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Le principe de réalité

L’imagination est une qualité. C’est parfois aussi un défaut pernicieux. En écrivant ici, je m’oblige à plaquer ma vie sur des images. J’y ajoute des angles, des couleurs, du rythme et de l’éclat. Je perds trop souvent le fil de la réalité. Je m’égare dans un dédale de miroirs déformants que j’ai moi-même accrochés aux murs. Malgré les sept ans de malheurs, j’ai bien envie de casser du miroir. Et de me coller aux faits objectifs, quantifiables et vérifiables. Mes histoires me protègent de la vie. Elles m’isolent, aussi.

Le printemps timide se manifeste enfin. À la fin de la semaine, j’avais dit aux filles du jardin que mes anciens collègues de Zorro organisaient un 5@7 parce que trois d’entre eux quittaient l’organisme. Du même coup, on allait souligner mon départ qui est passé en douce. J’avais vraiment hâte de les retrouver. J’avais mis mon t-shirt rouge, celui que j’aime le plus. Et j’ai couru pour arriver à l’heure dans ce bar immense. Je les ai cherchés en montant d’un étage à l’autre, d’une salle à l’autre. Ils n’étaient pas là.

Puis je me suis dit qu’ils avaient peut-être changé d’endroits à la dernière minute, sans pouvoir me prévenir. Je me suis maudit de ne pas avoir de cell. J’ai fait la tournée de presque tous les bars du quartier, tous pleins à craquer pour le 5@7 du vendredi. J’ai marché longtemps pour trouver un téléphone public et j’ai appelé chez moi, il n’y avait pas de messages. Alors je suis rentré, frustré et déçu. En me disant qu’il fallait que je sois bien suffisant pour avoir cru que ma présence pouvait leur importer. Il était passé 20 h et je n’avais pas mangé. Chez moi m’attendait un message d’El Poblano. Il disait qu’il était vraiment désolé. Ils avaient fini deux heures plus tard que prévu.

Malgré le soleil annoncé et les quatorze degrés, je n’avais pas envie d’aller courir, le lendemain matin. Pas envie de faire semblant de sourire en entrant dans le groupe. Mais j’ai arrêté de réfléchir et j’y suis allé. Courir seul sur le gravier mouillé des pentes m’a fait du bien. Tout ce ciel bleu, à la cime des arbres, peuplée du retour des migrateurs. Mon corps s’est épuisé dans les sentiers qui serpentaient entre les derniers bancs de neige. Je suis revenu au pied de la montagne libre de tensions. Si je n’avais pas la course, je ne sais pas où je serais.

L’homme de la lune m’avait laissé un message, comme à tous les samedis matin. Je l’ai rappelé dans l’après-midi pour lui dire que j’avais envie d’être seul et de prendre ça cool. J’ai besoin de faire du ménage dans ma tête et dans mon trois et demi. Je me sens toujours bien quand je parle avec lui. Sauf peut-être quand vient le temps de parler de moi, au téléphone en tout cas. J’aime bien me raconter que son ego est un trou noir qui prend toute la place et avale tout ce qui est autour. Ça m’empêche de voir tout le mal que j’ai à penser que ce que je raconte peut l’intéresser. Ça m’empêche de me voir me débattre, tout empêtré dans mes secrets et mon image.

C’est quand je suis seul que l’imagination s’emballe et que je me noie. En ce moment, dans ma vie, je frappe un nœud. Parfois, je me dis que je ferais mieux de me confier à quelqu’un en face à face. Quelqu’un qui pourrait noter les glissements, les feintes et me ramener au fait, puisque tout seul, avec ma plume ou mon clavier, je n’y arrive pas.

"Face it" exhibition : Annick Lizein

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3 Commentaires Post a comment
  1. RAnnieB #

    Zut, je l’ai raté…Hier était ton 5e anniversaire de blogueur ! Et oui, je suis à relire tes archives d’une autre vie cybernétique. Merci pour ces heures de détentes et de sourires.

    Bon anniversaire…un jour en retard :).

    11 avril 2011
  2. Kevin Zaak #

    Je l’ai raté moi aussi. 5 ans, vraiment ? Ça donne un coup de vieux.
    Merci d’être là.

    11 avril 2011
  3. Salut

    Je viens de lire ton texte.
    Et je réfléchis beaucoup sur l’imaginaire et comme toi je pense qu’il ne faut pas s’y perdre mais plutôt le canaliser et le mettre dans la peinture tout comme je fais.
    Ensuite je pense qu’il y a des façons nouvelles de pensées qui change notre regard sur nous-mêmes car il ne faut pas l’oublier nos schémas mentaux sont primitifs.
    Tu verras sur mon site dans le blog des textes qui étayent mon propos.
    A plus.
    Thez

    25 juillet 2011

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