Le disque qui saute
« … Endossez totalement la responsabilité de vos relations. Acceptez, ne serait-ce qu’un instant, l’entière responsabilité de la qualité et de la nature de la relation que vous vivez sans vous préoccuper de la part de responsabilité revenant à l’autre. Si, par certains côtés, la relation que vous partagez avec quelqu’un n’est pas entièrement satisfaisante, demandez-vous pourquoi vous l’avez créée ainsi. […] Qu’est-ce que cela vous apporte d’entretenir autour de vous un climat de malheur ? (Tout ce que nous faisons nous apporte quelque chose, sinon nous ne le ferions pas.)… »
J’ai posé le livre à côté du lit. C’est peut-être la question à se poser quand on est abonné aux mêmes déceptions relationnelles, quand ta vie est comme un vinyle qui saute juste avant le passage que tu voudrais tant entendre, tu sais, celui que tu as eu dans la tête toute la journée. Et si, pour un instant, je prends la responsabilité de ces déceptions, qu’est-ce que ça donne ?…
Ces déceptions m’apportent : une certaine forme de sécurité. Bien sûr, c’est rassurant de se retrouver en terrain connu. On n’a qu’à se laisser porter par l’énergie de l’habitude. C’est une vieille machine rouillée et rapiécée, mais les engrenages sont bien huilés. J’ai tellement peur de la réaction de l’autre, mais surtout de la pire des réactions : l’indifférence. Accoudé au bar, le beau barbu m’avait demandé si je prenais des risques dans une relation. (Avouez que comme formulation, c’est bizarre !) Au niveau relationnel, je dirais que je prends des risques calculés, avec un casque blindé, un bouclier antimissile, préférablement trois couches de crème solaire (de la 45), un parapluie et un parachute. M. Right se moquait toujours de moi à cause de ça. Mon courage est là, caché quelque part sous mon attirail, comme celui du lion dans le magicien d’Oz.
S’il fallait que j’obtienne ce que je veux d’une relation, il me faudrait le mériter. Aha ! Moi qui suis déjà exigeant à l’extrême envers moi-même, moi qui suis persuadé que je n’en fais pas assez, ça ne va pas être reposant. Je n’y arriverai pas, tout simplement. Le rejet, l’ignorance, le mépris… eux me disent : « C’est bon, tu peux souffler ! » J’ai toujours cette peur de ne pas être à la hauteur. Ça n’a absolument rien de logique, je parle ici de pulsions et d’émotions, un bagage de jugement que l’on m’a asséné dans la tête à coup de marteau.
Il faudrait aussi commencer par travailler ma relation à moi-même. Je m’accorde toujours une bonne dernière place. Je fais toujours passer n’importe qui devant moi dans la file. J’ai tellement peur de perdre l’autre, que je le perds. Qui voudrait du dernier de la ligne ? On croirait que celui qui fait preuve d’une générosité sans limites, qui ne dit jamais non, qui n’ose rien demander est très apprécié. Faux ! Personne ne veut des limaces et des gentils. Et parce que j’ai tout le mal du monde à m’apprécier à ma juste valeur, j’ai tout le mal du monde à être reconnu. Alors, j’ai du pain sur la planche…
Mais l’instant en question doit se terminer, parce que toute bonne chose à une fin. J’aime bien prendre le monde sur mes épaules, je m’en fais une fierté. Être responsable de tout, avoir le contrôle. Mais le principe dans une relation, c’est qu’il y a deux parties. Et la partie de l’autre m’échappe inévitablement. C’est la partie où je dois lâcher prise, la part d’inconnu et de créativité que recèle toute relation. C’est le miracle du mélange des gènes chez un nouveau-né qui faisait parfois peser des doutes sur le laitier, à l’époque des laitiers.
Citation : Shakti Gawain, Techniques de visualisation créatrice, 1978
Photographie : Tête de lecture de phonographe par Ziganou76





Je crois que c’est souvent la peur qui nous mène vers des directions, des choix qui ne sont pas toujours réellement les nôtres et les meilleurs, en prendre conscience, c’est déjà un premier pas!
Souvent en pensant se protéger on s’enfonce davantage, en effet c’est difficile d’enrayer notre système de défense, difficile de comprendre que parfois notre bonheur en dépend.
Ce n’est pas encore gagne, en ce qui me concerne.
Aujourd’hui, je décide de m’aimer et d’entamer ce travail de la relation à moi- même.
Bonne fin d’année KZ, reste devant dans la file.
Sandro
Pour l’air du moment,c’est pour moi encore une découverte.
Superbe!
Sandro
Un journaliste du Devoir avait dit que Variations Fantômes de Philippe B était l’album québécois de l’année. À la première écoute, je n’ai pas accroché du tout. Il m’a fallu l’apprivoiser. C’est ce que j’aime du site Bandcamp.com, il permet de faire des découvertes et d’apprivoiser un artiste, tout doucement.
Bonne fin d’année à toi !
J’ai accroché sur une phrase : » Personne ne veut des limaces et des gentils ». Je ne suis pas entièrement d’accord. D’abord limaces et gentils ont d’énormes qualités. Ensuite, à chacun son chacun (ou chacune).
Je suis convaincue que ce n’est rien d’intrinsèque à toi qui t’empêche de trouver ton »chacun ». Tu as toutes les qualités et aptitudes nécessaires pour être heureux.
Tu sais moi les gentils je les adore et les limaces, certaines espèces, je les mangerais ;).
Depuis un an que je la connais, je reste toujours convaincu que RAnnieB est la bonté agissante ( et bénévole ! ) sur cette Terre. Le court texte qu’elle t’a laissé, Kevin, m’en convainc à nouveau !
Mais dis-moi, Kevin, quand, mais quand, vas-tu arrêter de te cogner – si j’ose dire – sur la mailloche ?…
c’est un des rares blogs que je lis pour sa qualite d’ecriture (+ rare que vous ne le pensez) et la fidelite au « principe de realite » (c’est d’ailleurs sur une recherche de ce theme que je suis tombee sur ce blog) et la profondeur des analyses!
@ RAnnieB : J’exagère toujours un peu. Dans une relation réelle entre deux êtres humains réels, on ne peut pas toujours être gentil. Il faut savoir poser ses limites, dire non, parfois, par respect pour soi-même, et être capable de demander clairement ce que l’on veut. En prenant ainsi soin de soi-même, on devient plus disponible à l’autre. Je voudrais juste être un peu moins gentil et un peu plus moi-même.
@ Richard : Ces temps-ci, j’ai l’impression que les coups viennent plus de l’extérieur que de moi-même. La patience envers soi-même ne s’apprend pas du jour au lendemain. Mais j’ai fait du chemin sur ce plan.
@ paredes : Merci. Et bienvenue sur ce blogue !