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Keep it real

La lucidité glisse sur ma peau comme une lame. Un faux mouvement, un geste de trop, et elle tranche ma chair. Quand on réclame la vérité, il faut être assez fort pour l’entendre, quelle qu’elle soit. Absorber le choc. Et encore plus difficile : vivre avec, pour les jours et les mois qui suivront. Et marcher sans perdre pied, malgré le vide qui s’ouvre soudain tout autour, malgré la solitude et sa marque indélébile.

Toute ma vie, j’ai fermé les yeux en serrant les paupières de toutes mes forces. J’ai rêvé, oublié. J’ai pensé à autre chose. J’ai fui en empruntant toutes les issues mentales. Je me suis muré dans le déni. Survivre à défaut de vivre. Je n’ai affronté la réalité que lorsqu’elle s’est abattue sur moi. Mais la confrontation m’a rendu plus fort. J’ai grandi, il était temps. Je ne veux plus perdre le fil du réel.

Il ne m’aime pas. J’ai entendu les mots. J’ai réagi avec une maturité qui m’étonne, sans espoirs déplacés, sans reproches et sans éclats. Et je me suis dit que cette histoire à peine esquissée était désormais terminée. Mais tous ces rêves dont je l’avais auréolé continuent de me narguer, chaque nuit. Et depuis mes gestes sont en plomb et le printemps est devenu inutile. Mais je garde les yeux grand ouverts, encoléré, frondeur.

Je dois me faire violence, m’arracher du lit où je sombre, m’éloigner de l’écran scintillant. Sortir, de force s’il le faut, pour respirer les impressions, les saveurs et les chaleurs portées par le vent. Apercevoir la Terre qui poursuit sa ronde. Faire taire la panique. Ne pas me projeter dans un futur lointain idéalisé ou dans les soubresauts d’une tragédie inéluctable et ridicule. Me ramener patiemment au présent. Réaliser où je suis. Les pieds plantés dans ce printemps timide. À m’accrocher à ce que j’ai gagné au fil des ans : une vie qui me ressemble un peu plus, quelques amis précieux.

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Anémone pulsatille au jardin alpin du Jardin botanique de Montréal.

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7 Commentaires Post a comment
  1. Oui, accroche-toi. Et bien. La vie a des bouts plus difficiles, mais quand on va par en avant, on progresse toujours.

    10 mai 2011
  2. RAnnieB #

    Cela me surprend toujours, ma tête me crie et peut me répéter une même vérité pendant des mois, voir des années mais, mon coeur y sera totalement imperméable. Il réagit comme s’il était tombé des nues lorsqu’il est confronté à cette vérité…time, after time, after time…

    Plutôt paradoxal puisque bien que mon coeur n’ait de toute évidence pas de tête, il a tout de même la tête très dure.

    10 mai 2011
  3. Jérôme #

    Je ne crois pas que tu te fasses réellement violence, parce que, maintenant, tu sais ce que tu veux et ce que tu vaux, non?
    La belle photo est-elle de toi?

    10 mai 2011
  4. Kevin Zaak #

    @ Jérôme : Oui, la photo est de moi, prise la semaine dernière. Si je ne m’étais pas fait violence, je serais encore collé devant l’écran à zapper entre Facebook, Twitter et les sites de rencontres et il n’y aurait pas de billet ici.

    @ RAnnieB : Le cœur a ses raisons, il ne fait rien pour rien. Parfois, je crois qu’il est plus digne de confiance que la raison.

    @ L’impulsive : Pas en avant, ni en arrière. Juste s’accrocher à l’instant qui passe.

    10 mai 2011
  5. Une déception amoureuse, ça fait toujours souffrir. C’est normal. Si ce n’était pas le cas, là tu pourrais t’inquiéter. Tant que le cœur se froisse, c’est qu’il ne s’éteint pas. C’est qu’il est bien là, vivant. On serait tenter de s’auto-anesthésier d’une manière ou d’une autre quand on souffre comme ça, mais il ne faut pas. Ceux qui y parviennent n’ont plus figure humaine.
    S’ancrer dans le présent est effectivement l’attitude la plus constructive.

    Courage.

    Bise d’ici où mai dessèche tout, fleurs, fruits, terre.

    11 mai 2011
  6. Ah, et j’oubliais. Ta photo, la vache ! Merveilleuse.

    11 mai 2011
  7. Kevin Zaak #

    Merci. Prise à l’heure du dîner, le pire moment pour faire de la photo. J’aime beaucoup cette plante. Bises d’ici où les accumulations de neige en montagne et des semaines de pluie ont fait déborder toutes les rivières.

    11 mai 2011

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