Cold Star
J’ai attrapé le dernier Fugues, en sortant du métro. Souvent, l’image que ce magazine donne des hommes gais me désole. L’homme gai est nécessairement musclé, bronzé et ses dents blanches et parfaites ont des reflets bleutés. Il a trois préoccupations : la décoration de son condo, le prochain disque de Céline et les circuits party. (Et il vit, la plupart du temps, torse nu. Il n’est pas frileux.) Après 45 ans, l’homme gai n’existe plus. Peut-être qu’il retourne dans le placard.
Ce mois-ci, la couverture arrière est réservée à la publicité d’une clinique de chirurgie esthétique. Un homme, début vingtaine sort de la douche. Sa beauté plastique est presque naturelle (légèrement photoshopée). Autour de son image, la liste des différents traitements qu’il aurait subis : botox, photorajeunissement, augmentation du volume des lèvres et des joues, microdermabrasion, épilation permanente, relissage, traitement des veines et des varices. À l’intérieur, un article complaisant décrit les traitements qui seraient les plus populaires chez les hommes. En proclamant la démocratisation des traitements. «…plus que jamais désireux de rester en accord avec eux-mêmes, les hommes se tournent aujourd’hui sans complexes vers la chirurgie esthétique. »
À la lecture du Fugues, on en vient à croire qu’un homme gai qui n’a pas d’argent n’est rien. À en croire les publicités, même les jeunes hommes fraîchement sortis du placard, devraient se précipiter sous le bistouri. La différence ne serait pas toléré, chez les hommes gais. Je pense que les hommes qui veulent être en accord avec eux-même devrait plutôt fuir les bistouris et ne pas ramasser le Fugues, en sortant du métro.
Je préfère penser que la beauté est ailleurs que dans la perfection de la peau, la définition des muscles ou la jeunesse éternelle. Comme dans la poésie de ce (très) court-métrage, Cold Star de Kai Stänicke.
L’article en question : Chirurgie esthétique, parce que vous y avez droit







À quelques détails près, ton texte aurait pu tout aussi bien s’appliquer aux femmes.
Les cultes de la beauté et de la consommation ne discriminent pas.
Tout à fait. Auparavant, les hommes y échappaient.
Les hommes gais y sont peut-être plus vulnérables pour plusieurs raisons. La culture gaie s’est construite autour de lieu où la consommation est reine (principalement les bars). La plupart des hommes gais n’ayant pas d’enfants, les valeurs que sont la consommation, la séduction, la fête perpétuelle prennent plus d’importance, plus longtemps. Le milieu gai est impitoyable en ce qui a trait à l’apparence physique (peut-être comme certaines femmes le sont entre elles).
Mais je n’ai jamais vu une publicité comme celle-là dans un magazine féminin. Il y a des publicités (très discrètes) pour le botox dans Fleurs Plantes Jardins et certaines lectrices ont fait des plaintes.
Je ne suis pas d’accord. Pour continuer dans la référence au marché, il faut considérer que celui-ci comporte des segments. Même le marché gay/gai. De ce point de vue, si l’on veut ou peut rester les pieds sur terre, chacun devrait trouver chaussure à son pied et son bonheur. De mon point de vue, le problème se situe plutôt chez le mec de 45 ans qui fixe et s’identifie au gamin de 20 ans. J’ai 44 ans.
Le « marché » des hommes gais à Montréal (et au Québec) est trop petit pour qu’il y ait des magazines pour chaque segment. Fugues est pas mal le seul magazine qui tire son épingle du jeu et il se donne un peu l’image d’un magazine qui représente la communauté, en entier.
Je fais partie du problème. Je vais continuer de rêver de gagner le million pour me faire refaire les dents, épiler, enlever les poche sous les yeux, remplir les joues, lisser le front, alouette…
Catastrophe !
Et pourquoi pas te faire greffer une autre tête …
C’est presque à souhaiter que tu ne le gagnes pas ce million.
Eliot Sandro ;)