Mon ami Bixi (6)
J’ai l’air d’Atomas avec mon casque sur la tête. Il faut ce qu’il faut ! J’ai voyagé tête nue depuis le début du printemps. Mais j’ai tellement entendu d’histoire d’horreur. J’avais dit à Hugh : « It’s because, it messes my hair. » Alors il m’a raconté la fois où en roulant lentement, seul, le long d’une clôture, son guidon a accroché les mailles et il a plongé, tête première, sur un muret de béton. Sans casque, il roulerait en fauteuil, aujourd’hui.
Et tous les cyclistes que je connais m’ont relaté LA fois où ils ont été percutés par une portière qui s’ouvre. Depuis j’essaie de garder une distance (Vélo Québec recommande un mètre, ce n’est pas toujours possible.) Et je scrute les rétroviseurs. Mais avec les reflets, on n’y voit rien. Dans la plupart des histoires de portière, le conducteur ne s’excuse pas. Il considère que c’est la responsabilité du cycliste de prévoir le moment où il sortira ses fesses de son siège-baquet. Arrivera bien le jour où une portière me projettera sur l’asphalte. J’espère que je serai casqué, ce jour-là.
Bixi n’est pas toujours aussi pratique que je l’aurais pensé. Lorsque je sors du travail et que le soleil est au beau fixe, la station est immanquablement vide. Quand il fait beau, tout le monde veut rouler à bixi. Comme il y a peu de stations dans l’est de la ville et que j’habite tout près, je marche. Mais pour les sorties impromptues, les retours en fin de soirée, ce système est vraiment génial. (Avec les taxis que j’ai économisés, j’ai payé mon abonnement trois fois.) L’autre jour, j’ai failli attraper un vélo de Melbourne. Cette campagne de marketing a fait jaser dans mes réseaux : des vélos de Londres, Washington et Melbourne (tous fabriqués à Chicoutimi au Saguenay) ont été disséminés dans les stations montréalaises. Ils sont très colorés et j’aurais bien aimé essayer un bixi flambant neuf. La flotte montréalaise à déjà plus de trois saisons dans le corps. Et souvent, ça s’entend.








J’ai eu droit une fois à la portière, rue Laurier à Outremont. L’imbécile est sorti de sa Mercedes et il est entré dans une boutique sans même vérifier si j’étais encore vivant… S’il y avait eu une voiture qui me suivait, je ne serais sans doute plus de ce monde.
Il faudrait que tu viennes travailler près de chez moi : il y a des stations Bixi à tous les 50 mètres, je crois.
Coincidence! Nous avons appris la même leçon cette semaine. Moi, après avoir passé la nuit de mercredi à jeudi à l’urgence avec une amie (que tu as rencontré). Elle a fait une mauvaise chute en descendant un viaduc alors qu’une conductrice, occupée sur son cellulaire, ne l’a pas vue et lui a coupé la route. Résultats des courses, un talon cassé et une légère comotion cérébrale. Elle s’en est bien tirée. Elle ne portait pas de casque.
Ce n’était pas le cas de la dame d’une cinquantaine d’années sur la civière à ses côtés dans la salle de trauma. Elle faisait une course au dépanneur avec sa bicyclette à trois roues lorsque sur la piste cyclable elle a heurté un nid de poule qu’elle n’a pas vu à la noirceur. Elle s’est frappé la tête sur la chaîne de trottoir en tombant. Elle non plus ne portait pas de casque. C’est pour les enfants qu’elle disait à l’urgentologue qui finissait de lui faire son 42ième point de suture sur la tête (that really messes up your hair). Quelques minutes plus tard, la dame perdait conscience. Les médecins ont par la suite détecté un saignement au cerveau.