Prière
Crème de rage glacée. Deux bols vides. Coaticook au sucre d’érable croquant, la meilleure. J’ai planté mes trois annuelles, un lantana et deux trucs qui tombent en zigzag, couleur paille. De la menthe et trois cocottes dans la tasse géante en céramique vert lime, pour le balcon derrière. C’est le jardin d’ombre dont je gratte la terre, à défaut de mieux. La chaleur s’appesantit, la nuit.
Je cherchais ce qui m’empêchait de dormir. C’est venu comme ça, un matin. Clair. Je suis comme à bout de courage. Ces dernières années, j’ai croisé des tonnes de désillusions. Des brusques et des plus profondes, des vastes comme l’hiver. Tous mes décors de cartons sont tombés comme des dominos. Il n’y a plus rien. Je suis terrorisé.
Je n’ai qu’un seul ami, le cow-boy. Mon égal dans la sauvagerie du caractère. Il se débrouille pourtant mieux que moi en société. Il m’admire parce que je me jette constamment dans le vide. Je me bouscule. Je me dépasse incessamment. Je l’envie parce que sans s’en apercevoir, il se construit des petits bonheurs. Il les collectionne, comme un premier de classe. Pendant que je me saigne à foncer dans les murs et à défoncer les portes ouvertes.
Je voudrais du temps et de la patience. Je ne sais plus si tout cela est possible. Les rêves les plus simples glissent entre mes doigts comme des reflets de lune dans l’eau. Je ne sais plus si tout cela en vaut la peine. Il n’y a plus de réponses, il n’y a que des questions. Je reste là, pourtant, sans m’effondrer.
Et je cours, toujours, dans les matins mouillés. Courir pieds nus pendant quinze minutes. Sur l’herbe et sur l’asphalte. Un objectif en extra pour septembre. Et je lave la vaisselle en ordonnant les mots. Juin s’amenuise et soupire. L’orage se laisse désirer. Je me répète que ce soir je dormirai. Le sommeil répare tout. Il le faut. Même sur cela, je sais que je n’ai pas le contrôle. La vie est un rapide blanc qui brise les immobiles. Je cherche un peu de pluie pour y poser mon front.







C’est un texte poétique qui fait un peu froid dans le dos.
Spontané ou tu le médites depuis quelques jours?
Bonjour KZ, j’écrivais dans un courriel, il y a quelques minutes que certain de tes billets sont comme de la musique;
c’est le cas aujourd’hui
Eliot Sandro
@ Eliot : Merci. Je fais des gammes.
@ Jérôme : Toujours un mélange des deux. Des idées qui me traînent en tête puis qui prennent forme quand elles se décident.
« Perdre tout espoir. C’était cela la liberté. » (tiré du film « Figt Club »)
ou
« Les illusions tombent l’une après l’autre, comme les écorces d’un fruit, et le fruit, c’est l’expérience. Sa saveur est amère. » (Gérard de Nerval, Sylvie)
ou encore, comme dit Anatole France dans « Monsieur Bergeret à Paris » :
« Vivre sans illusions, c’est le secret du bonheur. »
Enfin, tu vois, quoi. Essaye de voir cet état effrayant comme un nouveau départ.
J’aime bien ces citations. Mais j’ai toujours eu la dent sucrée. J’ai encore du mal avec les saveurs amères.