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Fin

bourrasque

Je flotte au milieu de l’océan, depuis des jours et des nuits. Je suis épuisé et déshydraté. L’air me brûle la gorge et la poitrine. Ce serait ironique de mourir de soif dans autant d’eau. Le gris de la mer et du ciel se lèchent et s’embrassent, traversés, ça et là, d’un soleil laiteux. Je ne me souviens plus depuis quand je flotte là. J’ai perdu la notion du temps et de l’espace. Je me souviens du bateau, disparu. Tous ces ports où je ne suis pas descendu. J’espère que je finirai par m’échouer sur une plage ou que la mer m’écrasera contre des rochers. Mais la houle légère est toujours égale à elle-même comme si je tournais dans un mouvement sans fin. Le chuchotement des vagues ne porte aucun mots. J’ai besoin d’eau douce.

Avec le temps, l’écriture de ce blogue est devenue un poids, que je traîne. Au début, c’était un jeu, maintenant je le vis comme une corvée. J’aime les histoires, pourtant. J’ai toujours envie d’écrire de la fiction. Mais raconter ma vie intime est un prix trop cher payé. Et je suis las des pirates, des spams (parfois des centaines par jour) et malgré le peu de commentaires suscités, des quelques commentaires désobligeants que j’ai parfois reçus sur la tête au moment où je m’y attendais le moins.

Je veux vivre à visage découvert et je veux voir le regard de ceux à qui je m’adresse. Je ne cesserai pas d’écrire. J’ai toujours écrit. J’écrirai pour moi (comme plusieurs d’entre-vous me l’ont conseillé souvent) sans me soucier d’une ligne éditoriale, de la cohérence d’un texte à l’autre. Sans devoir me contraindre à un rythme de publication et devoir constamment créer des liens à droite et à gauche dans l’espoir de trouver des lecteurs pour remplacer ceux qui passent à autre chose. Je considère que j’ai fait ma part pour la blogosphère.

Je ne ressens pas de tristesse. Pour moi, c’est une libération. J’ai donné 5 ans de ma vie aux passants silencieux. Je l’ai cuisiné pour en relever les saveurs, remixé, coloré, travesti. Jusqu’à repousser mes propres limites pour susciter l’intérêt. J’ai maintenant envie que cette vie n’appartienne qu’à moi. Je veux m’ouvrir le coeur pour des bras tendus. Je veux des mots qui répondront aux miens. Je veux des êtres humains vivants dans ma vie. J’aime entendre le son de la voix. J’ai trop envie de dialogue. J’en ai assez d’être tout seul, ici.

Les textes flotteront doucement en ligne pour un moment encore, dans leur écrin de pixels. Il y aura ces liens qui se sont tissé au-dessus de la toile, les souvenirs de ces rencontres dans le réel, les cartes postales d’Éric, mon lecteur globe-trotter, qui arrivent dans ma boîte aux lettres des quatre coins du monde. Il y a ces êtres humains, transformés pour un temps, en personnage, qui gravitent désormais autour de moi. Il y a les blogueurs qui restent et que je lirai.

Je rêve de cataclysmes. J’espère les orages. Je danserais pour des averses tropicales qui laveraient tout. Je ne sais pas ce que je ferai de ces nouvelles heures de liberté. Je ne sais pas quelle direction prendra mon histoire. J’ai envie d’une page blanche pour y bâtir ma vie.

Iceland - Snæfellsnes

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20 Commentaires Post a comment
  1. Salut Kevin,

    Je suis triste de ce que je lis ici. Mais je comprends. J’ai moi aussi, tu le sais peut-être, mis fin à un blogue, subitement. Je ne le regrette pas. Mais je t’avoue que ça me manque souvent d’avoir un « espace » pour me raconter.

    J’ai eu parfois le reproche d’être allé trop loin dans le récit de choses personnelles. Je reste pourtant convaincu qu’il n’y a pas d’art – pas d’écriture, ni de roman, ni de théâtre, ni de chansons, pas de peinture ni de musique, – sans qu’il y ait de la chair et du sang, de la chaleur et de la vie, en fait de soi et de vérité. Quand tu écrivais, superbement d’ailleurs, tu ne violais pas ton intimité; tu la transposais. Et comme tu es un artiste, tu le faisais avec grand talent. Il n’y a pas de création dans le mensonge. La pure fiction, ça n’existe pas, sauf dans la littérature fade et sans intérêt.

    Je ne sais pas ce que tu attendais de ton blogue. Qu’espère donc un artiste de sa création ? Des amis ? À te lire, régulièrement, depuis plus d’un an maintenant, il me semble que tu en as beaucoup, que plusieurs connaissaient ton blogue et te lisaient. De la reconnaissance ? De qui ? Comment ? Je suis sûr, sûr et certain, que tout éditeur se montrerait intéressé à te publier. Mais il s’agit d’un travail colossal, et éminemment solitaire: est-ce bien ce que tu souhaites ?

    Nous ne nous sommes rencontrés qu’une fois, amicalement, sans que ça clique, pourtant. J’imagine que je ne correspondais pas du tout à tes idéaux maintes fois répétés ici – jeunesse, beauté, amour, tout cela transcendé, tellement idéalisé, que cela ne pouvait nourrir que d’inévitables déceptions. Nos opinions politiques n’ont pas non plus « convergé », c’est le moins que je puisse dire. Je pourrais donc difficilement te dire que je t’aime bien. Je peux sans peine te dire que je t’admire, que j’admire ton talent, que j’admire ta ténacité incroyable, que j’admire ta franchise. Je n’ai jamais eu l’impression que tu maquillais les choses en te racontant. Je t’ai toujours cru, ligne après ligne. Tout comme Eliot ( Sandro ), je te savourais – au sens littéraire du l’expression, s’entend…

    Kevin, j’ai bien peur que tu ne pourras cesser d’écrire. C’est ton lot. Ce n’est jamais facile. Et j’ai bien peur que tu écriras pour être lu, parce que tu sais que ce que tu écris est beau. Je me réjouis d’avance à l’idée de pouvoir te lire encore. De toi, j’achèterais volontiers un gros roman de 500 pages.

    Je te souhaite aussi d’être amoureux et d’être heureux, dans le corridor étroit qui est le tien. Il est trop tard pour en changer :-)

    23 août 2011
    • Kevin Zaak #

      Je pense aussi que l’écriture, même autobiographique, est une transposition et que la fiction est un chemin comme un autre pour toucher à la vérité.

      Je tiens à préciser que la jeunesse ne fait pas partie de mes idéaux et que j’ai toujours considéré que la beauté est dans l’œil de celui qui regarde. Il faut développer cette habileté à voir la beauté. Si l’amour romantique se prête bien à la littérature, dans la vraie vie, je préfère la tendresse et les défis du quotidien. Et si l’amour est un idéal, pour moi, il s’agit de cette énergie qui circule entre tous les êtres.

      Merci pour les bons vœux, au plaisir de te lire.

      25 août 2011
  2. Te lire me manqueras si tu arrêtes vraiment. Mais si c’est ce que tu sens, c’est le bon choix. Bonne vie.

    23 août 2011
    • Kevin Zaak #

      Ça été un coup de tête senti et réfléchi qui se préparait depuis longtemps, je crois. Bonne vie à toi, je repasserai sur ton blogue.

      25 août 2011
  3. RAnnieB #

    Cet épuisement se voyait déjà depuis quelques temps dans tes écrits. Comme tes autres lecteurs le soulignent, il ne s’agit pas d’un épuisement d’écrire. Je crois en effet que l’écriture est ta façon la plus naturelle de t’exprimer.

    Je devine qu’il s’agit plutôt d’un épuisement à te tendre vers l’autre. À te dévoiler, toi qui est si discret de nature.

    J’espère aussi avoir le bonheur de relire tes écrits fictifs sur le web ou ailleurs un jour pas trop lointain.

    Ton blogue m’aura moi permis de découvrir un homme sensible, cultivé et intéressant que j’aime beaucoup, qui me ressemble de bien des façons et avec qui je désire garder le contact. Les bases les plus solides de l’amitié sont celles que l’on bâtit tranquillement.

    Grosse bise

    23 août 2011
    • Kevin Zaak #

      Je crois que tu vois juste quand tu parles d’un épuisement du dévoilement. Peut-être aussi d’un déséquilibre entre ce que je dévoile ici et dans la vraie vie. Arrêter d’écrire serait pour moi comme arrêter de respirer.

      J’écrirai autre chose, mais pour le moment, j’ai besoin de vacances. Merci pour la présence et l’intelligence des commentaires. Je t’embrasse.

      25 août 2011
  4. Pierre #

    Mais je venais juste d’arriver?!

    23 août 2011
  5. Sophie #

    Ha non snif snif, j’aimais tellement ton blog, d’une lectrice presque silencieuse. Moi aussi je pense que tu as un très grand talent pour l’écriture et que tu devrais le faire pour plus de gens (publié).

    23 août 2011
    • Kevin Zaak #

      Je le ferai probablement un jour si je trouve le courage de m’attaquer à cette tâche. Merci de ta présence.

      25 août 2011
  6. Même sur la toile, il faut d’abord écrire pour soi, sinon, ça n’a pas de sens. Mais comme d’autres commentateurs, je crois aussi que tu as besoin des mots et que tu continueras à te donner du mal pour les travailler et en relever leur saveur selon tes propres recettes.
    Et j’espère aussi que tu sais qu’en matière de calme plat, le réel peut être encore pire que la blogosphère. L’affronter peut-être le renoncement de la maturité, quand on renonce à vouloir des tempêtes dans sa vie, mais également apporter une certaine sagesse.
    Je te l’ai déjà souhaité, alors je continue: « Bonne route ». Ton chemin va être long mais, j’en suis persuadé, intéressant.
    Et peut-être, qui sait puisque seules les montagnes ne se rencontrent jamais, aurons-nous l’occasion, voire le plaisir, un jour de dialoguer.

    24 août 2011
    • Kevin Zaak #

      Jérôme, tu me manqueras ! J’ai bien envie d’affronter le calme plat du réel et je pense que, pour un temps, ça me fera le plus grand bien.

      J’aimerais bien, moi aussi, avoir la chance de te rencontrer un jour. Merci pour la présence attentive et constante.

      25 août 2011
  7. Atichoo #

    Tes écrits me manqueront beaucoup. Mais comme j’ai la chance que beaucoup de tes lecteurs n’ont pas de te connaître dans la vraie vie, je vais donc continuer de profiter de ta présence.
    Et ce sera avec plaisir que je prendrai part au dialogue avec toi, dont la conversation me plait toujours beaucoup.
    Tes écrits étaient ne sont qu’une partie de ta personnalité. Ne doute jamais que tu es quelqu’un d’intéressant. Je peux en témoigner.
    Je ne te dis donc pas adieu mais à la prochaine !

    Utilise ce temps gagné pour te faire plaisir.

    24 août 2011
    • Kevin Zaak #

      C’est énormément de temps de liberté que je retrouve. Je me mettais beaucoup de pression pour ce blogue. À bientôt, alors.

      25 août 2011
  8. GPCP #

    « J’ai envie d’une page blanche pour y bâtir ma vie. »

    Même si te lire me manquera, savoir que tu bâtis ta vie pour mieux l’habiter me réjouis.

    Prends soin de toi, encore et toujours.

    24 août 2011
  9. Kevin Zaak #

    Prends soin de toi, toi aussi.

    Et si tu veux donner ou prendre des nouvelles, il faudra utiliser les méthodes ancestrales comme le téléphone ou le courriel. ;-)

    25 août 2011
  10. Sylvia #

    Pas du tout dans le but de nier ta volonté présente, mais parce qu’avant il y avait eu « amours, vertiges et chlorophylle », j’ose te dire que je compte très fort sur le « jamais deux sans trois »… Et je saurai attendre le temps qu’il faudra. Et si tu trouves que j’insiste trop, va relire ta section « à propos », certainement une des, sinon la plus belle, de toutes celles de ce genre que j’aie croisées au cours des années. On ne peut que souhaiter continuer à suivre les écrits de cet être humain riche et vrai, qui met en ligne ses réflexions, à chaud, à vif, presque au quotidien, sans le passage obligé dans les mains d’un éditeur et le décalage dans le temps qu’exige la publication d’un livre. Pour toi que la nature fait vivre, j’emprunterai cette comparaison entre les légumes et les fruits tout frais cueillis du jardin, que rien ne peut remplacer, et ceux qui stagnent dans les comptoirs réfrigérés des épiceries à des centaines sinon des milliers de kilomètres de leur lieu d’origine… Bien sûr, ces derniers demeurent comestibles mais ils ont perdu cette qualité première et certaines de leurs vitamines. Bon ce n’est qu’une comparaison parce que ce n’est pas du tout la même chose, surtout que, comme d’autres l’ont signalé plus haut, j’aimerais quand même « aussi » te lire sur papier. ;)

    Je comprends cependant ta lassitude présente à l’égard de ton blog, surtout qu’elle s’accompagne de toutes sortes de questions par rapport à ta vie, tant personnelle que professionnelle. Je comprends que par moment tu aies besoin de brasser la cage et tu nous as habitués à tes coups d’émotion à cet égard, notamment aussi quand tu ne reçois pas autant de retour à tes écrits que tu le souhaiterais. J’ai déjà eu l’occasion de te dire, ici dans tes commentaires, que le silence de tes lecteurs ne voulait surtout pas dire manque d’intérêt, mais parfois discrétion et respect devant les états d’âme et les confidences. Et je tiens à te le répéter pour que tu saches combien j’ai apprécié te lire. Bien sûr, il y a d’autres blogs ou journaux que j’aime, dont j’attends aussi avec impatience les mises à jour, mais je veux te dire, et ce n’est pas de la flatterie de ma part que, depuis toutes ces années, le tien se classe parmi les plus importants de ceux-ci. Donc, au très grand plaisir de te relire bientôt sur le net. Et pour paraphraser Stef de Berlin dont on lit la citation dans ton « à propos », pour ma part, je te qualifierai de bien belle personne à l’intérieur aussi. Je te souhaite le meilleur.

    25 août 2011
    • Kevin Zaak #

      Je ne ferme pas la porte à l’écriture d’un blogue. Mais je dois d’abord trouver une formule qui me conviendrait mieux. Le « chaud » et le « vif » sont parfois difficiles à assumer, par la suite (les écrits restent).

      Dans la section À propos, j’avais tenté de dessiner une direction pour ce blogue, mais je me suis égaré en chemin. J’y prenais beaucoup de libertés avec la réalité et beaucoup de soins pour protéger mon intimité.

      Merci de ta présence et de tes commentaires-fleuve toujours pertinents. ;-)

      27 août 2011
  11. kitty #

    Je n’ai jamais compris, j’avoue, l’incroyable quantité de contraintes que tu t’imposes. Donc, même ton blog, qui est sensé être un espace de liberté absolu, même lui, tu t’en es fait une pesante obligation. Mais Pourquoi ?

    Quoi qu’il arrive, j’espère ne pas te perdre de vue. Tu es une belle personne, une âme riche d’elle-même, et tu mérites l’apaisement, l’épanouissement, le bonheur. Tu en as le potentiel. Cherche tout cela ailleurs qu’ici si tu le sens ainsi, mais pitié, s’il te plaît, pour moi, laisse-toi un peu aller, lâche du leste, arrête de tout transformer en obligation. Sois gentil et bon avec toi-même.

    Mais je laisse la parole à notre sautillant et unique Mika :
    http://www.youtube.com/watch?v=OH9NWoqjEnY&feature=related

    Gros bizzzous :)

    26 août 2011
  12. Kevin Zaak #

    C’est quelque chose qui m’a été inculqué dans l’enfance, qui m’a parfois servi, mais beaucoup nui : si je ne suis pas parfait ou le meilleur, je ne vaut rien. C’est souvent paralysant. Je me soigne, mais le chemin de l’indulgence et du pardon est une longue route.

    J’essaierai d’être gentil. ;-) Ce fut un bonheur que de te connaître à travers les blogues. Bises.

    27 août 2011

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