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Après la colère

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Après la colère, il y eut un désert, traversé çà et là de quelques bourrasques. Je n’ai pas écrit. Je ne me suis pas vidé le cœur en lançant mes mots acérés contre le beau barbu. J’aurais pu n’en faire qu’une bouchée. Je n’ai pas fixé sur le papier ce que je peux penser de certains de mes patrons. De leur immobilisme, de leur indifférence. Ce n’est pourtant pas les idées de qualificatif qui me manquaient. J’essaie de chasser la rancœur quand elle se pose sur mon nez. Je me suis tu et j’ai laissé le temps faire son œuvre de poussière.
 
Il ne me reste qu’un peu de fatigue et une pointe de tristesse. Une colère plus vaste qui sourd en moi devant l’injustice et l’ignorance. Et cette vieille colère envers moi-même pour tous ces gestes que j’ai posés ou que je n’ai pas posés et qui m’ont mené jusqu’ici. Si vieille, en fait, que je crois qu’elle est née bien avant moi. Je suis allé bruncher avec El Poblano sur la main. Il y a des gens qui chassent les nuages, comme ça, d’un simple sourire. Dès qu’elles franchissaient mes lèvres, mes frustrations se dégonflaient, devenaient tout d’un coup ridicules, attendrissantes. Je lançais des idées. Elles rebondissaient sur lui, me revenaient, auréolées de possible. Qu’est-ce que j’ai envie de faire de ma vie au cours des prochains mois ? Tout ce dont je parle sans cesse et que je ne fais jamais…
 
Ce documentaire sur l’industrie du ruban rose (sortie le 3 février) me fait badtripper avant même de l’avoir vu. Il est de plus en plus clair que les compagnies pharmaceutiques contrôlent, non seulement la recherche scientifique, mais également les fondations et les institutions comme la santé publique. Je ne suis pas du genre à me laisser tenter par les théories du complot, mais tout ce magouillage se révèle petit à petit au grand jour et se banalise. Dans ce cas-là, il ne s’agit pas des économies des épargnants, il ne s’agit pas d’argent. Il s’agit de vie et de mort, du temps qui s’écoule entre les deux et de sa qualité. Bientôt, il faut que je prenne des décisions sur la médication. Des décisions toujours lourdes de conséquences, quelles qu’elles soient. Mais j’ai la nette impression que je ne peux croire personne.
 
Le plan pour les prochaines semaines est de me reposer. Prendre le temps de faire le point sur ce que je veux faire. Continuer l’entraînement sera la seule obligation que je m’imposerai. Mais je vais probablement en profiter pour liquider ces contrats de rédaction que je reporte depuis des mois. Je lis et relis Rainer Maria Rilke. Je pense beaucoup à mon histoire, ces jours-ci, à cette histoire que je me raconte et qui n’a peut-être rien à voir avec le réel. À partir de la vingtaine et de ma première vraie job, j’ai voulu donner un sens à ce qui m’arrivait et peut-être aussi à ce qui ne m’arrivait pas, en le racontant. C’était ma façon de meubler le vide et de donner aux événements la couleur de mes aspirations (un peu de rose, beaucoup de rouge et énormément de noir). Je me questionne sur les effets pervers de cette habitude. Je me demande si ma vie aurait été autre si je l’avais imaginé autrement. Mais au fond, n’est-ce pas ce que tout le monde fait, se raconter des histoires ?
 
Bonne année du dragon !
 
Photographie : Blue frost – Givre bleu par Monteregina

 

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Un Commentaire Post a comment
  1. Bien sûr que tout le monde se raconte (un peu ou beaucoup) d’histoire(s). Ce n’est pas grave, tant que le coloriage de la réalité ne vient pas cacher la vérité. Ce que nous sommes vraiment.
    L’important est de rencontrer d’autres conteurs, qui aiment nos histoires, dont nous aimons les leurs et avec qui, pourtant, nous pouvons laisser voir notre vérité.

    25 janvier 2012

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