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Quelques pas de salsa

Salsa

Dans un premier temps, la colère. Il m’a téléphoné au bureau. J’étais pressé. À travers la cacophonie, j’avais du mal à l’entendre. Le sourire dans la voix, il m’invitait à passer la soirée chez lui. Il s’occuperait du souper, mais il fallait qu’il se lève tôt le lendemain matin. Il ne m’avait pas donné de nouvelles de la semaine. J’en avais fait mon deuil. Toute la soirée, il se montre charmant. Je le trouve craquant. Il le sent. Puis vers la fin de la soirée, il change de visage et m’annonce qu’il veut dormir seul. Je regarde mon sac à dos qui déborde et que j’ai posé dans son entrée. J’ai couru pour ne pas arriver en retard, j’ai foutu tout mon équipement de course pour le lendemain matin dans mon sac, j’ai pensé au réveil matin, parce que je me lève encore plus tôt que lui. Il dit qu’il ne le sent pas. L’attirance n’est pas assez forte. Ça ne marchera pas. Il m’explique qu’il ne veut pas recevoir ce qu’il n’a pas envie de donner, il ne veut pas s’imposer ça. (S’imposer ça ?) Je sais que mon visage a perdu d’un coup sa gaieté. J’en ai conscience, mais je n’y peux rien. La colère est là, elle tourne dans mon ventre, mais elle n’occupe pas toute la place. Je me sens floué. Je prends une grande respiration, je le remercie pour le souper, je souligne qu’il est tard, que je me lève très tôt le lendemain et que je n’habite pas à la porte. Je l’embrasse et je pars.

Dans un second temps, le soulagement. Peut-être que le froid humide consume ma colère. La longue marche dans la neige glissante à travers le parc Angus, le halo rose orangé des réverbères. Soulagement parce que le VIH ne semble pas être en cause. C’est sûrement un facteur qui pèse dans la balance, mais ce mouvement de recul, je l’ai senti chez lui dès notre première rencontre. Sa réserve, ses hésitations, ses moments de froideur étaient là bien avant mon annonce. Il fallait voir sa tête quand j’ai ouvert le biscuit chinois qui disait que j’aurais une vie amoureuse heureuse et harmonieuse. (Je me suis dit : ce ne sera peut-être pas lui.) Il a dit qu’il ne veut pas recevoir ce qu’il n’a pas envie de donner. Trois coins de rue ont été le recul dont j’avais besoin pour constater que c’est ce qu’il a toujours fait. Je l’ai trouvé beau, je l’ai écouté avec intérêt, je l’ai cajolé. Il a ronronné comme un chat. Ses attentes sont très élevées et il est pressé. Si je ne suis pas assez bien pour lui, je n’y peux pas grand-chose.

Soulagement parce que j’ai toujours tendance à porter le blâme de la fin d’une relation. Cette fois-ci, j’ai été impeccable, le prétendant idéal, de mon point de vue, du début à la fin. Allumé, enjoué, attentionné. Tendre ou passionné selon ce qu’exigeait la situation. Chaque moment, j’étais présent dans l’instant, à l’écoute de ce qui vibrait entre nous. Je n’ai pas laissé des flash-back du passé ou mes peurs de l’avenir gâcher le présent. J’ai été ce que j’ai toujours voulu être : généreux, authentique et sincère. Après la longue marche, j’étais content de retrouver mon lit. Le sien était trop mou et sa couette étouffante de chaleur. J’ai passé en revue tous ses mauvais côtés. Le beau barbu est entre autres intransigeant, un peu arrogant et il cuisine vraiment mal (fin des bitcheries). Par contre, quand il esquisse quelques pas de salsa, il est plus sexy dans ses jeans que Ricky Martin.

Dans un troisième temps, le doute, inévitable, qui passe de temps à autre. Et si c’était impossible ? Et si j’étais trop vieux ? Mais en ce moment, les doutes n’ont pas beaucoup de prise sur moi. La façon avec laquelle j’ai plongé dans cette relation en étant totalement honnête m’a donné un élan, une espèce de force sur laquelle les doutes rebondissent. Et si je n’y arrivais pas ? Je voudrais quand je serai vieux pouvoir me dire que je n’ai pas baissé les bras, que j’ai pris des risques, que je me suis donné sans compter, que j’ai essayé. Que j’y arrive ou pas aura ainsi moins d’importance.


Photographie : Jeans B&W par Rajiv Ashrafi

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6 Commentaires Post a comment
  1. Après la déception, la frustration, la colère… je sens que tu es passé à la sagesse, à la sérénité.
    Cela n’empêche pas la douleur des sentiments non partagés, refusés, mais tu l’as bien dit : « Si je ne suis pas assez bien pour lui, je n’y peux pas grand-chose. »
    C’est difficile de trouver l’équilibre entre l’intérêt, la persévérance et le lâcher prise.

    « Et si c’était impossible ? Et si j’étais trop vieux ? » Non, tu n’es pas trop vieux ; je suis un peu plus vieux que toi et l’amour est venu frapper à la porte… Je connais une femme de 80 ans qui, après une très longue période de « célibat » a retrouvé l’amour à… 76 ans.

    Je crois qu’avec l’expérience de ces dernières années, avec la sagesse acquise, la conscience que tu n’es pas responsable de tout ce qui ne fonctionne pas, tu es sur la bonne voie. J’ai confiance que le prince charmant se présentera au moment où tu t’y attendras le moins.
    Garde le sourire.

    9 janvier 2012
  2. Personnellement, si mon couple devait rompre demain, j’aurai mille raisons de désespérer de vivre une nouvelle histoire aussi forte et durable. Toi, tu possèdes nettement plus d’atouts et de garanties (ou alors tu ne dis pas tout sur toi ^^).
    L’âge ? Il me semble qu’on peut encore largement te qualifier de jeune (à moins que tu exiges des amants de 15 ans tes cadets – mais pourquoi pas, après tout).
    Le VIH ? C’est une donnée non négligeable, malgré l’évolution des soins et la capacité de facilement se protéger. Or, quand l’étape du premier échange sexuel a été consommée en connaissance de cette donnée, la continuité éventuelle de l’histoire ne dépendrait-elle pas d’autres facteurs ?
    Je te lis depuis tes débuts de blogueur et 1) tu as fait plus de rencontres que je ne saurais en cumuler en cinq vies, 2) je n’ai encore rien lu ou deviné chez toi qui soit rédhibitoire…
    Les échecs te blessent (voire te poussent à culpabiliser), tu portes en toi le souvenir (la référence) d’une longue histoire d’amour et tu n’as pas de vision défaitiste de l’existence : il n’y a peut-être, finalement, aucun dysfonctionnement à discerner. Ça n’atténue pas les souffrances mais, de le reconnaître, ça pourrait injecter un peu plus de sérénité dans le déroulement de ta prochaine rencontre ;)

    10 janvier 2012
  3. RAnnieB #

    C’est une leçon à retenir. Être présent à chaque instant, donner le meilleur de soi-même et profiter au maximum de chaque expérience.

    Car notre avenir, lorsqu’on le partage avec une ou d’autres personnes on n’en a plus entièrement le contrôle.

    Merci de partager KZ.

    p.s. Je remarque que tu as retiré une citation de Boudha qui apparaissait sur ta page d’accueil qui elle aussi me sera utile. Cela ressemble à :  »Accepter que tout ce qui a un début a aussi un fin nous rend la vie plus facile ».

    10 janvier 2012
  4. Kevin Zaak #

    Everything that has a beginning has an ending. Make your peace with that and all will be well. — Buddha

    Tout ce qui a un début a aussi une fin. Faites la paix avec cette réalité et tout ira bien.— Bouddha

    10 janvier 2012
  5. J’ai adoré ce billet, un peu doux-amer, plein de vie et de sensualité. Ma meilleure amie a toujours dit que c’était une question de chimie.
    Là, la formule n’était pas des meilleure mais il n’y a pas eu de mensonge.
    J’aime bien ton nouvel élan :-)

    10 janvier 2012
  6. Kevin Zaak #

    @ Jérôme : J’ai toujours détesté les cours de chimie. Je surfe sur la vague, je ne sais pas laquelle, peut-être l’effet de Vipassana.

    @ RAnnieB : Même seul on en n’a pas le contrôle. Le présent est tout ce qu’on a, toujours.

    @ Kab-Aod : Plus d’atouts et de garanties, Pas sûr !? Le beau barbu avait presque 8 huit ans de plus que moi. Je n’aimerais pas sortir avec un plus jeune, être le vieux du couple, ce n’est pas pour moi.

    @ Alcib : Pas besoin d’un prince charmant. The guy next door, charmant à ses heures, suffirait !

    11 janvier 2012

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