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Une douce colère

Douce colère

Une douce colère coule vers mon cœur d’Indien. Des frissons révolutionnaires courent sur ma nuque devant la mise à mort de l’été. J’ai lâché les rêves que j’ai poursuivis ces derniers mois. Je les regarde s’éloigner en m’accrochant à une idée : à chaque instant, tout est possible. Personne ne peut dire ce que sera demain. En attendant, j’accuse les coups. Mais je suis fatigué de relever la tête, de remettre l’épaule à la roue. Il me semble que j’ai déjà suffisamment donné. Je suis un control freak, soit. On ne se refait pas. Mais j’ai appris qu’à l’entrevue, les dés étaient pipés.

Les chercheurs avec lesquels je travaille ont un côté diva qui m’amuse. Je les admire pour leur curiosité sans limites et cette soif de savoir qui les dévore et qui les pousse à contre-courant de toute la société. Mais les gens de marketing pour qui je travaille sont plus déprimants. Pour eux, tout doit se résumer en deux mots et une émotion simple. Il faut surprendre, émouvoir le visiteur sans jamais le bousculer et surtout, sans jamais le faire réfléchir. Le plaisir doit être instantané et sans effort. Il faut suivre le courant. La science et les chercheurs sont un mal nécessaire. On n’a pas le choix de les intégrer aux expos. Le Jardin n’est plus une institution scientifique, c’est un « Espace pour la vie ». Le ridicule ne tue pas, malheureusement.

J’observe cette colère mêlé d’indolence. Il ne sert à rien de lutter contre elle. Pour les jours à venir, je dois marcher sur le fil qu’elle déroule devant moi, sans la nourrir. De nouveaux projets naîtront, quand leur tour viendra, probablement où je ne les attends pas. D’ici là, je fais un jeûne de nouvelles. J’ai remplacé le café par de la tisane à la réglisse épicée. J’essaie de me coucher tôt. Je reprends la course sur de courtes distances. Je me rends au travail en vélo, avec de bons gants. Je médite en marchant sur l’heure du midi. Je soupe en regardant des épisodes de Six Feet Under en rafales. Et je ris et je pleure et je rêve un peu.

Photographie : KZ

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Un Commentaire Post a comment
  1. Quand on lutte, ça fait toujours plus mal que quand on laisse aller un peu. Il ne s’agit pas de tout laisser aller, mais de choisir ses combats. J’aime beaucoup ta dernière phrase. Elle est pleine de vie. Et continue à courir et marcher. C’est bon pour la réflexion.

    27 octobre 2011

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