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Vous

J’ai toujours raconté ma vie. Au début, c’était simple. Je déroulais les phrases que je me racontais depuis toujours. C’était comme si j’emballais un cadeau ou si je préparais une fête. Un papier plié avec soin. Des rubans assortis. J’ai toujours été plus à l’aise de donner que de recevoir. Je déteste que l’on m’offre des cadeaux. Je m’embrouille dans un magma de sentiments mêlés. Et puis, c’était dans le cadre intime de mon blogue, où je nous imaginais seuls, à l’abri des regards. J’avais besoin de vous imaginer très présents, comme si vous n’aviez presque pas de vie en dehors, comme si vous ne lisiez que moi. Nous étions seuls. J’en avais besoin, pour conjurer la peur.

Pour le dernier billet, je me suis laissé prendre par une histoire qui m’a touché, mais qui n’était pas la mienne. Un peu partout, j’avais lu des textes d’humeur enflammés et incendiaires. J’ai eu peur, j’ai grincé des dents et j’ai senti le besoin d’ajouter mes mots à la cohue. Et c’était comme de mettre un pied dans l’arène. J’étais sûr de ce que j’avançais et de mes arguments. Je les ai exposés ici et je les ai parsemés ailleurs. Et j’ai réalisé que si j’étais convaincu, je n’étais peut-être pas convaincant. J’ai reçu quelques gifles, des critiques et plusieurs réponses condescendantes. Habitué à vos commentaires plutôt gentils, j’ai été ébranlé.

Parfois, je vous en veux. Pendant ces années où je racontais mon quotidien. J’ai mis mon coeur sur la table, des centaines de fois. Mais en général, vous ne faites que passer. Oui, vous vous éprenez parfois de moi. Pendant quelques mois ou quelques semaines, vous vous inventez une image de celui que je pourrais être, puis vous disparaissez, pour toujours. Je vous lasse avec mes lamentations et mes rengaines fleur bleue. Je le sais. Et je me retrouve seul, chaque matin, devant ma vie réelle. J’ignore comment faire un pas de plus. Et je ne sais plus quoi écrire. Au cours des dernières années, je me suis fait violence pour briser mes propres chaînes. J’ai mis un pied devant l’autre, en avançant vers l’inconnu. Je vous ai cru quand vous m’encouragiez. Et je me retrouve, malgré tout, complètement seul. Ma vie n’est toujours pas une histoire, avec de jolies tournures et un punch à la fin. Ma vie me fait terriblement peur. Et je ne sais pas quoi en faire.

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9 Commentaires Post a comment
  1. Atichoo #

    Des années que je te lis et tu ne me lasses pas. Je suis sûre de ne pas être la seule.
    Tu as eu raison de nous croire quand on t’encourageait.
    Tu vois le gris en noir, çà arrive à tout le monde. Et tout le monde a peur de sa vie à un moment ou un autre.
    Ne doute pas de toi, tu n’as aucune raison de le faire.

    Moi, en tout cas, j’ai confiance en ton talent et en ta force.

    8 avril 2011
  2. Tu as été blessé. Je reconnais ton hypersensiblité. j’ai la même. Un propos un peu dur, un peu méchant, une porte qui se referme, une exclusion déraisonnable, et me voilà déstabilisé. Je veux me cacher sous le lit. … Mais autant que possible, je riposte. Avec classe, avec fermeté. Ça donne ce que ça donne, pas grand-chose pour les personnes qui se sont permis d’insulter, mais ça me refait ma dignité. Et c’est là l’essentiel.

    Tu as une des plus belles écritures que je connaisse, en ligne. Reste fidèle à toi-même, c’est ce que je te souhaite. Je t’aime bien, j’espère que tu le sais.

    8 avril 2011
  3. Il est vrai que les blogues, ce n’est pas la vie réelle. Pourtant, parfois, on s’y laisse prendre au jeu. On s’attache. On se blesse un peu. On se réjouit. Ne t’en fais pas avec ça.

    Oh ! et je ne te connais que d’écriture. Mais oui, je t’apprécie. Tu sembles un bel être humain. Et ton écriture me plaît beaucoup.

    8 avril 2011
  4. RAnnieB #

    Parfois, il suffit seulement de relever le regard un peu….alors une toute nouvelle perspective s’offre à nous.

    8 avril 2011
  5. Le net n’est certes pas qu’un pays bienveillant…

    J’ai plaisir à te lire, depuis des années maintenant. De quoi voir comment pas après pas tu changes. Le blog pour ça est un bel outil.

    Mais c’est un piège aussi. Pas facile de ne pas chercher le regard bienveillant de l’autre, de ne pas y accorder trop de place par rapport à notre propre regard sur notre vie.

    Des bises parisiennes.

    9 avril 2011
  6. Tu dois bien consulter tes statistiques de temps à autre pour connaître et la quantité et l’identité de tes visiteurs fidèles…. ;)
    Nous nous connaissons (virtuellement) depuis des années et cela ne se voit pas à travers nos échanges de commentaires. Depuis un certain temps je commente très peu ma blog-roll mais sois bien assuré que pas une de tes parutions ne m’échappent.
    Personnellement, j’évite de donner mon avis sur des textes d’opinions. D’abord parce que je suis moi-même en perpétuelle interrogation et, en « bon » contemplatif, je préfère avoir conscience qu’avoir raison. Les druides celtes ne pratiquaient délibérément pas l’écriture…
    Depuis 2004, quelques blogueurs se sont fâchés contre moi, qui ne suis pas querelleur de nature. Il suffit d’une phrase. Et s’il ne suffit que d’une phrase pour mettre promptement un terme à une sympathie, c’est qu’elle révèle derrière elle des mécanismes bien plus obscurs dont nous ne sommes pas responsables.
    Tu as le sentiment de ressasser sur ton blog ? Or n’est-ce pas le propre (voire la qualité) des carnets intimistes ? Mon blog n’est-il pas perpétuellement le compte-rendu d’un « aide-soignant qui souffre de crises d’angoisse et qui erre sur des sentiers côtiers » ? Il s’agit de nos univers : rien donc de catastrophique en ce qui concerne l’image que l’on propose de nous-même. À moins que l’on veuille que nos sites deviennent des produits… Autre débat ! :)

    9 avril 2011
  7. « Ma vie n’est toujours pas une histoire, avec de jolies tournures et un punch à la fin. Ma vie me fait terriblement peur. Et je ne sais pas quoi en faire »
    Est-il vraiment nécessaire de faire quelque chose de sa vie? Est-il vraiment même utile qu’elle ressemble à une histoire?

    Le fait de vivre notre vie en fait déjà quelques chose, et nous vivons tous nos vies, même parfois malgré-nous ou en voulant les vivre autrement.

    Ma vie non plus n’est pas une histoire, comme celle de millions d’autres vies, et j’ai renoncé depuis bien longtemps à vouloir en faire quelque chose. J’accepte de la vivre comme elle est, et ça va beaucoup mieux depuis que je l’ai accepté (mais ça n’a pas été forcément facile, l’esprit aime se poser des questions inutiles).

    9 avril 2011
  8. Jérôme #

    Tu n’es pas complètement seul mais seul à décider, du chemin à prendre.
    Je ne te crois pas quand tu dis que tu ne sais pas quoi faire de ta vie, désolé, mais je pense que tu as peur de prendre la/ les décision(s).
    Pourtant, tu l’as déjà fait en quittant Zorro & Co.
    Je ne peux que te souhaiter bon courage (mais tu en es plus que tu ne le penses): même seul, tu peux compter sur notre soutien.

    9 avril 2011
  9. Bonjour,
    Ma première visite sur ce blog – en suivant les liens d’Alcib, Exil intérieur – et je tombe sur cette phrase stupéfiante : « Ma vie me fait terriblement peur. » Je sens qu’elle va m’accompagner pendant longtemps.

    3 mai 2011

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