Noir
J’ai souvent dit que je n’ai pas peur de la mort. C’est probablement faux. Et c’est la présence de la mort que je pressens, quand je m’approche des limites de l’épuisement.
Je rêve beaucoup en ce moment. Une soif d’évasion. Les rêves de fin de nuit me transportent hors de ma vie. J’y expérimente des combinaisons de sentiments complètement inédites. Je me réveille face à de nouvelles perspectives. Depuis quelque temps, je traverse une période noire malgré l’été éblouissant. L’entraînement est difficile, je compte les jours qu’il me reste à traverser. 49. Et j’appréhende le crash d’après course. Le soleil est implacable, jour après jour. Les douleurs physiques s’accumulent. Mais le pire ce sont ces voix qui me répètent que ce n’est jamais assez et ma peur de l’échec et ces blessures ouvertes aux quatre vents. Seulement ne pas arrêter, les yeux rivés au bout de la route.
J’ai choisi de ne pas postuler pour ce poste aux conditions avantageuses à la ville, où je me serais ennuyé à mourir. J’ai fait une excellente entrevue pour un petit contrat pas du tout payant pour lequel j’étais le candidat idéal. Ils ont choisi de prendre quelqu’un d’autre. Chaque soir quand je rentre, les problèmes avec les voisins et l’appartement me minent le moral. La sœur d’une ancienne collègue de Zorro est décédée la semaine dernière. Nous avions exactement le même âge. Une tumeur au cerveau à l’évolution fulgurante. J’imagine la stupeur, le vide soudain sous les pieds de ceux qui restent. Ce vide qui est toujours là, pourtant. Mais devant lequel nous fermons les yeux. J’imagine la douleur de tout ce qui n’a pas été dit, de tout ce qui aurait pu être réalisé, et qui ne le sera jamais. Elle dit qu’elle se surprend à imaginer encore que sa petite sœur en est voyage, qu’elle est très occupée et que tout cela est temporaire. Les départs abrupts nous laissent démunis.
Mille fois, j’ai eu envie de tout abandonner pour le marathon. J’ai couru jusqu’au lac Saint-Louis, depuis le Vieux-Port. La vue sur le large m’a donné le vertige et m’a serré le cœur. Le retour a été particulièrement pénible. Sur des kilomètres, le canal longe une autoroute. L’air avait la couleur du soufre. L’orage s’avançait sur la ville industrieuse. Rien n’avait plus de sens.








En te lisant, je me suis dit que si tu levais les pattes, je m’attendrais presque que tu écrives un billet (de je ne sais où) pour nous en informer. Pour nous dire que tu n’écriras plus, que tu es passé à une autre vie, ou à plus de vie. Un dernier billet pour nous faire tes adieux; en gentleman que tu es.
Mais au fait, il n’y aurait plus de billets. Le silence. Le dernier billet publié resterait, immobile, sur la toile, sur l’écran, sans céder sa place à un nouveau mot de ta part. Sans de nouvelles phrases lumineuses décrivant ton obscurité sémée d’étoiles. La vie, même digitale, interrompue.
Mon coeur s’est serré à cette pensée. Tu me maquerais. J’ai vécu des moments importants avec toi et ça reste même si, dans la réalité, nos quotidiens ne se chevauchent plus. Notre relation est presque revenue à ses débuts d’écriture. Sauf que moi, je n’écris plus et toi, tu écris toujours de mieux en mieux.
Prends soin de toi. Je continue de suivre tes (més)aventures en lecteur assidu, presqu’accro.
Merci pour le commentaire. On partage la cyberdépendance, alors.
J’ai l’impression de m’approcher de la mort, mais je réalise bien qu’elle est encore loin. Je repousse petit à petit ses limites. Et j’apprivoise la peur.