Les flocons
Les bonheurs ont la fragilité des flocons de neige. Il n’existe que dans le présent. Lorsqu’ils se posent sur une main, sur le bout d’une langue ou sur la joue, ils n’y laissent qu’une larme. C’est tout un apprentissage que d’arriver à goûter les plaisir éphémères. Au moment où l’on croit que la neige restera là pour toujours, un temps plus doux arrive sur la pointe des pieds et s’installe sur la ville. Et tout se met à fondre.
Jusqu’à la veille de ma démission, je ne savais pas si je prenais la bonne décision. J’ai dormi d’un sommeil agité. La tension était telle qu’il fallait que j’agisse. Il fallait trancher. Et annoncer mon départ, au directeur, aux autres coordonnateurs, à l’équipe complète. Ces journées m’ont complètement lessivé. Mais le tout s’est relativement bien passé. Et une quasi-certitude s’est installée en moi : la décision que j’ai prise était la meilleure, pour moi, en ce moment de ma vie. Une paix que je goûte avant qu’elle ne s’évanouisse.
Cette demi-saison, toute de glace et d’eau, est le pire moment de l’année pour courir. Mais le demi-marathon d’Ottawa approche. Je ne démords pas de mon programme d’entraînement. Les distances s’allongent au même rythme que les jours. Je m’étire méticuleusement. Je me drogue aux endorphines et je laisse mon corps s’abandonner aux nuits solitaires, entre plume et flanelle. Aujourd’hui, j’ai couru sur le Mont Royal dans des conditions épouvantables, glace vive et glace concassée. Mais le bagel grillé qui a suivi s’approchait du sublime. Et le soleil qui chauffait l’Avenue était d’une sensualité indécente.
L’homme de la lune me laisse parfois l’approcher. Je l’apprivoise à dose homéopathique. Il a les mêmes défauts de vieux garçon que moi. (Je pense que les siens sont pires, mais bon…) J’apprends ainsi l’autonomie et l’indépendance. Je ne sais jamais d’une fois à l’autre si je fais le revoir. Je m’en accommode, pour le moment. J’apprécie la solitude, ces jours-ci.
La seule façon de goûter la beauté d’un flocon de neige est de ne jamais oublier sa nature éphémère. Rejeter les liens et les attaches. Ils naissent en amont des orages, secoués des combats et des colères des vents et du ciel. Ils arrivent par myriade sans être invités, sans être attendus. Ils transforment les ciels nocturnes en fêtes grandioses, mais éphémères. Et couvrent le monde d’un blanc total et définitif. Mais dès le retour du soleil printanier, ils disparaissent, avalés par la terre.
Je lis : Les carnivores infidèles, 60 recettes végés pour tromper votre boucher, de Catherine Lefebvre. De l’humour et des photos alléchantes, une cuisine accessible qui a du caractère. Brillant ! C’est le livre de recettes que je cherche depuis des mois. Je vous en reparle dès que j’aurai testé les recettes. (Photographie d’Albert Elbilia)
J’écoute : Bliss, They Made History. Et je voyage, immobile.







