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Seul

La ville pleure à grande eau. Oui, écrire me fait du bien. Que ce soit sur papier à la lueur d’une lampe, ou sur ce clavier, devant l’écran lumineux. Mais publier mes billets ici n’est pas toujours sain. Premièrement, je m’y retrouve à la merci du premier venu. Et je tombe si facilement dans le désir de plaire. J’ai tellement besoin de me voir dans le regard de l’autre. Combien de conneries j’ai faites au cours des dernières années pour me rendre intéressant ? Profondément malheureux, ce n’est pas grave, mais je ne serai jamais ennuyant. Ce qui m’amène souvent à rêver la réalité plutôt que d’y goûter, même les beaux moments. Quand tout est terminé, je me retrouve les mains vides, avec trois commentaires et une vague impression d’avoir manqué quelque chose. Encore aujourd’hui, j’ai parfois cette envie de me coltailler avec la nuit pour en revenir avec des mots qui brillent.

Quand j’ai couru, bien dormi ou mangé avec plaisir, j’ai le corps qui crie pour le contact d’un autre. Comme un chiot séparé de sa portée. Je sais que cette envie est en partie liée à l’angoisse. La chaleur humaine est un anxiolytique puissant. Jamais je n’ai pris le temps d’apprivoiser la solitude. Je l’ai subie, pourtant, pendant des années. Je l’ai même vécue à l’intérieur du couple. Mais toujours, j’ai refusé de la regarder. Je préférais fuir dans les rêves ou dans le passé. Je deviens un acrobate quand je veux éviter la réalité.

J’ai le corps lourd comme un fruit, prêt à fendre. Des flashs me reviennent constamment dans la tête : le froissement des cheveux qui s’emmêle, la brûlure de la peau, ses pulsations, les parfums corsés de l’intimité, les larmes qui roulent, la sueur, le sperme. Je me rappelle quand j’avais 20 ans. C’est relativement tard que je suis sorti du placard et à 20 ans, je n’avais jamais embrassé. J’avais cette crainte stupide de ne pas savoir comment faire. Cette espèce de peur irrationnelle revient souvent, comme si je pouvais tout oublier. Perdu l’art de faire des caresses, effacé, dans un blanc de mémoire.

C’est d’ailleurs le corps qui a parlé pour m’obliger à arrêter. Alors que je faisais mes bagages pour Ottawa, un virus extérieur a assiégé mon système. En quelques jours, je pensais aller mieux. Mais pendant les semaines qui ont suivi, j’ai réalisé de quoi je me relevais. J’ai dormi de longues nuits sans jamais venir à bout de la fatigue. Je n’ai eu d’autres choix que d’arrêter de courir. Je recommence, timidement. Et je me demande pourquoi je cours. Je veux que la réponse m’apparaisse pendant mes sorties, qu’elle soit teintée de ce plaisir de la liberté. La course est un combat contre mes démons, mes peurs, ma colère et ma culpabilité. Je les affronte, un pas à la fois, mais je dois aussi m’en protéger. L’écriture me libère, mais en livrant mes mots sur la toile, je me jette, corps et âme, dans un torrent tumultueux. Je dois prendre le temps de trouver les gués, d’explorer la rive.

Trame sonore : Dans la nuit – Horror Inc. (aka Marc Leclair)

Rain / Pluie

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