Deux par deux
Les jours se suivent sans se ressembler. Heureusement, sans doute. On se détache et on pleure, mais au bout du compte on y gagne (à cause de la couleur du blé, dirait Saint-Exupéry). Il y a des jours où les menus bonheurs s’accumulent. Ils s’additionnent jusqu’à peser trop lourd. Le balancier tremble et s’engage dans l’autre direction. Suffit de s’accrocher, car il revient toujours.
J’avais peur du lundi. Le retour au travail. Mais la journée fut productive. J’ai pu faire ce que je préfère et ce que je fais le mieux. Je suis parti tôt, assez pour profiter de la clarté et courir dans le jardin avant la fermeture des grilles. La neige est damée, les sapins complètement recouverts de lourdes chapes blanches et le ciel passe très lentement du rose clair au bleu royal. Ce paysage scintillant est tellement magnifique que j’en oublie complètement la fatigue. Le gardien m’a chicané. J’ai joué l’imbécile qui ne savait pas. Je suis rentré au chaud, chargé d’endorphine. Alors que j’avais fait le deuil de l’homme de la lune, c’est lui qui m’appelle comme si de rien n’était. Il me propose d’aller au cinéma à la fin de la semaine. Et je dis oui. Je sais que si son ambivalence m’irrite royalement, c’est qu’elle est à l’image de la mienne. Je ne peux pas lui en vouloir. Journée trop pleine. Je me suis senti trop bien. Je n’arrive pas à trouver le sommeil, rien n’y fait. J’ai peur du mardi.
J’ai parfois des réflexions en anglais. L’animatrice du podcast The Signal a une théorie sur les bad days. Je n’y ai rien compris. Mais j’ai cherché longtemps comment on pourrait traduire cette expression en français, sans en perdre tout le sens. Mardi fatigué, je m’éparpille et je n’arrive à rien de bon. Tout va de travers. Le directeur est à peine rentré de Paris qu’il nous envoie déjà des courriels pour nous mettre des bâtons dans les roues. Il n’aime pas le traiteur que l’on a choisi pour le prochain vendredi-causerie. Il préfère le Saint-Hubert, mais il nous laisse le choix… Personne ne dira un mot et on mangera du Saint-Hubert, bien entendu. Enfin eux, mon végétarisme a tendance à s’endurcir récemment. Et le poulet industriel Saint-Hubert, une fois par année, ça me suffit. El Poblano s’en va passer la semaine au Mexique. Je l’appelle « Patron » et ça le fait rire. Et le faire rire me fait sourire. Quand je me croise dans le miroir, je me jette un oeil mauvais. Je pars encore plus tôt ce jour-là. Et ce soleil de printemps qui dore cette neige d’hiver me donne envie de m’arrêter et de prendre une grande respiration.
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Tant d’émotions et d’humeurs te traversent en si peu de temps. Ça fait de toi un homme incroyablement vivant. Quand je vois tous les anesthésiés du cœur ou de la sensibilité qui m’entourent, je me dis que tu possèdes ce qu’un être humain peut avoir de plus précieux.
Dommage que tant de distance nous sépare. J’aimerais bien parler avec toi de temps en temps autour d’un verre :)
Bon, il est minuit et demi ici. Je vais faire dodo.
Biz
Je préfère l’expression »shit day » à »bad day ». Elle a aussi l’avantage de se traduire plus fidèlement en français :).
Le mot « bad » évoque une multitude de choses impossible à traduire en français. Je préfère « bad day », moins définitif et moins péjoratif.