé, loin dans l’Ouest canadien. On ne s’est pas parlé de vive voix depuis longtemps, presque un an. Je ne sais pas s’il s’agit d’un geste triste ou courageux. Je me sentirais incapable de partir comme ça. Fils de parents fugueurs et absents, je me suis toujours méfié de la fuite. Trop souvent dans ma vie, j’ai eu tendance à tout plaquer sur un coup de tête. Des coups de tête qui ont fait mal. On ne fuit pas ses démons, on les emporte toujours avec soi. Et l’inconnu me fait peur.
Dans le rêve, je rencontrais Nitram et l’un de ses amis. C’était le jour où j’emménageais dans un nouvel appartement, dans une autre partie de la ville, loin. Il y avait de l’espace et du soleil. (Ce qui me manque où je vis.) Une plante fabuleuse occupait même le centre de la plus grande pièce. Ils m’y avaient amené, ou bien c’était eux qui l’avaient déniché. Je crois qu’ils connaissaient la propriétaire. L’appartement surplombait un restaurant toujours achalandé. On entendait la rumeur des clients et des échos de musique latine. Les anciens locataires avaient laissé des meubles, toutes sortes de meubles, antiques ou modernes, usés par d’autres mains, d’autre pas. Un marché, tout près, débordait de légumes et de fleurs coupés. Tout me semblait étrange et nouveau dans cet endroit alors que pour Nitram, tout était normal, banal. Tout cela me faisait terriblement peur et m’enivrait à la fois. Je devais m’adapter, ça me bousculait. Je n’aurais jamais cru être capable de vivre dans un tel endroit. La perte de tous mes repères me tordait le ventre. Mais je me trouvais là, j’arrivais même à m’y plaire et ça me rendait euphorique. (12 février 2011)

Montreal Colors x3 par diebmx, sur Flickr







Tu parles du pouvoir de la colère… Je me rappelle ce livre, Le pouvoir créateur de la colère. Ça fait longtemps que je l’ai lu. Mais je me souviens qu’il m’avait fait forte impression. La colère, lorsque canalisée, est un surplus d’énergie qu’on peut utiliser à bon escient. Je te souhaite que ce soit ton cas.