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Le cadeau

le cadeau

Pendant la période de Noël, j’ai mis de côté mon caractère sauvage et misanthrope pour côtoyer la famille et les amis. C’est avec un certain soulagement que j’ai replongé dans le travail entre Noël et le jour de l’an. La plupart de mes collègues sont encore en congé. Je suis seul avec les plantes dans le grand bureau. Même la clientèle a déserté le Jardin. J’aime beaucoup travailler en solitaire dans le silence et être le seul maître à bord. Et je bosse en ce moment sur un projet qui m’intéresse. Je devais en principe être au chômage en janvier. J’apprécie ce sursis inattendu qui m’a été offert jusqu’à la fin du mois.

Pour la plupart des gens, les débuts d’une relation sont semés d’embûches. Je sais que pour moi, ils sont particulièrement périlleux. J’ai toujours du mal à y garder mon équilibre. L’angoisse de perdre, la peur du rejet ne sont pas longues à se manifester. Quand les rêves que l’on porte depuis des années entrent en collision avec la réalité, il peut y avoir quelques dommages. Peu importe ce qui arrivera entre ce beau barbu aux yeux vert et moi, peu importe qu’il s’agisse d’une aventure éphémère ou d’une relation marquante, il m’aura fait passer par toutes la gamme des émotions. J’essaie d’en conserver les souvenirs les plus lumineux. Selon Thich Nhat Hanh, un moine bouddhiste zen, l’amour, quel qu’il soit, consiste à voir l’autre tel qu’il est. Aimer, c’est comprendre. En voyant les choses ainsi, la peur de perdre n’a tout d’un coup plus la même importance.

Je me pose des questions sur la réaction que cette histoire (à peine racontée) a suscitée autour de moi. Les réactions vont de la jalousie aux sarcasmes, de la curiosité malvenue à l’indifférence. Il n’est pas venu à l’idée de personne d’être simplement content pour moi. J’essaie d’en voir l’utilité : tout ce persiflage aurait été dans ma tête, si j’avais été seul. Je reste depuis toujours mon pire juge. En recevant tout cela de l’extérieur, je le prends avec un peu plus de recul. Je peux y voir l’expression de souffrances qui ne sont pas les miennes, ou qui pourraient l’être. Ces remarques sont un cadeau que je peux choisir de ne pas accepter. Décidément, j’applique la pensée bouddhiste à toutes les sauces.

Je suis rentré du travail en marchant dos aux vents, dans la poudrerie d’une première tempête de neige. (Je sais, certains trouvent le mot tempête excessif, mais il rend si bien la démesure d’un ciel enneigé.) Je me demandais comment je réagirais si ce beau barbu aux yeux verts disparaissait aussi vite qu’il est apparu. Je serais très déçu, c’est certain. Mais je me rappellerais de nos longues discussions. Il a une écoute incroyable et c’est quelqu’un de vraiment intéressant. Je garderais aussi de très bons souvenirs de nos séances de necking entre les coussins de son divan. J’ai quasiment eu un orgasme et on n’avait pas même enlevé nos jeans. Sur le trottoir du boulevard Pie-IX, il y avait des enfants qui criaient et riaient sous les bourrasques chargées de neige. Moi, je souriais.



J’ai ajouté necking, poudrerie et quasiment à mon Lexique québécois.
Photographie : Vent et neige par Monteregina

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5 Commentaires Post a comment
  1. Je suis TRES content pour toi!

    29 décembre 2011
  2. Quand on raconte nos malheurs aux gens, la plupart sont heureux de se sentir « utiles », pour écouter, pour donner des conseils, et cela les rassure : on n’est pas plus heureux qu’eux.
    Alors que si tu leur dis ton bonheur ils se sentent inutiles et, en plus, ils t’envient…
    Il faut peut-être nous demander aussi pourquoi nous avons envie de dire que nous sommes heureux ; serait-ce, parfois, une volonté inconsciente de se faire ramener sur terre ?
    Un peu de mystère ne donne pas de prise aux mauvaises langues.
    Continue de sourire.

    29 décembre 2011
  3. Kevin Zaak #

    @ Jérôme : Merci. :-)

    @ Alcib : Dans la vraie vie, j’ai plutôt tendance à m’emmurer dans le mystère. Ça me vient naturellement. Comme je suis une bonne oreille et que je peux entendre aussi bien le bonheur que le malheur, j’aimerais bien que, parfois, ça soit réciproque. Pour le sourire, j’essaie. :-)

    29 décembre 2011
  4. Eliot Sandro #

    Bonjour KZ,

    Pour ma part la relation à l’autre, quand elle devient physique, reste très compliqué; je trimbale depuis toujours des traumatismes lourds; être sur scène est pour moi un bienfait, je reçois de l’amour parfois très fort et cela me donne de la force pour aller de l’avant dans la vie.

    Faire de la musique est pour moi davantage porteur que de faire l’acteur, avec elle je me dévoile, je me donne et surtout je ne me cache plus, la scène me protège du monde, du danger et puis c’est moi qui descide, comme tu le dis dans ton billet « être le seul maître à bord ».

    Longtemps j’étais sous l’emprise de ma mère, sa mort a été pour moi comme une libération, une deuxième naissance, je le comprends mieux aujourd’hui avec la trentaine.

    J’ai recommencé la natation, toi tu cours sur la terre ferme, chacun son élément !

    C’est justement à la piscine que j’ai aussi fait une rencontre; dans la salle des douches, après l’effort de deux heures de crawl, assis sur le carrelage j’essayai de détendre mes épaules, il est arrivé sans même me laisser le temps de me fermer de me défendre en arborant mon air hautain, déjà il s’asseyait près de moi « je t’ai vu nager, quelle endurance! ton visage me dit quelque chose, tu as d’autres qualités? tu as de jolis pieds »,jusqu’à là je n’avais rien dit, alors l’air ahuri, j’ai répliqué « en général,on me parle plutôt de mes yeux ».

    Les siens sont merveilleux, pleins de malice et j’adore sa voix.

    Je m’étonne de ne pas mettre sauvé tout de suite, mais rapidement je prétextai être pressé. Il semblait tout savoir de moi, j’étais troublé, séduit, pourtant encore une fois j’étais dans l’évitement.
    Ma surprise fut grande quand ce soir-là il venait me voir dans les loges après le spectacle, en effet, il m’avait déjà vu et même reconnu.
    Je vais essayer de contrôler mes peurs; je pense à toi, à nos destins et j’aime penser que loin d’ici, toi aussi tu avances sur ton chemin.
    Et puis si je n’y arrive pas, « j’essayerai de conserver les souvenirs les plus lumineux », je garderai l’espoir et j’écrirai une nouvelle chanson.
    Bien à toi.

    Sandro

    30 décembre 2011
  5. Kevin Zaak #

    Merci Sandro ! Pour cette histoire. Je penserai aussi à toi sur ton chemin en avançant sur le mien. Bon courage. J’essaierai peut-être de nager, je suis très mauvais pour le crawl. Merci d’être là.

    30 décembre 2011

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