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Je ne m’appelle pas Kevin Zaak

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Au point de départ, il y eut un élan. Un mouvement qui ne s’encombrait pas de chronologie ou de véracité. Un appel d’air. « Je me sens comme un volcan. J’ai peur des contrecoups d’un séisme. » Puis, le premier souffle passé, j’ai eu un vertige, un vertige plus qu’une angoisse, devant une plage de pixels blancs. Je me suis raccroché au récit du quotidien. Et je me suis amusé à en tricoter les mailles des évènements. J’en ai fait un foulard qui me garderait au chaud, pour toujours, enfin, c’est ce que j’espérais. Même les jours où le tricot m’ennuyait, je m’y agrippais.

Mes carnets naïfs prétendaient à la vérité, tout au moins celle qui était mienne. Des évènements réels vus à travers mes yeux. Pour le plus grand plaisir des passants, le monde entier qui m’entourait, les saisons, des averses aux levers de lune, tout venait se placer pour souligner à gros traits l’émotion du moment. Entendons-nous, c’était un jeu. Et j’étais toujours le premier à y croire, dur comme fer. Croix de bois, croix de fer. Si je mens, j’irai en enfer. J’étais le gars des vues, celui qui arrange tout. J’étais rassuré.

Certains billets sont revenus comme des boomerangs. Ayant frappé quelques têtes au passage. Et la réalité m’a demandé des comptes. J’ai dû m’expliquer, rectifier, déconstruire, reconstruire, justifier, m’obstiner. Le foulard devenait par moment étouffant. Mais je tricotais toujours, l’œil rivé à la fenêtre. Puis des murs se sont écroulés entre ma vie et mes écrits. Et des gens se sont promenés de l’un à l’autre, perplexes. Et tout ce que j’avais révélé me paraissait soudainement bien indécent.

Mettons les choses au clair. Je ne m’appelle pas Kevin Zaak. Les événements qui jalonnent ma vie sont un canevas sur lequel je brode. C’est toujours ce que j’ai fait, sans trop vouloir me l’avouer. C’est ce que je faisais avec délectation quand je parlais de mon psy : « Je voudrais écrire qu’on s’est embrassé fougueusement contre la balustrade du belvédère du Mont-Royal pendant que la première neige tourbillonnait dans les lumières des tours du centre-ville. Je voudrais raconter les cris de plaisir étouffés en mordant le coton humide d’une chemise à demi ouverte, dans un ascenseur coincé. Je voudrais trouver les mots pour décrire la lumière bleue du milieu de la nuit quand je regarde son torse qui se soulève et que je me rendors en disant : “Ouf ! Il respire encore.” » J’aime me raconter des histoires. Laisser une porte ouverte à la fabulation, c’est également une façon de fermer les volets pour préserver mon intimité, et protéger ceux que j’aime. I prefer, where truth is important, to write fiction. — Virginia Woolf.  À partir d’aujourd’hui, vous serez averti :

Les personnages et les situations décrites dans ce carnet pourraient être purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé pourraient n’être que fortuites.

« … Marguerite Duras ne cesse de mettre en doute la vérité naïve de l’autobiographie et affirme au contraire le caractère indécidable de la vérité d’une vie qui se laisse mieux entrevoir dans les méandres de la transposition fictionnelle que dans la maîtrise d’un récit ordonné et qui se veut fidèle. Ce continuum qu’elle recherchait dans la relation amoureuse, sujet de la quasi‐ totalité de son œuvre fictionnelle, se retrouve à tous les niveaux, entre la vie et l’écriture, entre elle et les autres : “Écrire, c’est devenir l’écriture de tous, sinon il n’y a pas d’écrit [...], j’écris avec vous tous”. Entre elle et le monde il n’y a pas non plus de distinction, de clivage, comme l’atteste ce commentaire qu’elle livre à propos d’India Song : “Moi, c’est tout. Moi, c’est Calcutta. C’est la Mendiante, tout, c’est le Mékong, c’est le poste. Tout Calcutta. Tout le quartier blanc. Toute la colonie. Toute cette poubelle de toutes les colonies, c’est moi”. Lorsqu’elle écrit elle est bien “cette tête trouée”, “cette passoire” comme elle a aimé à le répéter ; elle est dans un état de porosité permanente à l’égard des autres et du monde, à l’écoute d’elle‐même, de ce qu’elle appelle “l’ombre interne”… »

Monique Pinthon, Marguerite Duras et l’autobiographie : le pacte de vérité en question

Photographie : The hidden face par Bubba’s Bag of Photo sur Flickr

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5 Commentaires Post a comment
  1. Eliot Sandro #

    http://www.youtube.com/watch?v=vnSf5MnOXao

    Bonne journée ;)

    Eliot Sandro

    20 octobre 2011
  2. Eliot Sandro #

    Et un petit dernier ! :)

    http://www.youtube.com/watch?v=4gLMAa0SR58&feature=related

    20 octobre 2011
  3. Est-ce une forme de dédouanement vis-à-vis de tes lecteurs? Tu es un écrivain, ta réalité nous est transcrite pas des mots, déformée pour donner un texte ; nous n’attendons pas ici de ta part une séance de psychanalyse (non, je ne parle pas de ça non plus!). Et nous réagirons, à froid ou a chaud sur ce que le texte nous évoque, comment il interagit avec nos sensibilités. Pas besoin de te mettre à nu pour que nous apprécions ces pages.

    21 octobre 2011
  4. Kevin Zaak #

    C’est surtout une note à moi-même pour me rappeler que l’exercice est public et que ce n’est ni une thérapie, ni un club social. Je suis probablement le premier à me prendre au mot.

    Mais c’est aussi pour clarifier les objectifs du projet, qui au départ était un blogue plus traditionnel, comme cent mille autres, et qui racontait mon quotidien.

    22 octobre 2011
  5. Fiction, autobiographie, délire, fantasme, confession… Au final, quoique tu décides de donner ici, pour nous lecteurs, le résultat est le même : on sait que c’est toi qui t’exprimes, tu es l’auteur et on prend ce que tu nous donnes.
    Pour toi, l’exercice, par contre, sera sans doute bien moins contraignant qu’auparavant (où tu étais si obsédé de vérité et de justesse) et donc beaucoup plus libérateur. En tout cas, je te le souhaite ! :)
    Pour moi, je crois que l’expérience a été, libératrice. Et, tu vois, sur mon blog, je ne parle quasiment jamais de ma vie, pourtant, je pense que ce que je donne à y lire dévoile quand même qui je suis dans les grandes lignes… Enfin, je crois…

    23 octobre 2011

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