Plan B
J’ai couru 11 kilomètres sur la montagne, en plus de l’aller et retour en bixi. Je suis lessivé. J’ai des extrasystoles en ce moment. Un dérèglement électrique qui désynchronise les battements de mon cœur au repos. C’est bénin, mais très désagréable. Le brunch de ce matin me tourne dans l’estomac. Bref, je me sens comme un champ de bataille. À moitié dévasté, avec le sifflement et les déflagrations des bombes, des incendies soudains, des fumerolles et des éclopés qui essaient de s’enfuir, juste au mauvais moment.
Je ne saurais expliquer pourquoi, mais j’ai toujours du mal avec les plans B. J’ai reçu ma réponse pour le marathon de New York, ma principale motivation pour courir. Un premier marathon, à New York en plus, c’est ce qui s’appelle glamour. Je n’en ferai pas partie. I was not accepted, I didn’t win the lottery. L’organisation mentionne dans son courriel qu’il reste des places pour ceux qui prennent les « packages » avec transport et hôtel inclus. Le moins cher coûte 1300 $. Et je n’ai pas les moyens de me payer ça. Pendant quelques jours, j’ai eu envie d’arrêter de courir. Puis je me suis dit que je devais trouver une autre course qui me motiverait autant. Je suis donc en quête d’un autre marathon. On m’a parlé de Rimouski. C’est un petit marathon, au début d’octobre, dans un décor magnifique. Rimouski : la montagne et l’embouchure du Saint-Laurent, qu’on appelle là-bas la mer. L’eau y est salée et on peut y voir des baleines. C’est à Rimouski qu’est né le premier garçon qui m’a fait chavirer, un dénommé Guillaume. Les gens du coin sont sympathiques et le voyage ne me coûterait pas trop cher. Il y a aussi Philadelphie, « la ville de l’amour fraternel ». C’est une ville pleine de symboles pour moi, à cause du film de Jonathan Demme. On m’a dit que le parcours était bien et qu’il traversait les quartiers historiques. Je peux m’y rendre en train via New York, pour presque rien. On m’a aussi parlé de Tucson en Arizona. Mais le voyage risque de coûter trop cher pour mon portefeuille. Et courir dans un climat désertique me fait un peu peur. Je jongle avec tout ça et je me laisse la semaine pour prendre une décision.
Je dois aussi envisager des plans B dans les autres domaines de ma vie. En premier lieu, le travail. J’ai rêvé de cet emploi chez Zorro. J’y ai donné le meilleur de moi-même, assez pour être complètement vidé après seulement trois mois. Mais je n’ai pas su dealer avec l’espèce de contrôle-freak passif-agressif qui était mon patron. En novembre, mon remplacement au Jardin se terminera. J’aime bien ce que j’y fais, mais ce n’est pas ce que je veux faire dans la vie. Les volets humain et intervention sociale me manquent. Il y a comme un vide qui s’étend après l’automne. Je devrais aussi envisager un plan B à l’homme de la lune. Je suis assez maso pour le voir encore. Il m’appelle avec la régularité d’un métronome. Et je me dis que 10 minutes d’affection (donnée, mais non reçue) par semaine, c’est quand même mieux que rien. Au brunch, Ceasar m’a lancé que je devrais me trouver un boyfriend anglophone. The best way to improve your English. C’est l’histoire de ma vie. Je donne, je donne et je donne. Je regardais les passants qui déambulaient au soleil sur Saint-Laurent. Des gens qui avaient l’air heureux. Je les imaginais avec des boulots inspirants, des amoureux présents, des amis complices, des bébés dans des poussettes, des chiens qui tirent au bout de leurs laisses. Les oiseaux se donnaient à fond sur les branches encore dénudées où le vert pointe à peine. Un jour, ce sera mon tour.








Je suis désolé pour New York. Félicitations pour ne pas avoir abandonné à la réception de la réponse.
C’est vrai que Rimouski, c’est une très belle région, très agréable. Depuis que je suis adolescent, je m’y suis arrêté de nombreuses fois. J’y ai de la famille. Mais je n’y suis pas retourné ces dernières années.
On dit en effet que d’avoir un amoureux qui parle une autre langue, c’est la meilleure façon d’apprendre sa langue. Dans mon cas, je crois que ça n’a fonctionné ; mes amoureux anglophones ont mieux appris le français que moi l’anglais. Toutefois, à cause d’eux, plus qu’avec eux, j’ai appris l’anglais. Je ne remarque plus si j’écoute un film ou la télévision en anglais ou en français.
Il faudra cependant que j’aille, le plus tôt possible, polir tout ça en Angleterre :)
@ Alcib : J’ai beaucoup de mal avec l’accent britannique. Pour le marathon, j’envisage aussi celui de Montréal. Ça évite le stress du voyage et j’imagine que dormir dans son lit, la veille, ça peut aider…
On s’adapte rapidement à l’accent britannique. Depuis plusieurs années, c’est l’accent d’ici, et celui des États-uniens, avec lesquels j’ai du mal. On s’habitue vite à la qualité :)
Dormir dans son lit, oui, ça peut certainement aider à être plus en forme le lendemain… à condition de pouvoir dormir.
Mais il m’est arrivé de passer la nuit dans un lit que je ne connaissais pas quelques heures auparavant et, le lendemain, d’être choisi (après un examen écrit) pour participer le jour même à un jeu télévisé dans lequel j’avais remporté pas mal d’argent :)
Pour un premier marathon pour ma part je recommande fortement de le faire chez soi (mon premier a été à Paris) surtout qu’avec le stress tu ne dormiras probablement pas beaucoup la nuit d’avant
@ Patrick : Le mauvais côté du marathon de Montréal, c’est qu’il y a peu de spectateurs sur la majorité du trajet. Une partie du parcours traverse une zone industrielle déprimante. Et l’an dernier, l’arrivée était vraiment mal organisée. Dans mon lit ou ailleurs, je risque de ne pas dormir. Malgré tout, je penche pour Montréal. Je me laisse la semaine pour décider.
@ Alcib : Je trouve l’accent britannique charmant et très sexy. Mais je ne lui attribue aucune supériorité sur l’anglais de l’Amérique du Nord. (Comme je ne pense pas que le français parlé en France soit supérieur à celui parlé au Québec.) Ces façons de vivre et de faire évoluer une langue, ces accents sont simplement différents et je crois que c’est cet aspect vivant des langues qui en fait toute la beauté.