Le carrousel
Quand un garçon séronégatif rencontre un garçon séropositif, il traverse habituellement une phase que j’appelle l’ambivalence. Comme le chemin qui mène à l’illumination bouddhiste, elle peut durer 7 secondes comme 7 jours, 7 mois ou 7 000 ans. Il a envie d’aller plus loin dans la relation, mais ses peurs le retiennent. Il est partagé entre son désir et les rêves qu’il entrevoit et son envie de fuir. Une fois que les choses sont dites, que toutes les questions ont trouvé leur réponse, une fois en somme que le garçon séropositif a fait le bout de chemin qui est le sien, il ne lui reste plus qu’à attendre que l’autre se décide. Plonger ou pas. Magnétisme ou aversion.
Je déteste l’attente. Mais je préfère ne pas le voir plutôt que de sentir les hésitations dans ses gestes, les doutes dans ses regards. J’ai manifesté clairement mon intérêt. J’ai détaillé avec générosité ce qui me plaisait chez lui. Puis j’ai annoncé au beau barbu que, cette fois-ci, c’était à lui de me relancer. Depuis, je traverse une période de turbulences qui s’additionnent à celles que traversent toutes relations naissantes. Je passe par des phases d’inquiétude et d’assurance. La peur de la solitude définitive succède à la tristesse, qui succède aux regrets et à des sursauts de colère. Comme son ambivalence occupe le devant de la scène, la mienne se retrouve négligée, remise à plus tard, peut-être amplifiée. La peur que j’ai sentie en lui me ramène à la mienne. Ces dernières années, elle ne m’avait plus traversé l’esprit. Et voilà qu’elle me réveille pour me tordre le ventre. Au beau milieu de la nuit, je me retrouve en tête à tête avec ma propre mort. La colère revient, par vagues incessantes, changeant de cible ou de qualité : dense, aiguë, feutrée. Je lui en veux d’être si insensible. Je m’en veux d’être si fragile. J’en veux à la vie d’être si compliquée et toujours totalement injuste. Puis je pardonne et ça recommence. Je sais que cette ronde des pensées et des émotions ne tourne que dans ma tête. Elle n’a pas de réalité. J’essaie de ne pas y accorder trop d’importance, même si elle m’épuise et me donne la nausée. La vérité de cette relation n’existe qu’au moment de la rencontre, quand nos regards s’attachent l’un à l’autre et que des mots se posent comme une neige sur les pas qui nous séparent.
Après avoir publié ce billet, j’ai recherché sur la Toile un texte que j’avais trouvé en 2006 et qui m’avait donné envie d’écrire à mon tour. Petit miracle, il était encore en ligne : Un jour parfait, Au fil des jours.
Photographie : Next Destination par Pensiero





Kevin, je suis profondément touché. Surtout que tu trouves magnifiquement les mots pour « le » dire. Quoi qu’il advienne, j’espère que le beau barbu lira ton billet. Il ne s’en portera que mieux. Ce soir, cette nuit, je t’aime, et je t’aime beaucoup, Kevin.
Merci. Il ne les lira pas. J’ai fait une coupure nette entre la vie réelle et mon blogue. Il s’agit de deux mondes parallèles. Mais si j’en ai la chance, j’essaierai de lui raconter, un jour.
Deux cents cinquante kilomètres avec un arbre qui éventrait ma voiture et qui me piquait la nuque, ce fut limite dangereux!
Quel bonheur de coller ma joue contre l’encolure de Safir, de l’entourer de mes bras.
Pour une ballade en amoureux, nous sommes sortis au petit matin, le moment le plus beau, l’éveil de la forêt.
Le nez pointé vers les collines, KZ le ginkgo découvre son environnement, il semble émerveillé, mais prudent et timide, il faudra peut-être un peu de temps, mais très vite il va se sentir chez lui.
Je lui ai expliqué qu’autour de lui il n’y a que des amis.
Je veux le rassurer.
« Ils sont là pour t’aider à grandir, pour te soutenir ».
Il devra être solide, résistant, car parfois les tempêtes peuvent être violentes, alors il faudra garder confiance; moi, j’ai confiance car il a une belle âme, une belle sève, c’est un bel arbre et quelque chose nous relie; je crois que l’on s’est compris.
Ce ne fut qu’une escapade, me revoilà à Paris, il fait déjà sombre, l’air est frais et je suis sur pilote automatique un peu hagard, j’ai peu dormi et mes muscles me font mal, il me faut me détendre, nager et aussi manger.
Il parait que ce soir on fait le plein, je veux tout donner .
PS: En effet, en lisant ton ancien blogue, j’avais déjà rejoint ce lien de « Fabien », son billet m’a touché et sa réponse aux commentaires de ses lecteurs, tout autant.
Prends soin de toi .
Sandro
@ Sandro : Il te faut un blogue ! :-)
Je ne sais que dire d’autre que je suis aussi très touché par ton texte, par la situation. Je n’ai surtout pas de conseil à donner.
Surprise : Je suis allé voir sur Au fil des jours l’article « Un jour parfait ». J’y ai retrouvé quelques collègues blogueurs que je suivais à cette époque-là…
@ Alcib : Avant l’arrivée de Facebook, il y avait beaucoup plus d’effervescence sur les blogues francophones.
Oui, je crois bien que c’est pour cette raison que j’ai cessé d’en lire plusieurs : personne n’écrivait plus rien sur son blogue, sauf pour parler de… Facebook.
L’homme qui plantait des arbres (Eliot) mène une vie actives :o)