Torpeur
Cette beauté qui m’entoure semble inspirer l’immobilisme. Elle donne envie de ralentir, de s’allonger sur l’herbe pour en respirer les parfums, de ne plus bouger. Elle met en exergue cette immense fatigue que je porte sur les épaules, depuis des années. Pourtant, le jardin est tout sauf immobile. Les floraisons se succèdent à un rythme effréné. L’été se resserre. Les premiers signes de l’automne sont déjà bien présents. Ça se clarifie. Il n’y aura pas d’ouverture pour moi, ici. Et, pour être honnête, il y en aurait que je ne voudrais pas y passer ma vie. Mon passage au Jardin est une parenthèse.

Lavande, Jardin « Je n’ai plus soif »
Un verre de sangria sur une terrasse de la Sainte-Catherine devenue piétonnière pour l’été. L’air est doux. Les balles roses se balancent au-dessus de la rue. Tête à tête avec Chris, qui était mon superviseur chez Zorro. (Il a quitté quelques mois après moi.) Il voulait jouer les entremetteurs et me parler d’un de ses amis. Je voulais discuter avec lui de ce que j’allais faire à l’automne, professionnellement parlant. C’est une des réussites de mon passage là-bas. Tous ces liens qui se sont créés avec des gens qui me ressemblent et avec qui je partage un idéal. De bons souvenirs.
Nous avons parlé du milieu communautaire tout petit à Montréal, où tout le monde se connaît, du réseautage, des conjonctures favorables à ne pas laisser passer. Il m’a parlé de Toronto où les ouvertures sont plus nombreuses, mais la compétition plus féroce. Il croit que la dynamique des organismes communautaires y est plus saine. Comme à New York, il y a un mur qui isole les étrangers, des contacts sont essentiels pour le traverser. À la fin de septembre, je pense peut-être profiter de ma semaine de vacances pour faire un détour là-bas. Besoin d’un projet facilement réalisable.

Bientôt les mûres
Je sais plus clairement ce que je veux faire. Je ressens ce qui me manque au Jardin. Les défis auxquels j’ai goûté au cours des dernières années à Zorro m’ont inoculé un goût pour l’adrénaline. J’ai réalisé l’impact concret décisif que je peux avoir sur d’autres. Et c’est clairement ce que je veux faire du temps que je passe au travail. Les trois quarts de ma vie. Cette discussion avec Chris m’a fait réaliser que je connaissais assez bien le chemin pour y parvenir. Reste à secouer l’inertie, penser stratégie et faire taire la peur. Garder le cap dans les passages tourmentés ; avancer d’un pas à la moindre éclaircie.








Je ne ressens pas de la torpeur à cette lecture, mais un frémissement, l’énergie d’un été ensoleillé et des promesses à venir (à tenir?)