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Gueule de bois

El poblano ne me croit pas quand je dis que je n’ai pas d’attentes. Il a raison, c’est plus fort que moi. Aux moindres stimuli, la machine à rêver se remet en branle. Je regarde tout ce qui se présente à moi avec mes lunettes roses. Et ça fait d’autant plus mal quand la réalité n’est pas à la hauteur et que je la reçois en plein visage. J’agis ainsi par habitude pour combler le vide de ma vie et masquer ma peur des lendemains.

La vérité c’est qu’El poblano n’est pas mon meilleur ami. Ce n’est qu’un début d’amitié fragile, timide et maladroit. Le Minotaure, lui, ne sera jamais un ami. (Il faut que je sois d’une connerie totale pour avoir imaginé que l’on serait des amis, parce que moi je le trouve drôle, allumé, brillant. Lui ne me trouve aucune qualité, à part celle d’être baisable.) Et l’homme de la lune ne sera jamais dans ma vie plus que ce qu’il est déjà, c’est-à-dire une ombre, une place vide. Et jamais il ne tombera amoureux de moi. En fait, ils sont tous les deux la matérialisation de ce que je pense que je mérite, de l’image de moi-même qui tourne en rond dans ma tête.

Je veux voir la réalité en face. La recevoir en plein front les yeux fermés fait trop mal. Ça me tue, chaque fois. Mais garder les yeux ouverts est un travail de longue haleine, toujours à refaire. Arracher les rêves dès qu’ils sortent de terre. Désherber régulièrement mon jardin pour remettre le sol à nu. Contempler le vide et accepter que c’est peut-être tout ce qu’il y aura ici, sur ce terrain stérile. Je n’ai pas de talent pour les relations interpersonnelles. J’ai franchi le cap de la quarantaine. Même si j’ai de grandes qualités, je ne les jette qu’aux cochons ou je les garde soigneusement cachées. Et j’érige sans cesse des barrières pour me protéger de la vie.

La seule issue qu’il me reste est de me coller au présent, de le garder constamment dans mon champ visuel. De ne pas imaginer plus loin, de ne pas trancher à l’avance si les choses sont bonnes ou mauvaises. Accepter l’inconnu et l’imprévisibilité de la vie. Accepter que je n’ai pas le contrôle sur tout, que je ne peux agir que sur ce qui est de mon ressort. Désherber mon jardin, jour après jour. Levez les yeux vers le ciel quand le soleil passe. Le reste ne m’appartient pas. L’avenir ne m’appartient pas. Tout ce que j’ai entre les mains c’est des morceaux de présent. À moi de les apprivoiser, tout en prenant soin de ma peur et de ma douleur.

la tulipe

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6 Commentaires Post a comment
  1. RPL #

    Kevin, la machine à rêver, c’est ce qui fait ton talent. On ne peut pas tout avoir. T’es beau garçon, t’as du talent, c’est déjà pas si mal. Être baisable, c’est un immense atout, gratuit, authentique coup de chance: des tas de gars, que dis-je, des torrents de gars et de filles aimeraient pouvoir en dire autant. Toi, tu le sais, c’est une immense faveur que tu as dans la vie. Quoi encore ? Hum. Tu as de grandes qualités. Je le sais. Qui peut en dire autant, et avec autant d’assurance ? C’est magnifique, que de savoir qu’on a de grandes qualités. Quant à l’avenir, hélas, il n’appartient qu’aux riches. Là-dessus, je crois que tu n’y es pas encore. Mais à choisir, Kevin, entre être beau garçon comme toi, avec ta sensibilité et ton talent, et être riche, … je crois que je choisirais d’être riche! ( Parce que moi, je suis foutu ! )

    Kevin, je blague. Je t’aime bien, tu le sais. Enfin, j’espère :-)

    26 avril 2011
    • Kevin Zaak #

      C’était un coup de gueule, aggravé d’une gueule de bois.

      28 avril 2011
  2. kitty #

    La vache, je ne m’y ferai jamais : comment arrives-tu à soulever autant de question cruciales à chaque post ? T’accordes-tu parfois un peu d’insouciance ??? ;)

    « Arracher les rêves dès qu’ils sortent de terre. Désherber régulièrement mon jardin pour remettre le sol à nu. »

    Pourquoi laisser la terre stérile ? Et pourquoi ne pas y planter ce que toi tu veux ?

    27 avril 2011
  3. Sylvia #

    Entièrement d’accord avec la proposition de Kitty. Et si, en plus de ce que tu veux, tu essayais d’y planter aussi un peu de « lâcher prise » sur les attentes, dans le sens que tu les reconnais comme elles sont, que tu n’essaies pas de leur donner trop d’importance en essayant trop de les combattre vigoureusement, si tu les laissais tout simplement être comme elles sont en leur disant quelque chose comme : « oui, oui, je sais que vous existez, je vous connais très bien, mais je vais essayer de vous ignorer un peu pour prendre à plein ce qui est là, devant moi « ici, maintenant », ce qui changerait peut-être un peu la dynamique dans ces relations en allégeant l’atmosphère, en t’enlevant du stress inutile, du moins il me semble… Je pourrais aussi te parler de ta grande sévérité envers toi-même, de tes exigences à ton endroit, du peu de chances que tu te donnes à toi-mème, etc, mais je vais laisser faire… :-) Je suis absolument certaine que tu sais déjà tout ça, n’est-ce pas ? ;-)

    27 avril 2011
  4. Kevin Zaak #

    @ Kitty : Je suis pas mal intense, ces temps-ci. Je suis parfois insouciant, mais je ne pense pas à écrire un billet à ce moment-là. Pour ce qui est de la plantation, je suis un horticulteur mal chaussé. Je ne sais pas comment m’y prendre, on dirait.

    @ Sylvia : C’est probablement plus sage. Mais ma première réaction est de vouloir détruire ces attentes. Il faudrait que je fasse de même avec la colère. Je sais probablement tout ça, mais l’écrire l’ancre un peu plus dans la conscience.

    28 avril 2011
  5. Jérôme #

    Plus sage, je ne sais pas mais c’est un moyen de s’économiser, pour aller plus loin, être prêt quand il le faudra.
    Les attentes et les espoirs font partie de la vie.
    Tu façonnes un peu ton corps pour pratiquer la course, tu peux essayer de faire de même avec ton esprit.
    Je n’oserais pas te proposer de te servir de modèle, mais étant un « day dreamer », j’ai appris à jouer avec ces attentes, à les scénariser pour ne pas les prendre au sérieux. J’essaye alors de concentrer l’énergie sur le souffle de l’instant. Mais j’ai un avantage sur toi: je suis un gros flemmard, très peu exigeant envers moi-même!

    28 avril 2011

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